• Accueil

« Soyez dans la joie et l’allégresse » (Mt 5,12)

Editorial d'Eglise d'Autun N° 9 - 11 mai 2018


P4190292
Cette expression, qui vient de la bouche même de Jésus, est le titre de la troisième exhortation apostolique que le pape vient de nous offrir. François veut nous entraîner vigoureusement et avec réalisme sur le chemin des béatitudes, c'est-à-dire de la sainteté. Rien à voir avec la fausse sainteté de qui « a le regard figé dans une prétendue extase » ! J’aime que le pape nous dise que la sanctification est un cheminement communautaire.

La joie et l’allégresse est promise dès aujourd’hui à ceux qui ne désertent pas le combat de la foi, et qui en même temps considèrent leurs propres faiblesses comme le lieu où agit la grâce. En ce temps de Pentecôte (et d’ailleurs tout le temps !), la lecture de cette exhortation du pape stimule à viser haut, c'est-à-dire à nous laisser sérieusement guider par l’Esprit-Saint dont la force se joint à nos limites et à nos fragilités.

Je me suis interrogé, au fil de la lecture, et je vous partage ces quelques questions : est-ce que je m’entraîne chaque jour à savoir arrêter la course fébrile de mes pensées et de mes activités, pour habiter l’espace personnel où s’établit le dialogue sincère avec Dieu ? Est-ce que je considère que la reconnaissance de nos limites humaines permet précisément à la grâce de Dieu d’agir davantage ? Les deux seules richesses qui ne s’évanouissent jamais, sont le Seigneur et le prochain. Pourquoi ai-je tendance à laisser ma vie être envahie par tant d’autres soucis et richesses qui ne touchent ni Dieu ni le prochain ? Et devant les multiples sollicitations (écrans, loisirs, vains bavardages, occupations prétendument indispensables…), est-ce que je demande le don du discernement, ainsi que le courage d’agir ? Est-ce que nous goûtons peu à peu davantage « la grâce qui apaise la vanité et rend possible la douceur » ? Faisons-nous silence sur les défauts des autres ? Préférons-nous être enseignés de tout le monde plutôt que de prétendre instruire à tout bout de champ le moindre humain qui bouge ? (Cf. Saint Jean de la Croix. Exhortation du pape n°117).

Voilà quelques brèves notes entendues à la lecture de cette exhortation du pape. Elles m’aident à oser avec réalisme prendre à nouveau la route des béatitudes, en écoutant l’Esprit-Saint créateur et donateur de joie et d’allégresse.


+ Benoît RIVIERE

"Dieu est jeune"

Editorial d’Eglise d’Autun N° 8 - 27 avril 2018DIEU EST JEUNE


Vous cherchez à lire quelque chose de bon et de nourrissant, quelque chose qui donne confiance en l’avenir, et qui réconcilie les jeunes et les anciens. Je vous conseillerais alors le livre que le pape vient d’écrire : Dieu est jeune Comment ce livre a-t-il été écrit ? A partir d’une conversation avec Thomas LEONCINI, appuyé sur cette conviction que les jeunes sont en quelque sorte « de la même étoffe que Dieu. »

En lisant, j’éprouvais trois sentiments réconfortants : d’abord celui d’être plongé dans un bain de sagesse. J’entends ici le mot sagesse au sens biblique, c'est-à-dire cette vie bonne que Dieu offre à l’homme s’il veut être heureux. Ensuite, c’était le sentiment de la paix, d’une paix tout près de moi, tout près de chaque journée, tout près de chaque pensée, à la simple condition de fuir le terrain de la cupidité, de la vaine gloire et de la sotte prétention à me croire meilleur que les autres.

Enfin, c’était le sentiment d’être ramené dans le réel du monde actuel pour y engager ma liberté, sans tristesse et sans découragement. Je veux dire que l’authenticité des paroles du pape, son acuité jamais surplombante, son immense empathie envers les autres, sont des choses qui aident à sortir du seul « jugement », pour entrer sur un chemin simple de dialogue et d’engagement.


+ Benoît RIVIERE


Message de Pâques aux habitants de Saône-et-Loire

eveque 2018 01Autun, le 27 mars 2018

A Pâques, Dieu dépasse nos peurs

Ce premier dimanche d’avril est, pour les chrétiens, la grande fête de Pâques. C’est la fête de la vie qui triomphe de la mort. C’est la fête de l’amour qui s’offre librement et gratuitement à tous. Au matin de ce lumineux dimanche, les chrétiens affirment dans la joie que le Christ qui dormait dans son tombeau après sa crucifixion se réveille, se lève et sort inaugurer un monde nouveau !

