Homélies

Homélie Messe de rentrée du personnel
Ensemble Charles Borromée - Chalon sur Saône
Le 31 août 2016

Dans le passage de l’évangile selon Saint Luc que nous entendons ce matin, nous voyons Jésus en train de faire son travail. Et quel est son travail ? C’est un travail qui apporte aux autres la guérison. C’est un travail qui rétablit les autres dans la vie, qui remet chacun dans le mouvement de la vie. C’est un travail entièrement relationnel. C’est un travail qui comporte également la patience et qui offre son temps à ceux qui le sollicitent.

Le travail de Jésus éclaire notre propre travail d’adultes dans un établissement scolaire. En quoi ?
Vous passez toute la journée (et quelques fois les heures très matinales ou tardives de la soirée !) avec et pour des jeunes qui connaissent chacun des attentes fort différentes : l’un attend d’être calmé de ses angoisses et de ses fièvres, l’autre attend d’être encouragé à exprimer ses possibilités humaines enfouies, un troisième attend d’être libéré de ses démons intérieurs pour pouvoir entrer en relation normale avec les autres...
Certains pourront dire : « mais cela n’est pas notre travail, c’est celui des médecins, des psychologues et en premier lieu celui des parents. » Je dirais qu’un enseignant qui veut vivre dans l’esprit de Jésus, c'est-à-dire dans le chemin de l’Evangile, va faire son métier avec les mêmes sentiments que l’on trouve en Jésus.
Quand on a demandé à Jésus de venir prendre du temps près d’une femme en train de mourir, quand n lui amenait des gens blessés et malades, au corporel et au spirituel, quand il devait se confronter aux personnes prises par un fort sentiment d’être rejeté par les autres, il n’a pas dit : « je n’ai rien à voir avec ces choses. Je suis d’abord là pour enseigner la Bonne Nouvelle ! » Mais il a transmis cette bonne nouvelle par sa présence aimante et par ses mains qui n’ont pas eu peur de toucher les blessures et de retirer les saletés qui abimaient le corps et l’âme de tant de gens.

Le travail d’une école ouverte à tous, c’est un travail de miséricorde, un travail qui est le plus souvent discret, caché aux yeux du grand public. C’est un travail où l’on se met à hauteur des petits pour les servir, c’est un travail qui comporte toujours et inséparablement trois « dimensions », ou trois « langages » si l’on veut :
- Le langage des mains pour rejoindre concrètement les besoins humains, pour porter les jeunes et passer du temps à les accueillir et les accueillir à nouveau tous les jours, avec leurs fragilités et avec leurs blessures. Et ce travail est fatigant, oui, il demande que nous donnions toujours notre disponibilité et notre patience. Car nous avons cette certitude : Dieu sauve en humanisant ce qui était en train de mourir. Dieu sauve en apportant sa joie et son pardon, toujours, partout et sans limite ! C’est aussi ce langage des mains qui nous fait préparer et conduire des actions concrètes avec les jeunes à l’intérieur et à l’extérieur de l’école : la visite des personnes isolées, le contact avec les malades, le soutien scolaire, l’organisation de voyages et d’activités ludiques. C’est ce que nous pouvons appeler la dimension corporelle.
- Il y a ensuite le langage du cœur. C’est celui par lequel le jeune se sent reconnu et surtout reconnu dans une lumière d’espérance, et non pas la lumière du radar qui le flashe quand il dépasse les limites. C’est le langage de l’écoute active qui fait qu’un jeune se dira : je n’avais plus confiance en moi, ni en Dieu, ni dans mes parents, et grâce à ce cœur d’un enseignant, d’un cadre éducatif, d’un personnel OGEC, à la cantine ou dans la cour de récré, je suis relevé, je suis de nouveau en confiance, je peux remarcher comme cette femme en qui Jésus s’était penché dans la maison de Simon-Pierre.
- Et enfin, le langage de l’esprit. On pense tellement à celui là qu’on en oublie les deux autres, ou bien qu’on les délègue. Non ! Tout adulte dans l’école doit être un homme ou une femme capable de parler ces trois langages avec les jeunes.

