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L'amour espère

Editorial d'Eglise d'Autun N° 3 - 8 février 2019


plante rocherEtait-ce que le printemps va venir ? Ou bien un simple penchant indéracinable à voir ce qui germe plutôt que ce qui pourrit ? En tout cas, ces jours-ci, je suis surpris chaque jour par des signes humbles et beaux de résurrection. C’est la belle intelligence d’un chercheur universitaire dialoguant et priant avec ses collaborateurs ! C’est un enfant qui rend service spontanément ! C’est une moniale donnée entièrement à la vie contemplative et à la joie fraternelle ! Ce sont des grands adolescents questionnant un intervenant pour se confronter avec la réalité ! C’est une ancienne qui dit chaque jour son chapelet pour d’autres, et qui croit en la puissance de la prière ! C’est un témoin parlant avec bonheur de la disponibilité de Marie et qui nous pose cette simple question : à qui voulons-nous vraiment plaire ? A Dieu ? C’est un frère heureux de montrer le meilleur de son cœur !

Etre surpris par ce qui est beau, peut paraître surprenant en ces temps moroses. Surprenant ? Oui, au sens de ce qui saisit pour élever, pour faire voir les êtres dans ce qu’ils portent de promesse. Je vous le demande : du meilleur de lui-même, chacun n’inspire-t-il pas à aimer, à trouver ou à retrouver une existence en relation ouverte et bonne avec le prochain ?

Je pense à la parole de l’apôtre Paul disant que l’amour espère tout. Quelle audace, et quelle vérité ! Ecoutez calmement, regardez paisiblement, pesez avec le cœur… et vous entendrez, vous verrez, vous gouterez, des réalités que l’Esprit-Saint met au jour. Vous entendrez que le cœur d’un jeune comme celui d’un vieillard ou d’un enfant espère toujours qu’il peut recevoir et donner de l’amour dans la relation au prochain. Vous verrez des couleurs là où vous pensiez un moment qu’il n’y avait plus que du gris. Vous pèserez le poids de grâce de chaque personne humaine…

Certains diront peut-être : « vous rêvez ! vous n’y êtes pas du tout ! » Parce que la croix fait briller sur le monde la lumière de l’amour qui espère, alors, non, je ne rêve pas, je suis ancré plutôt au cœur du monde. Car, sans émerveillement, l’homme, disait Jean-Paul II, devient incapable d’une existence vraiment personnelle. Et qu’est-ce qu’une existence vraiment personnelle sinon celle qui accorde confiance aux autres, qui se fie entièrement à Dieu… dans une ouverture continuelle.

+ Benoît RIVIERE

Venir

Editorial d'Eglise d'Autun N° 2 - 25 janvier 2019ecoute



Dans la prière chrétienne, nous disons notre confiance joyeuse et entière en « Dieu qui est, qui était et qui vient ». Venir est la caractéristique d’un désir d’entrer en alliance. Venir est le fait d’être en mouvement et d’être porté vers les autres. Dieu entre en communion avec nous. Il veut cette alliance avec nous. Jésus accomplit parfaitement cette alliance. En entrant dans le monde, il dit : « Tu m’as façonné un corps, alors j’ai dit « voici, je viens, pour faire, ô Dieu, ta volonté. » (Hébreux 10, 9).

Le psaume 94 commence par cette invitation : « venez, crions de joie pour le Seigneur ! » Il continue en nous pressant d’écouter la voix du Seigneur, faute de quoi nous serions maintenus hors de la paix de Dieu. Où donc venir ? Et où trouver ce lieu de l’écoute joyeuse du Seigneur ? L’assemblée liturgique et le frère ou la sœur vers qui nous porte la charité concrète chaque jour, constituent ce lieu. Là nous apprenons à tourner notre cœur vers Celui qui vient.

Notre vie est une grande aspiration au bonheur

Le père Denis HUERRE, ancien père abbé de l’abbaye de la Pierre qui Vire, disait que notre vie était au fond une grande aspiration au bonheur. Nous venons au monde pour chercher Dieu qui est bonheur infini, Dieu qui vient remplir de sa douce présence la vie de chacun et de tous.

Particulièrement aidés par l’évangile Saint Luc cette année (nous lisons l’évangile selon St Luc tous les dimanches du temps ordinaire de cette année C), laissons-nous toucher vraiment par Jésus, jusque dans notre intelligence, notre mémoire et notre volonté. Il supprime les murs de séparation et il vient, brisant les portes de la mort et brisant les cercles fermés de nos citadelles intérieures.