En Jésus, la mort vaincue donne un sens à la vie. A Dieu, il est possible de dire à la fois ses désirs et ses souffrances. Nous croyons que Dieu peut faire toute chose nouvelle, qu’il peut transformer une existence. Avec Lui, aucune crainte ne peut avoir le dernier mot, même si les circonstances visibles montrent le contraire. Dieu dépasse nos peurs.

De belles figures de la foi sont pour nous de véritables modèles de vie consacrée à l’amour. Je pense plus particulièrement, après ce récent attentat dans le sud de la France, à celle du père Maximilien Kolbe. C’est un « modèle d’amour et de solidarité pour le monde d’aujourd’hui », rappelait le pape Saint Jean Paul II. Pourquoi ? Parce que Maximilien, par le don de sa vie, montre jusqu’où peut aller l’amour fraternel et l’esprit de solidarité.

Le geste de cet homme, décidé et accompli en quelques secondes, n’est cependant pas spontané. Il intervient après un chemin personnel qui le dépasse et l’invite à embrasser la cause de l’autre comme la sienne. Maximilien Kolbe reste un phare pour notre temps difficile, comme le Christ est notre roc d’espérance par tous les temps.

A chacun en Saône-et-Loire, je pose ces questions : quelle sera la porte qui vous fera entrevoir un avenir, une espérance, un peu d’affection partagée ? Notre urgence du quotidien n’est-elle pas celle de l’amour, du dialogue et de la vérité confiante ?

En ce jour de Pâques, toujours nouveau et sans cesse renouvelé, les catholiques prient pour que chaque femme et chaque homme soient transformés par l’espérance.

Bonne fête de Pâques, par la joie de Jésus le Christ ressuscité !

+ Benoît Rivière
Evêque d’Autun, Chalon et Mâcon


Voir la version PDF


Les pas du Ressuscité !

Editorial d’Eglise d’Autun N° 6 - 23 mars 2018

P1360493
Des diacres avec leur épouse et des prêtres ont mieux découvert à Assise, il y a quelques semaines, l’appel à se convertir à l’exemple de saint François et de sainte Claire. Ces deux grands « amis au ciel » étaient entrés dans la bienheureuse pauvreté devant Dieu, devant les autres et devant eux-mêmes, déjà dans leur vie mortelle ; et la création elle-même, jusque dans ses plus petites manifestations vivantes, leur était devenue comme « partenaire » de louange et d’offrande.

Saint François et de sainte Claire ne recherchaient pas Dieu dans un spiritualisme isolant et égoïste, mais en vivant sincèrement avec tous comme avec des frères et des sœurs aimés, et en voulant s’entraîner eux-mêmes avec les autres dans la vie bienheureuse.
Cette vie de bonheur n’est-elle pas déjà donnée, paradoxalement, aux humbles et aux petits qui manquent de ce que possèdent les riches ?

Je repense à des frères prêtres âgés, et à plusieurs d’entre eux qui viennent de mourir récemment. Ils avaient été dépouillés peu à peu de presque tout, en tous cas de bien des choses matérielles, et de bien des appuis. Ils étaient entrés dans une pauvreté de plus en plus entière, qui fait dépendre de la charité des autres et qui fait apparaître lumineusement la qualité du cœur : tu es fait pour la relation, pour te laisser aimer, et cela, jusque dans l’approche du mystère de la mort. Quelle audace de l’appeler, comme Saint François, « notre sœur, la mort corporelle » ! Dire cela n’est en rien dédain, ni mépris du corps, mais attente relationnelle, prière et action de grâce qui découvrent l’appui de Jésus lui-même s’en remettant au Père dans l’Esprit-Saint.

La beauté et l’ordonnancement de la création, écrivait le père Dufour dans son dernier témoignage un jour de Toussaint, permettent de tenir le coup quand viennent les combats à traverser pour garder la foi. Ce sont toujours par d’humbles signes qu’est donné aux hommes et aux femmes de suivre les pas du ressuscité.


+ Benoît RIVIERE

Message de Mgr Rivière aux jeunes du diocèse d’Autun

 MESSAGE DE MGR RIVIERE AUX JEUNES 2018 image5


Le pape François vient d’envoyer une très belle lettre aux jeunes du monde entier(*). Je vous encourage à la lire. Elle aborde de front une réalité humaine, celle de nos peurs. Quelles peurs nous habitent ? Qu’est-ce qui nous préoccupe le plus ?