Pour cela, nous devons demander la patience, nous devons demander la grâce aussi de connaître nous-mêmes ce que veut dire d’être en chemin de paix et de réconciliation.

+ Benoît RIVIERE

 


« Simon, j’ai quelque chose à te dire »EVEQUE DIMANCHE HOMELIE
(Lc 7, 36-50)
Homélie du dimanche 12 juin 2016
Lors de l’Assemblée synodale

 



L’évangile du repas chez Simon nous introduit dans les sentiments profonds de Jésus, et il nous pose aussi cette simple question : voulons-nous aimer davantage ou bien non ?

Deux figures opposées sont mises en lumière ici, la figure de celui qui invite Jésus à sa table, et la figure d’une femme qui s’invite elle-même, pour être présente là où plusieurs auraient préféré ne pas la voir. Il n’est pas difficile pour nous de comprendre les sentiments de Simon devant Jésus se laissant toucher par une femme de mauvaise vie – je dis de mauvaise vie pour dire pécheresse, c’est la même chose. Simon se dit en lui-même : Jésus n’est pas le maître de vérité que certains imaginent, puisqu’il semble ignorer qui est cette femme. Il ne la repousse pas. Il ne lui fait pas publiquement le reproche que sa vie est marquée par le péché. Il reçoit même ses larmes, et il reçoit ses larmes qui sont accompagnées par un geste qui engage toute la féminité de cette femme, c'est-à-dire qu’elle essuie les pieds de Jésus avec ses cheveux.

Quels sont les sentiments de Jésus vis-à-vis de cette femme ? Elle s’est imposée, sans avoir été invitée, elle est une intruse, elle ne cadre pas avec la haute idée que certains se faisaient de la table de Jésus, ou plus exactement de ce qui est convenable, et de ce qui ne l’est pas quand on est dans la maison d’un observant strict de la loi : la maison de Simon.

Les sentiments de Jésus vis-à-vis de la femme pécheresse et humble, nous y communions lorsque nous reconnaissons en elle une figure de l’Eglise. C’est nous qui étions perdus, hors de la convivialité dans la maison des justes, c’est nous qui avions tué l’amour par nos actes de mensonge et de dissimilation, nos actes qui dénaturaient la beauté de la dignité de l’homme et de la femme créés à l’image de Dieu. Et cette femme ne vient pas pour condamner, elle ne vient pas en faisant des discours, elle pleure, et elle vient chercher Dieu qui seul est source de pardon et de consolation sans limite. Elle est l’image de l’Eglise qui supplie pour elle-même et pour tous les pécheurs du monde. Elle a aimé mal, et elle aime tant le Christ, lui qui est capable de comprendre jusqu’au soupir caché de celui qui n’en peut plus. Elle pressent que seul le Christ l’aimera vraiment. Jésus est saisi d’une immense miséricorde envers elle. A son contact, la femme est entièrement purifiée, elle retrouve sa dignité.

Et quels sont les sentiments de Jésus vis-à-vis de Simon ? Jésus est invité à la table des justes et des injustes, à la table des gens qui réussissent leur vie et à la table des gens qui réussissent mal leur vie. Il accepte ici l’invitation chez Simon, pharisien zélé dan l’observance de la loi. Il est le vivant qui vivifie. Il met sa joie à être à la table des uns et des autres en communiant à la grâce d’écouter ce que l’Esprit-Saint montrera. Et c’est pourquoi, vis-à-vis de l’orgueilleux Simon, Jésus n’a pas le cœur fermé. En lui, Jésus, les flots d’amour miséricordieux coulent pour Simon autant que pour la femme pécheresse.