Une attente au plus secret du cœur humain

Au plus secret du cœur humain palpite une attente d’être appelé pour vivre dans la vérité et l’amour, une attente d’être en alliance toujours avec Dieu et les autres, une attente d’entrer chaque jour davantage dans la grâce de la vie fraternelle. Et quand nous nous prêtons à la prière, quand nous venons joyeusement dans l’assemblée eucharistique, quand nous considérons le faible et le pauvre, alors nous éprouvons la réalité de la présence de Dieu qui vient lui-même nous sauver. Qu’Il nous réconforte par le don de l’Esprit-Saint consolateur et donateur de la vie !


+ Benoît RIVIERE

Consentir à la vie

Editorial d'Eglise d'Autun N° 1 - 11 janvier 2019


joie
Nous avons tellement tendance à résister spontanément à ce qui nous est imposé (comme si notre liberté s’en trouvait blessée !), que nous oublions que les choses les plus essentielles sont justement celles que nous n’avons aucunement choisies ! A commencer par ce que nous sommes. « Être », plutôt que « n’être pas », ce n’est tout de même pas rien ! C’est bon et c’est beau ! La vie n’a pas été proposée à notre choix ; nous y avons été plongés sans préalable et sans discussion ! Nous nous sommes retrouvés vivants un beau matin… sans l’avoir décidé ! Personne n’a décidé de naître, ni décidé des conditions de son propre surgissement dans l’existence.


La joie, ou l’absence de joie, vient justement du fait que nous consentons ou non à la vie comme un don reçu, et un don gracieux, heureux. Je ne parle pas seulement de la vie des autres, mais déjà de notre propre vie :
Consentons-nous à recevoir de Dieu ce que nous sommes ?
Consentons-nous à bénir Dieu de nous avoir fait naître de presque rien, que dis-je, de nous avoir tirés du néant à l’être ?
Y compris dans les âpretés de l’existence, goûtons-nous la joie d’être, et d’être quelque part où nous n’avons pas choisi ?

J’ai lu en ce début d’année un petit livre qui explique bien ces choses , et je rentre d’un pèlerinage d’un jour auprès de Sainte Bernadette à Nevers, elle qui ne voulait pas passer un seul instant de sa vie sans aimer. De ce livre et de ce pèlerinage, je respire un parfum que je voudrais vous faire aussi sentir, en guise de vœux. C’est un parfum de joie, comme la joie d’un enfant qui sourit à la vie, comme celle qui est avant même l’effort, avant même les projets, la joie du oui à la vie et à la vie de chacun, sans exception. C’est un parfum qui se respire dans la relation avec le Père de nous tous, et devant le visage d’un tout petit comme devant le visage d’un ancien, parfum d’une joie qui n’a d’autre raison que le fait même de vivre en relation, et d’exister sans l’avoir aucunement, grâce à Dieu, décidé !

Alors, oui, avec vous, lecteurs d’Eglise d’Autun, je bénis Dieu de nous avoir appelés à la vie… et de venir sans cesse nous donner la joie !
Belle et sainte année 2019 !

+ Benoît RIVIERE

Plus que jamais, fêter Noël !

Editorial d'Eglise d'Autun N° 21 - 21 décembre 2018CRECHE4


Voici qu’à l’aurore calme du matin de Noël, un tout petit enfant se fait entendre. Blotti contre sa tendre maman, couvé du regard par son papa charpentier, ce nourrisson, né il y a plus de 20 siècles, nous étonnera toujours. C’est le Sauveur de l’univers, le Seigneur du ciel et de la terre. « Voici que le Seigneur se fait entendre jusqu’aux extrémités de la terre » (Is 62, 11-12). C’est Jésus, c’est notre Dieu qui vient. Joie pour les cœurs : Espérance pour tout homme et toute femme du monde entier !

Il pourrait cependant sembler étonnant, voire incongru ou décalé, de rappeler aujourd’hui cette histoire. Dans notre pays, une France en mal d’écoute, de dialogue, de vision d’un bien commun qui s’effriterait pour les uns, tarderait à venir pour les autres, dans notre société où les échanges se cherchent jusqu’au bord des routes, où violence et colère revêtent de multiples formes, la venue de Dieu en notre monde est plus que jamais d’actualité. Là où les hommes peinent à vivre, à survivre parfois, là où des populations se sentent exclues, oubliées, c’est bien ici que le Christ s’invite et pousse les portes.