En ces jours de préparation à Pâques, j’aime penser à une jeune fille juive de 15 ans, devenant mère de Jésus et affrontant elle aussi une peur : serai-je à la hauteur de ce qui m’est demandé ? La souffrance ne va-t-elle pas tout anéantir dans la vie de l’enfant qui naîtra ? Cette jeune fille, Marie, a reçu pleinement cette parole venant de la part du Dieu bon et ami des hommes : « ne crains pas ! » Avec elle, je vous souhaite d’entendre vous aussi : tu es aimé au-delà de tous tes rêves par Dieu qui t’entraîne dans sa joie et dans sa relation vivante avec les autres.

La plus belle réussite de la vie, c’est évidemment celle de l’amour. Mais nous nous interrogeons : qui m’aidera à aimer durant toute ma vie ? Saurai-je faire toujours du bien à ceux qui ont confiance en moi ? Qui m’aidera à faire les bons choix ? Aurai-je une place et un travail dans la société, car je voudrais aussi servir le bonheur des autres ?

A l’approche de Pâques, je vous invite à participer aux prières qui auront lieu dans les églises ces jours prochains. L’Eglise attend de vous écouter et de vous donner toute votre place dans sa mission. Des jeunes du monde entier sont réunis autour du pape ces jours-ci. Vous-mêmes, n’ayez pas peur de prendre la parole pour dire vos désirs et aussi vos souffrances. Je vous souhaite de trouver des personnes de confiance pouvant vous écouter et vous accompagner dans votre recherche d’une existence entièrement bonne.


+ Benoît RIVIERE
Donné aux jeunes à Taizé le 25 mars 2018

Voir la version Pdf

----------------------
(*) MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS À L'OCCASION DES XXXIIIèmes JOURNÉES MONDIALES DE LA JEUNESSE
« Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu » (Lc 1, 30).

Prions pour les catéchumènes

Editorial d’Eglise d’Autun N° 4 - 23 février 2018


07 APPELS DECISIFS 2018Je lisais et relisais ces jours-ci les lettres personnelles que les catéchumènes adultes écrivent à l’évêque, à l’approche de leur baptême. Ces frères et ces sœurs « chrétiens-catéchumènes » sont au seuil du jour, ou plutôt de la nuit lumineuse, tant attendue par eux et par toute l’Eglise, de la plongée dans le bain de la nouvelle naissance. Dans une de ces lettres, je lis ceci : « le baptême n’est pas une finalité mais le commencement d’une vie nouvelle. Aller à la messe n’est pas une contrainte mais un moment de paix… ».

Ces lettres rayonnent d’une joie authentique, celle d’appartenir à la famille des chrétiens, celle de sentir l’amitié du Christ, celle de vouloir 24 heures sur 24 vivre vraiment en alliance avec Dieu dans le Christ, et en service auprès des autres avec Lui. Elles manifestent la force du Christ sauveur, qui est venu ouvrir la porte de la foi dans l’existence personnelle de chacun, marquée par tant d’épreuves graves, familiales entre autres.

Pour nos frères et sœurs catéchumènes, ce carême vient de commencer par le rite liturgique de « l’appel décisif », qui a eu lieu cette année à La Clayette. C’est l’appel de Dieu à vivre en Lui et pour Lui dans l’ordinaire des jours ; c’est en quelque sorte le temps d’aboutissement des « fiançailles » avec le Christ ; c’est le temps de la purification du cœur, par la fréquentation des Ecritures, par la prière, par la participation à la liturgie de l’Eglise et par l’engagement envers les plus pauvres.

Qu’en sera-t-il pour les « anciens » dans la foi ? Quel est notre désir de nous convertir entièrement, sans nous réserver une part où Dieu n’aurait rien à nous dire ? Quel est notre désir de nous laisser transformer à travers les sacrements de l’Eglise et les visages de nos frères et de nos sœurs en humanité ? Quels obstacles à l’amour je dois lever, avec la grâce de Dieu, dans ma vie ?


+ Benoît RIVIERE

La prière, le jeûne et l'aumône

Editorial d’Eglise d’Autun N° 5 - 9 mars 2018

4
La croissance presque folle des masses d’informations qui circulent à chaque instant par internet dans le monde, pose en creux la question suivante : qu’en est-il des relations humaines ? Etre et grandir dans des relations ajustées demande une humble présence, du temps réel, et un jeûne d’informations.