Mes frères et mes sœurs, entendons l’amour de Jésus pour Simon. Entendons-le chercher l’homme qui ne se savait pas perdu et qui l’était autant, et peut-être plus, que la femme pécheresse. « Simon ! ». Jésus ne l’appelle pas : « espèce de grand orgueilleux ! » Non ! Il l’appelle avec tendresse, et avec un infini amour envers l’homme de la loi qui, sans le savoir encore, a soif surtout de la grâce qui ne vient pas des mérites. Alors il a envers le cœur dur et sûr de lui de Simon, les mots d’une infinie tendresse, ceux que l’on dit à l’être aimé : « Simon... j’ai quelque chose qui est pour toi, vraiment pour toi. Tu te crispais sur la loi et je te murmure la grâce. Tu pensais à ce que tu allais dire pour te justifier et tu peux à présent entrer dans le beau silence de l’amour qui écoute une parole pour chacun, et pour toi en particulier : Simon ! J’ai quelque chose à te dire ! »

Désirons imiter l’humilité de la femme repentante et aimante à qui le Seigneur donne d’entendre la grâce du pardon, et désirons que notre cœur orgueilleux soit brisé par la toute puissance de la délicatesse divine.

Au cours de cette session de l’assemblée synodale, nous voulons seulement progresser, appuyés les uns sur les autres, dans l’amour. Nous voulons aimer avec la grâce et les sentiments du Christ, lui le Sauveur de son corps qui est l’Eglise.

+ Benoît RIVIERE


Ordinations de 3 diacres permanents

DIACRES 3
Dimanche 28 juin 2015 en la cathédrale Saint Lazare d’Autun

Monsieur Jean-Claude LYONNE;
Monsieur Jean-François BROCHOT;
Monsieur Jean-Louis HIVERNAT

ont été ordonnés diacres permanents.

En cette belle après-midi de début d’été, avec vous Jean-Claude, Jean-François et Jean-Louis, et avec vous tous qui êtes présents ici, regardons Jésus.
Regardons-le et écoutons-le à travers ce passage de l’Evangile selon Saint Marc que l’Eglise a choisi pour ce dimanche. Voici trois points de méditation auxquels nous allons réfléchir simplement :

1- Jésus n’a pas d’autre programme personnel, sinon celui de servir à plein-temps. Il se montre à nous comme serviteur intégral.
2- Jésus guérit des personnes singulières, une par une, et non pas en masse grosso-modo. Non ! Il guérit personnellement, s’appuyant sur la foi qu’il met à jour, car la foi met en relation avec les autres.
3- Jésus ne veut pas de publicité autour de ses actions. Il est l’amoureux du cœur à cœur avec Dieu, l’amoureux de la prière et de la discrétion.

Nous trouvons bel et bien dans le Christ Jésus, le vrai serviteur qui guérit, et qui introduit dans la Paix. C’est lui que l’Eglise veut suivre partout et toujours. C’est par Lui que vous recevez aujourd’hui, Jean-Claude, Jean-François et Jean-Louis, la mission diaconale.
C’est aussi par Lui que l’Eglise accueille trois nouveaux ministres ordonnés aujourd’hui.
Regardons-le et écoutons-le.

1- « Une grande foule s’assembla autour de Jésus. Arrive un des chefs de synagogue qui supplie instamment Jésus de venir guérir son enfant. Et Jésus partit avec lui et la foule le suivit. »

Il est le serviteur en profondeur, et non pas le serviteur du superficiel. Quand débarque en pleine catéchèse un homme qui a vraiment une attente profonde et sincère, Jésus se met en mouvement, à neuf comme toujours avec lui, pour suivre cet homme vrai et croyant. Il n’est pas accroché à un programme inscrit dans le marbre, mais au souffle de l’Esprit de son Père, il ne se considère pas dérangé par les sollicitations ; seuls les gens autocentrés sont dérangés ! Et non seulement il se déplace vers la maison de Jaïre qui a besoin de salut, mais en chemin, il va se laisser encore rejoindre par une femme qui souffre depuis longtemps d’un mauvais rapport à la vie. Et il ne va pas seulement la guérir à la sauvette, il va, bien mieux, demander à la voir et à lui parler ; cette humble femme ne voulait pas déranger, et ne voulait pas être vue. Elle ignorait encore qu’on ne dérange jamais le Seigneur, qui est vraiment en tout et toujours le serviteur fidèle. Elle ignorait la joie du Seigneur de nous partager son amitié, et l’amitié est toujours dans la lumière et non dans la dérobade.