Les évêques du Conseil Permanent ont tout récemment publié un texte proposant aux catholiques de vivre leurs paroisses comme des lieux propices aux échanges, à la réflexion sereine et aux débats en vue du bien commun recherché par tous. Nous rappelions, relisant la grande Constitution du Concile sur l’Eglise Lumen Gentium que la « famille de Dieu » est une « fraternité qui a une âme ». La fraternité est le troisième des mots de notre devise républicaine. Son sens chrétien est donné à Noël par la venue de Jésus dans une histoire humaine qui se poursuit jour après jour. A Noël, il triomphe de la vie et ose toute tendresse. A Pâques, il triomphera de la mort et du mal.

Que cette espérance de Noël porte chacune et chacune de vous !

Que ces souhaits de dialogue et d’écoute aident chacun à mieux vivre avec ses proches et les personnes vers qui il est envoyé !

Bon et saint Noël !

+ Benoît RIVIERE
Evêque d’Autun

Vienne la rosée sur la terre !

Editorial d'Eglise d'Autun N° 20 - 07 décembre 2018
ROSEE

Nous approchons de Noël, et l’Eglise nous fait entrer dans le désir profond de voir germer de la terre ce que Dieu veut nous donner. Noël n’est pas une commémoration de plus dans les calendriers religieux ou profanes des anniversaires. Mais nous y attendons que Dieu lui-même, dans la liberté du « oui » d’une femme juive, fasse connaître son avenir et le nôtre intimement liés. Nous y attendons que le monde renaisse transformé en droiture, en justice et en vérité, dans la naissance de Jésus.

J’ai pensé ces jours-ci que trois « perles » de cette rosée nécessaire à la vie pourraient s’appeler, l’une « silence », l’autre « joie » et la troisième « confiance ».

Tant de bruits, tant de mots jetés en pâture sans amour, tant de murmures plus ou moins honnêtes… et voici que du profond silence de Dieu, le Verbe fait chair est donné à contempler par des humbles bergers.

Tant d’aspirations au bonheur déçues, tant de promesses éteintes, tant de tristesses installées… et voici qu’un chant de joie est entendu par des gens aux marges, un chant imprévisible, « source » de toutes les plus belles musiques de la terre.

Tant d’amitiés et d’amour bafoués, tant de méfiances alimentées, tant d’abandons, tant de solitudes… et voici qu’avec cette femme bénie entre toutes les femmes, avec son époux, une lumineuse et bienfaisante confiance devient plus resplendissante que jamais dans les tâtonnements du monde. Voici que la foi enfante celui qui doit venir. « Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, dit Jésus, une sœur, une mère. »

Bon accomplissement de l’Avent !
Joie de la Nativité !

+ Benoît RIVIERE

Chaque jour suffit.... à peine !

Editorial d'Eglise d'Autun N° 19 - 16 novembre 2018


eveques assemblee pleniere nov 2018

Les choses à traiter et les personnes à rencontrer au cours de la dernière assemblée plénière des évêques à Lourdes étaient bien prenantes et passionnantes ! Un évêque, après un temps de lectio divina, le matin, en petit groupe, nous a montré cette parole écrite d’une personne de l’Arche, pleine de bon sens et d’humour : « chaque jour suffit… à peine ! »


Comme c’est de coutume depuis quelques années, je pourrai donner à ceux qui le voudront un « bilan » de cette assemblée, lors d’une rencontre d’échanges, qui sera cette année ouverte à tous. Elle se tiendra le vendredi 23 novembre, de 15h à 17h, dans la grande salle paroissiale de Notre-Dame à Montceau-les-Mines.

Pour aujourd’hui, je souhaite seulement me réjouir du message que nous a communiqué un autre frère évêque, Mgr Paul DESFARGES, franco-algérien, et archevêque d’Alger. Il ne parle pas fort ; il écoute, et quand il lui est donné de parler, il le fait avec une belle et simple clarté, empreinte à la fois d’humilité et de netteté. Il nous a dit que le choix du lieu de la béatification des 19 martyrs d’Algérie s’était fait en accord avec le gouvernement algérien. Ce dernier aurait volontiers mis à disposition un vaste endroit en plein air pour ce faire, mais il a été préféré une église de taille modeste, celle de Santa Cruz à Oran. C’est là que sera prononcée la béatification, le 8 décembre prochain.

Ces martyrs ne doivent pas être admirés seuls. Ils ont scellé une fraternité dans le sang versé par amour, avec tant d’autres, dont 114 imans morts au cours de la période tragique des années 1995 pour avoir refusé de cautionner la violence. Et nous pensons à Mohamed, l’ami de Monseigneur Pierre CLAVERIE, qui est mort en même temps que lui, et qui avait écrit dans un carnet que pour aider un homme comme Monseigneur CLAVERIE, cela valait bien la peine de risquer sa propre vie. Ce frère algérien, Mohamed, figurera sur l’icône de la béatification.