Je me souviens de l’histoire suivante : une femme demande un jour à son mari de pouvoir parler un peu tranquillement avec lui. Aussitôt le mari lui dit : « Ah, je vois ! C’est le problème de la voiture, ou bien c’est la difficulté d’un de nos enfants ! Oui, ma chérie, nous allons en parler calmement ! » Et elle lui dit : « non ! Ce n’est pas de cela que je voudrais parler avec toi : » « Et de quoi donc alors », lui dit son mari ? « De toi et de moi, » lui répond-elle simplement.

Dans la prière, le jeûne et l’aumône, il est question de relations, il n’est même question que de cela : où en suis-je de ma relation vitale, dialoguante, confiante, actuelle, quotidienne, avec le Seigneur vivant ? Où en suis-je de la relation équilibrée, honnête, réconciliée, avec moi-même dans l’histoire qu’il m’est donné d’accueillir ? Où en suis-je dans ma relation engagée, concrète, durable, avec d’autres qui attendent une aide ?

Le prix de notre existence est directement mesuré au temps et à la qualité de la prière, de l’ascèse, et du service concret des autres. Et le climat chrétien de notre relation avec Dieu, avec nous-mêmes et les autres, c’est la joie, d’autant plus grande que devient consciemment plus grande la place intérieure du Père qui est là, nous dit Jésus, dans le secret. Je me souviens d’une enfant à la veille de sa première communion me disant : « je ne veux pas seulement préparer une place à Jésus dans mon cœur, mais toute la place ! »

A mesure qu’avance le temps du Carême, sachons reconnaître ce qui a valeur devant Dieu et ce qui n’en a pas, et rejetons simplement et joyeusement ce qui n’en a pas aux yeux de Dieu. Alors, sera large et grand l’espace pour aimer mieux en toute circonstance et chaque jour.

+ Benoît RIVIERE

Aujourd'hui est un commencement

Editorial d'Eglise d'Autun N° 1 - 12 janvier 2018


Je me souviens d’une grande affiche permanente dans le couloir d’entrée d’un lycée de Marseille. Elle montrait un petit garçon haut comme trois pommes qui disait, avec un bon sourire : « ne vous énervez pas ! Dieu n’en a pas encore fini avec moi ! »

crocusAu commencement de cette année, cette boutade sympathique vaut pour chacun de nous quel que soit notre âge, et pour le monde actuel aussi. Dieu nous veut en croissance, et en croissance belle sous son regard. Le regard de Dieu n’est pas éteint sur la bonté qui est dans le monde. C’est même lui, son regard, grâce auquel nous existons, grâce auquel nous voyons des frères en tout homme, et grâce auquel nos péchés sont pardonnés. Sans lui, tout devient étroit et tout devient mesquin.

Les vœux que nous échangeons réveillent le meilleur de nous-mêmes, et je voudrais ici évoquer trois « cadeaux » reçus qui m’ont fait du bien :
- Le premier, c’est une question posée par quelqu’un en fin d’année, pour relire l’année écoulée à partir des grâces de Dieu sensiblement visibles dans le monde et dans notre propre vie personnelle ;
- Le second, c’est la délicatesse de tant de messages échangés en ces jours, et de tant de messages encourageants ;
- Le troisième, c’est un texte de Saint Jean XXIII que j’ai trouvé à mon réveil le 1er janvier : « Seigneur, rien qu’aujourd’hui, j’essaierai de vivre exclusivement la journée sans tenter de résoudre le problème de ma vie ; rien qu’aujourd’hui, je ne critiquerai personne et ne prétendrai redresser et discipliner personne si ce n’est moi… Rien qu’aujourd’hui, je ne craindrai pas et tout spécialement, je n’aurai pas peur d’apprécier ce qui est beau et de croire à la bonté. »

Cette prière n’est pas éloignée de celle de Sainte Thérèse de Lisieux demandant la grâce d’aimer « rien que pour aujourd’hui » ; c’est ainsi que nous serons dans le réel, en faisant simplement les choses au quotidien, dans la joyeuse disposition de ces deux grands témoins si proches. Aujourd’hui est une frêle passerelle. Il ne s’agit pas de tomber en nous réfugiant dans un ailleurs imaginaire, le plus souvent d’ailleurs à côté du réel. Il s’agit seulement de nous occuper de la bonté… il y a déjà pas mal à faire !