Voici donc un premier appui pour votre mission de diacres, Jean-Claude, Jean-François et Jean-Louis : ne vous considérez pas comme propriétaires de votre mission. Ne dites pas toujours « je » comme disent certains propriétaires, mais dites toujours le « nous » humble et joyeux des serviteurs. Ne partez pas de vous-mêmes pour exercer votre service, partez de ce qui vous sera demandé, partez du Christ Jésus. Il vous fait signe dans le visage des petits et des blessés de la vie. Donnez votre temps pour eux en premier. Donnez votre disponibilité, non pas à contrecœur, mais avec le cœur en fête, comme dit le psaume de la liturgie de ce dimanche. Et pourquoi votre cœur pourra-t-il être toujours en fête ? Ecoutez bien le psaume : « que mon cœur ne se taise pas, qu’il soit en fête pour toi, et que sans fin, Seigneur mon Dieu, je te rende grâce ». La rumeur intérieure de votre cœur sera la louange de Dieu, car en elle, vous porterez les cris et les espoirs du monde. Dieu aime celui qui donne en étant détaché de lui-même, et donc en riant, capable de recevoir et de communiquer la joie reçue d’en haut, celle que Jésus nous donne en abondance, sa joie d’être aimé éternellement et envoyé pour une mission en faveur de tous les hommes. Soyez des diacres qui donnez toujours, avec au cœur une joie très pure.

2- Jésus est donc le serviteur intégral et à plein temps de la joie divine qui relève, qui communique la vraie paix, et qui guérit, en manifestant la foi : « Ma fille, dit-il à la femme hémorroïsse, ta foi t’as sauvée ! Et auprès de la fillette qui était morte, il se met à l’écart de l’agitation, et il ressuscite en elle la vie : « Jeune fille, je te dis : lève-toi ! »
Jésus relève et guérit par sa présence, et il continue cette action de salut et de guérison dans les sacrements de l’Eglise. C’est pourquoi, le catéchisme de l’Eglise catholique commence la grande partie sur les sacrements par l’image de la femme qui perd son sang, et qui vient toucher le vêtement de Jésus par derrière. Le retournement de Jésus vers cette femme, c’est le même retournement qui nous saisit, nous guérit et nous envoi, en chaque célébration sacramentelle.

Chers amis qui recevez aujourd’hui l’ordination diaconale, soyez serviteurs de l’Eucharistie et des autres sacrements ; en eux, Dieu poursuit son action de salut, qui pacifie en profondeur et qui guérit le monde.

3- Et voici le dernier point de notre méditation de l’évangile d’aujourd’hui. Nous sommes étonnés par une autre chose, c’est la discrétion de Jésus. « Jésus leur ordonna fermement de ne le faire connaître à personne. » Voilà encore la belle marque du service. Voilà la marque de Marie, la servante du Seigneur. Jésus ne veut pas que l’on se répande en paroles autour de ce qui vient de se passer dans la résurrection de la fille de Jaïre. Nous garderons cette discrétion en nous replongeant souvent dans la prière confiante. Lorsque nous prions dans l’unité de l’Eglise, nous accueillons et cultivons sur cette terre le beau silence d’écoute, et la belle réponse de l’ami et du frère : Me voici ! C’est le sens de l’engagement que prennent les diacres dans la célébration quotidienne de la prière des heures.

Jean-Claude, Jean-François et Jean-Louis, soyez serviteurs avec le Christ, soyez diacres des petits et des blessés de la vie, avec la discrétion et l’humilité qui ont leur source en Dieu ; ne cherchez pas à ce que l’on parle de vous et de ce que vous direz et ferez. Le Christ n’a pas voulu ramener les choses à lui, il veut encore et toujours nous faire passer

de l’égoïsme à la communauté,
de la tristesse à la joie,
de la mort à la vie,
du péché à la grâce,
de l’isolement à la fraternité,
et d’une terre de larmes à la terre d’éternelle consolation.

+ Benoît RIVIERE

DIACRES 1

DIACRES 2