Nous-mêmes dans le diocèse, nous aurons à cœur de rendre grâce pour l’amour héroïque de ces témoins humbles du Christ en terre algérienne, et j’invite ceux qui le pourront à participer à la messe le 8 décembre dans leur paroisse.

Ce sera aussi pour nous le jour où seront admis trois futurs diacres permanents, à 18h30, dans l’Eucharistie à Notre-Dame à Montceau-les-Mines. Quelle heureuse coïncidence ! Et quel appel pour notre diocèse tout entier à servir dans un plus grand amour !

+ Benoît RIVIERE

Centenaire de l'armistice du 11 novembre 1918

armistice
Editorial d'Eglise d'Autun N° 18 - 2 novembre 2018



Le 11 novembre 1918, à 5h15 du matin, les combats cessent entre les puissances en guerre dans l’Europe et l’Empire Ottoman. A 11h, le cessez-le-feu est effectif. Les cloches sonnent partout, dans les villes et les villages, avec les clairons. Immense vague de soulagement. Enfin le bruit des canons s’arrête… durablement. Enfin la paix ! Le traité de Versailles est signé le 28 juin 1919 qui met fin réellement à l’état de guerre.

Cet effroyable conflit aura tué 18 millions de personnes, dont presque la moitié sont des civils. En 1914, qui aurait imaginé une guerre si longue et si sanglante ? On pensait qu’elle ne durerait qu’un temps bref… et que les choses allaient rentrer dans l’ordre après une rapide victoire militaire dont personne ne doutait en France.

Nous voulons garder mémoire du jour de cette armistice, et mémoire de toutes les victimes, provenant des nombreux pays alliés à l’une des deux « alliances » qui se faisaient la guerre. Et pour commémorer le centenaire de cette armistice avec toute la France et l’ensemble des pays jadis impliqués dans cette guerre affreusement sanglante, je prie les curés de bien vouloir faire sonner les cloches des églises paroissiales et des oratoires ; et je prie les monastères de faire aussi ce geste, qui nous rappelle que la communauté de destin entre les hommes exige la paix et la justice pour tous.

Concrètement, les sonneries de cloches se feront le dimanche 11 novembre à 11h, si possible durant 11 minutes. Il est évident que cette sonnerie pourra être avancée ou reculée un peu pour des raisons pratiques.

Nous demanderons la grâce de la réconciliation et de la charité, partout où des conflits graves divisent et opposent violemment des groupes, des pays, des familles, ou des individus entre eux. Nous voulons être des serviteurs de la paix qui est un don de Dieu. Elle se reçoit toujours dans l’exercice libre et éclairé de notre volonté et de nos forces.

+ Benoît RIVIERE

Les saints et les saintes nous attirent vers la lumière...

Editorial d'Eglise d'Autun N° 17 - 19 octobre 2018

LES SAINTS ET LES SAINTES NOUS ATTIRENT VERS LA LUMIERE QUI NE S’ETEINDRA JAMAIS

Comme elles sont belles nos forêts et nos vignes bourguignonnes en cette saison… quand le soleil fait briller l’éclat de leurs robes d’automne ! Il paraît que ces splendides couleurs resteront plus ou moins longtemps, selon qu’il y aura de la pluie ou non, et bien sûr si les gelées n’arrivent pas trop vite. Ensuite, de toute manière, ce sera l’attente hivernale avant le renouveau printanier.

La douce lumière créée nous réjouit, et aussi, plus encore dirais-je, l’éternelle lumière incréée qui irradie le visage et le cœur des saints et des saintes. La mère Eglise ne se trompe pas, qui multiplie en cette saison particulière les béatifications et les canonisations de chrétiens presque contemporains.

Demandons l’intercession du père Jean-Baptiste FOUQUE (1851-1926), simple vicaire paroissial de Marseille, dont la vie a été entièrement donnée au service des petits enfants abandonnés, et au service des humbles pécheurs qui venaient recevoir auprès de lui la grâce du pardon divin. Il a été proclamé bienheureux le 30 septembre dernier au milieu d’une immense foule populaire. Que ce « Vincent de Paul marseillais » nous entraîne à faire aussitôt et sans tergiverser tout le bien qui est possible à notre portée.