+ Benoît RIVIERE

Je suis la vraie vigne et mon père est le vigneron

Editorial d’Eglise d’Autun N° 3 - 9 février 2018

Regardez une vigne !
Regardez ce qu’il faut de patience, et que l’homme doit recevoir !vigne2
Regardez le soin du travail du vigneron !
Il faut des plants choisis, variés et sains ;
Il faut du terroir particulier ;
Il faut le soleil et la pluie, et l’humidité profonde jusqu’à la roche et jusqu’à l’eau ;
Il faut cela que Dieu donne aux hommes et aux femmes,
et qui s’appelle la terre, et la vie…

Un vigneron passe de longues heures seul dans sa vigne,
Qu’il en soit d’ailleurs ou non le propriétaire.
Il aime la vigne, et il la soigne.
Une vigne sans soin est une vigne folle.
Une vigne soignée fait voir cette alliance particulière
de la terre et du travail de l’homme.

Regardez une vigne !
Regardez comme les racines des plants vont chercher loin dans le sol,
Jusqu’à 10 mètres m’a-t-on dit !
Nous voyons cela, en certains lieux de Bourgogne,
Et nous entendons là quelque chose qui nous parle
de notre propre vie humaine et de notre amour du travail.
Nous devinons déjà la promesse de fête et de joie !

Oui, la vigne nous parle d’alliance,
Avec Dieu qui donne la vie et la croissance,
Avec les autres sans lesquels tout deviendrait pesant et lourd.

La prière nous assemble,
Sarments d’une vraie vigne, dont Jésus parle en disant :
« Moi je suis la vigne et mon Père le vigneron. »
Dans chaque eucharistie, nous prenons du pain et une coupe de vin, deux réalités ancestrales de l’existence des hommes sur la terre.
Nous bénissons Dieu qui nous a donné la terre en partage.
Jésus a fait ce geste, au début du repas du 7è jour,
pour annoncer et faire voir jusqu’où allait le don de Dieu.
Saint Vincent a fait de même en livrant sa vie pour garder vive la foi ?
Tel le vigneron paisible, nous ouvrons nos yeux sur la beauté de la création,
Et sur la beauté du travail humain,
Quand il est orienté vers le véritable bien.

+ Benoît RIVIERE

Dîner dans le Morvan, un soir d'hiver

Editorial d’Eglise d’Autun N° 21- 22 décembre 2017


C’était il y a juste quelques jours, et il faisait froid. On ne voyait pas grand monde le long de la route et au bord des maisons… à vrai dire, on ne voyait personne ! Et puis, à 19h, la nuit était déjà bien installée, un brouillard humide et glaçant vous piquetait le visage, deux sapins éclairés sur le bord de l’église de Lucenay-l’Evêque vous ouvraient le chemin menant à la salle paroissiale.COUVERTS

Celle-ci était franchement transformée grâce à une décoration joyeuse et à une grande table soigneusement dressée. Les invités se trouvaient réunis. Ils étaient environ soixante. Ils venaient des villages alentours et chacun avait été invité personnellement par le père Michel en reconnaissance des services rendus à l’Eglise en ce lieu. A l’approche de Noël, la paroisse de Notre Dame du Morvan voulait simplement réchauffer les cœurs de ceux et celles qui sont autant de « petites mains » pour la marche de la paroisse.

Après le vin chaud fort apprécié, nous étions conviés à tirer au sort notre place à table ; cela donnait toute sa chance à la providence. Nous étions donc placés entre deux autres personnes que nous n’avions pas choisies. Régal et surprise de la rencontre fraternelle ! Entrer en dialogue devenait simple, surtout après le chant des vêpres soigneusement et entièrement célébrées autour de la table. Quel bonheur de prier et chanter ainsi ! Les mets avaient été apportés par les uns et les autres, et notre frère prêtre Michel avait lui aussi fortement contribué à la qualité des plats en amenant du riz cantonais et un excellent ragoût de gibier offert par un paroissien voisin, tout cela préparé par ses soins. Le charisme de notre père Michel en la matière servait la joie du corps entier. Nous avons fini la soirée en chantant à nouveau, et en nous saluant joyeusement. C’était simple ! C’était authentiquement et sincèrement une belle soirée de frères et sœurs d’une paroisse ordinaire. J’ai goûté la ferveur et la joie de me trouver avec des frères unis autour d’une table. Je repense aux nombreux repas d’évangile, où Jésus a goûté ces joies-là ! Je repense à l’action de grâce que disent les frères de Taizé à l’issue de chaque repas : « En tout la paix du cœur ! La joie, la simplicité, la miséricorde ! »