PAUL VI
Demandons l’intercession du courageux pape Paul VI (1897-1978), qui a été canonisé ce dimanche 14 octobre avec l’évêque des pauvres, Mgr Oscar ROMERO (1917-1980), martyrisé au cours de la célébration eucharistique, ainsi que quatre autres témoins lumineux de la foi et de la charité, sœur Maria Katharina KASPER (1820-1898), sœur Nazaire de Sainte Thérèse de Jésus (1889-1943)et les pères Francesco SPINELLI (1853-1913) et Vincent ROMANO (1751-1831) ainsi que le bienheureux Nunzio SULPRIZIO (1817-1836), jeune laïc italien. Que ces nouveaux saints et saintes nous fassent aimer sincèrement les personnes diminuées et nous fassent apprécier la vie consacrée.

Et demandons bientôt l’intercession de Mgr CLAVERIE et de ses 18 compagnons martyrs d’Algérie, morts assassinés entre 1994 et 1996. Ils seront canonisés le 8 décembre à Oran. Sept d’entre eux étaient trappistes de l’abbaye de Tibhérine.

Nous pensons à l’ami musulman de Mgr CLAVERIE, Mohamed BOUCHIKHI, assassinés en même temps le 1er août 1996, et aux innombrables pauvres gens tombés sous le coup du terrorisme aveugle de ces années sombres.

Que ces hommes et ces femmes, qui ont choisi de rester fidèle au peuple auquel ils avaient été envoyés, nous fassent trouver notre joie dans la fidélité et la charité, inlassablement.


+ Benoît RIVIERE

Logiques techniques et responsabilité humaine

Editorial d'Eglise d'Autun N° 16 - 05 octobre 2018bioethique ADN

Un projet de loi va bientôt être soumis au vote des parlementaires. Il ne concernera pas seulement des questions dites « sociétales », à savoir par exemple l’extension de l’autorisation de l’AMP (Assistance Médicale à la Procréation) aux femmes seules et aux couples de femmes.

En effet, l’objet des débats qui ont eu lieu lors des états généraux de la bioéthique, et des débats parlementaires qui vont avoir lieu dans les semaines qui viennent, pour légiférer dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique, est très large. Il concerne les examens génétiques, les dons et les transplantations d’organes, le diagnostique prénatal et préimplantatoire, l’assistance médicale à la procréation, la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires, les neurosciences et l’imagerie médicale. Il concerne aussi l’évolution de la médecine et de la politique de soins (intelligence artificielle et données massives, écologie). Et enfin, les débats parlementaires concerneront peut-être la question de la fin de vie, largement débattue lors des récents états généraux.

Sur ce dernier point, le très long avis que vient de rendre le CCNE (Comité Consultatif National de l’Ethique) « propose de ne pas modifier la loi existante sur la fin de vie (loi Claeys-Leonetti) et insiste sur l’impérieuse nécessité que cette loi soit mieux connue, mieux appliquée et mieux respectée ». Et dans ce sens, il souhaite un nouveau plan de développement pour les soins palliatifs.

Avant même que le CCNE ne publie son avis, nous avons tenu à faire largement connaître aux « décideurs », mais aussi à tous ceux qui veulent poursuivre le dialogue dans la société française, notre réflexion sur l’homme et sur la dignité de sa venue au monde. C’est le sens de ce livre intitulé « Respectons la dignité de la procréation ». Il va au-delà du simple « non » à l’extension de l’AMP relevé dans les médias. Il entend s’émerveiller sur la belle capacité qu’ont les humains d’engendrer de nouvelles vies humaines, et sur les points d’attention à ne pas occulter, faute de bafouer la beauté de la procréation.

Je voudrais ici seulement souligner que l’impact de plus en grand des techniques liées à la procréation, joint au désir d’avoir un enfant, est en train de faire pression pour que nous basculions d’un usage de l’AMP pour pallier un problème d’infertilité, à un usage plus large satisfaisant le désir d’enfant chez toute femme, même si elle n’est pas infertile. Il est clair que cette possible extension de l’usage de l’AMP pose un grand nombre de questions qu’il nous a paru bon de soulever, en particulier en ce qui concerne la filiation, et la relation à un père.

Dans ce domaine de la procréation, le CCNE lui-même a précisé qu’une minorité significative, participante du travail, était légitimement fondée à exprimer son avis, d’autant plus que les débats généraux sur ce point avaient fait apparaître une très large méfiance de la population française à l’extension de l’AMP, devant le risque de déstabiliser encore un peu plus la situation des enfants.

Comment sera respecté l’intérêt premier de l’enfant ? Le même CCNE n’écrivait-il pas, dans un avis précédent (avis n°126) : « le rôle du père, en interaction et coopération avec celui de la mère, est essentiel dans la construction de la personne de l’enfant. Il paraît paradoxal d’institutionnaliser, d’organiser en toute connaissance de cause des naissances sans père. »

+ Benoît RIVIERE