+ Benoît RIVIERE

« Gloire à Dieu, Paix sur terre ! »

Editorial d’Eglise d’Autun N° 20 - 8 décembre 2017MGR RIVIERE 26 11 2017 ter


Dans la nuit lumineuse de la naissance de Jésus, ce chant des anges a touché le cœur d’humbles marginaux de la société du temps d’Hérode. Ces bergers n’en croyaient pas leurs oreilles ! On leur murmurait une musique d’en-haut, qui les éveillait eux-mêmes à goûter et à partager une joie qu’ils ne connaissaient plus : « une grande joie… qui sera pour tout le peuple ! Un enfant nous est né ! Un fils nous a été donné ! »

Dans la nuit de nos espoirs déçus, dans la nuit aussi de nos modestes et quotidiennes fidélités, dans la nuit qui attend l’aurore, et dans la nuit qui doute de la venue du jour, une lumière s’est levée : une lumière qu’un chant accompagne. Les promesses faites aux anciens étaient donc vraies ! L’attente des pauvres n’était pas vaine ! Le désir d’un sauveur qui ne soit pas un faux messie pouvait trouver un accomplissement ! Et la foi de Marie, l’humble fille d’Israël, rencontrait vraiment la liberté de Dieu !

Un évêque d’Alexandrie au IVème siècle, Saint Cyrille d’Alexandrie, disait : « il n'y a pas un Fils qui était le Logos né de Dieu le Père, et un autre Fils né de la Vierge sainte ; mais nous croyons que celui qui est avant tous les temps est aussi celui qui est, selon la chair, né d'une femme »

Cette femme se tiendra au milieu des disciples de Jésus, au jour de la Pentecôte, pour prier et pour recevoir le don promis. L’Esprit-Saint, dans la foi de Marie, se répandra dans toutes les réalités humaines. Aujourd’hui comme hier, quand elle est réunie, l’Eglise jubile dans l’Esprit-Saint. L’écoute du chant de l’assemblé croyante, c’est quelque chose qui surprend toujours ! Oui, comme est belle l’Eglise en prière et en pèlerinage au milieu des hommes, quand elle entre dans le chant qui vient d’en-haut : « Gloire à Dieu ! Paix sur terre ! »

Marie écoute. Les bergers racontent. L’ouverture aux humbles et aux petits qui disent ce qu’ils voient et ce qu’ils entendent eux-mêmes, est quelque chose de si important. A Taizé, lors de la clôture du synode diocésain, frère Aloïs a rappelé ces choses là, la joie, et l’écoute active des humbles.

Sur le devant de l’ambon de la cathédrale Saint Lazare à Autun, il y a un ange musicien, sculpté par Goudji. C’est le signe lumineux que dans le chant de l’Esprit-Saint, nous entendons l’évangile de la Nativité du Sauveur, aujourd’hui comme hier, et comme il en sera encore demain, jusqu’au jour de la rencontre éternelle des frères humains dans le mystère d’unité divine.

Bonne et heureuse célébration de la Nativité de notre Sauveur, Jésus Christ !

+ Benoît RIVIERE


Pourquoi participer aux débats sur la bioéthique ?

Editorial d’Eglise d’Autun N° 2 - 26 janvier 2018DIALOGUE

POURQUOI PARTICIPER AUX DEBATS SUR LES CONTENUS ET L’ENJEU
DES LOIS RELATIVES A LA BIOETHIQUE ?

Au cours des prochains mois, dans une centaine de lieux publics, se tiendront des échanges pour apporter au Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) la matière, les arguments et les problématiques qui serviront à la rédaction de projets de loi, dans le cadre de la révision des fameuses lois de bioéthique.

Il me paraît important que des personnes capables d’aider au dialogue et de faire réfléchir sérieusement, puissent aider dans notre diocèse à des échanges sur ces sujets, et des échanges qui se tiendront dans un esprit de clarté, d’humilité et de bonté. Un passage du Concile Vatican II l’exprime ainsi : « Il appartient à l’Eglise d’engager le dialogue avec la société humaine au sein de laquelle elle vit… Il faut que ce dialogue se distingue par la clarté du langage en même temps que par l’humilité et la bonté, par une prudence convenable alliée pourtant à la confiance : celle-ci, favorisant l’amitié, unit naturellement les esprits. »

Certains objecteront que cela paraît utopique de vouloir entrer dans des espaces ouverts de dialogue sur les questions qui touchent à la vie elle-même, et donc à l’avenir de la société. Ils redoutent que les choses ne soient déjà arrêtées par avance.

Il est vrai que nous ne savons pas toujours bien faire entendre ce qui fonde nos prises de paroles publiques. Il est vrai que la tendance à multiplier des piles de lois pour satisfaire aux désirs singuliers, n’aide pas à une juste perception de la loi civile. Il est vrai que nous respectons le domaine propre du politique, et que nous ne voulons pas nous substituer à ceux qui ont reçu mandat du peuple pour légiférer.

Pour contribuer au dialogue dans notre société, en cette période de nouveaux débats au sujet des avancées techniques en matière de contrôle et de pouvoir sur le vivant lui-même et au sujet des enjeux humains de certaines décisions législatives, j’ai récemment appelé quatre baptisés qualifiés de Saône-et-Loire à se rendre à une journée de travail à Paris. Les intervenants de ce « séminaire » ont été réunis par Mgr Pierre d’Ornellas et un groupe d’évêques avec lui.
De retour de cette journée, nos quatre « missionnés » pourront, avec d’autres, aider les communautés chrétiennes que le souhaiteront à débattre. La foi et la raison, l’ancrage dans le réel des situations de souffrance, sont tellement nécessaires à qui veut voir un bonheur advenir pour toute l’humanité.


+ Benoît RIVIERE

Message de Noël aux habitants de la Saône-et-Loire

MGR RIVIERE 26 11 2017 terAutun, le 18 décembre 2017


Espérance, bienveillance, audace !



Quelles sont les aspirations les plus profondes de ceux et celles avec qui nous vivons et nous travaillons en Saône-et-Loire ? Les enfants l’expriment avec la sincérité spontanée qu’on leur connaît : c’est de bien s’entendre avec les autres. Enfants et adultes, nous désirons cette relation bonne avec tous, et nous désirons apporter notre petite pierre à l’édifice de la maison commune dans laquelle nous habitons tous sur cette terre.

Et comment avancer vers cette terre solidaire, quand nous éprouvons tant d’inquiétudes touchant l’avenir des sociétés humaines : inquiétudes « écologiques », « politiques » à certains endroits du monde, « affectives » pour nos proches et pour nous-mêmes, « économiques » liées aux imprévisibles des « marchés financiers » ?

Les jours de Noël sont, pour certains d’entre nous, des jours de retrouvailles familiales et des jours réconfortants ; pour d’autres, ce sont des jours de plus grande solitude et des jours (je pense à ceux qui habitent des lieux troublés par les guerres et les graves dysfonctionnements de l’économie) où l’on peut éprouver du même coup ce que dit un passage de la Bible : qui nous fera voir des jours heureux ? Qui nous fera voir le bonheur ?

En ce moment où nous peinons à voir venir de nouvelles alliances durables entre des peuples opposés, que faut-il souhaiter ?
Je veux adresser trois vœux aux habitants de la Saône-et-Loire :

1. Croyez à l’avenir de chaque personne humaine aujourd’hui et demain ! Le signe auquel les chrétiens reconnaissent l’avenir que Dieu ouvre au monde, c’est le signe de la simplicité fragile d’un enfant, amoureusement accueilli par son père et sa mère. La crèche n’est pas pour nous un simple objet d’attendrissement enfantin, elle est la signature d’un Dieu vivant qui arrache à la tristesse et à la mort.

2. Laissez-vous à nouveau réjouir par la bienveillance et par la générosité des plus humbles. Rien ne détourne en effet aussi efficacement du mal et des étroitesses d’esprit, que le visage et la confiance d’un enfant.

3. Osez entreprendre à plusieurs, en dépassant les égoïsmes et les peurs. L’être humain a une formidable capacité pour se renouveler et renouveler les conditions d’habitat et de travail, en s’adaptant à des situations inédites. Il est beau et réjouissant de voir ce que produit la collaboration humaine en vue du bien commun.

Je vous souhaite l’espérance, la bienveillance et l’audace !

+ Benoît RIVIERE
Evêque d’Autun, Chalon et Mâcon