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La flamme de la résistance ne doit pas s’éteindre

Les mots de Monseigneur Rivière au Challenge Michelet 2017

Dans le cadre de la 45e édition du Challenge Michelet, organisée par la Direction interrégionale de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, Monseigneur Benoît Rivière, évêque d’Autun était invité vendredi 19 mai dernier à prononcer une allocution lors d’une cérémonie d’hommage au monument aux morts de Dijon. Plus de 300 jeunes étaient réunis, venus de la région Grand-Centre, à l’issue d’une semaine de compétions sportives et culturelles sur le thème de La Résistance. Le résistant que fut monsieur Edmond Michelet, grand-père de Monseigneur Rivière était à l’honneur.


Chers amis du Challenge Michelet,

Je suis très ému de prendre la parole maintenant devant vous, et je suis fier de me sentir avec vous dans le même esprit, l’esprit du Challenge Michelet. Vous m’avez merveilleusement accueilli mercredi matin au Stade Colette Besson, et je vous en remercie beaucoup.

Dans ce stade, vous les jeunes, vous étiez heureux d’être ensemble, dans une ambiance de respect les uns des autres, dans une sorte de « famille » fraternellement unie, dans une joie communicative, et dans l’effort sportif pour être au meilleur de vous-même. Vous vous souviendrez longtemps de ces journées à Dijon, et vous pourrez vous souvenir longtemps de l’esprit du Challenge Michelet.

Edmond Michelet était mon grand-père. Nous l’appelions affectueusement « Papamond ». Il aimait beaucoup sa famille. A vrai dire, il était un homme fait pour aimer, et pour vivre en fraternité avec les autres, même ceux qui ne partageaient pas ses idées. C’était cela son esprit : un esprit ouvert et généreux, qui refusait de se laisser vaincre par la haine et par le découragement.

Et Dieu sait si Edmond Michelet, comme beaucoup d’autres, ont eu à RESISTER contre la haine et le découragement dans les années du milieu du XXème siècle et plus tard encore. Quand le nazisme poussait à dénoncer les juifs comme des gens inférieurs, quand le nazisme poussait les français à se dénoncer les uns les autres, quand le nazisme pratiquait des expériences infâmes sur le corps des infirmes, des malades et des vieillards, quand il entraînait des millions d’innocents dans les camps de déportation et d’extermination, il fallait des hommes comme Michelet pour rester debout, pour choisir la VIE au lieu de l’esclavage que les nazis voulaient imposer au monde. Il fallait espérer et se battre toujours pour vivre et pour aimer. Choisir la VIE, c’est le secret de la victoire ! C’est le secret de l’acte sur lequel, cette année, vous avez voulu réfléchir : RESISTER.

Pour RESISTER, il faut un cœur enthousiaste, il faut un cœur qui batte pour de grandes choses, il faut un cœur qui accueille les autres comme des frères, il faut un cœur réconcilié...

Chers amis du Challenge Michelet, laissez-moi vous raconter juste deux exemples de ce que le mot RESISTER voulait dire pour mon grand-père. Vous savez qu’il était père de 7 enfants, qu’il avait été arrêté sur dénonciation à 7 heures moins 10 le 25 février 1943 dans sa maison de Brive et qu’il avait été emmené au camp de concentration de Dachau. Entre les deux, on l’a interrogé brutalement pour qu’il se dénonce comme résistant, et il a tenu bon en pensant à sa femme, Marie, et à ses enfants. Il a pu faire passer clandestinement des messages à sa femme. Je voudrais vous en lire un extrait : « Amour, je te demande d’abord de ne parler à personne des gens de Brive qui m’ont envoyé ici. Je leur pardonne de tout mon cœur et je te supplie d’en faire autant – et moi je vous dis aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous maltraitent -. N’oublions pas que c’est à un travail de RECONCILIATION que nous sommes appelés. N’élargissons pas les fossés. Je compte bien sur toi pour cela. »

Et quelques mois plus tard, dans l’horreur du camp de Dachau, étaient arrêtés avec lui et internés avec lui des résistants, mais aussi des hommes ayant commis de vols ou des meurtres. Et bien, aux yeux de mon grand-père, tous ces français conduits au camp de concentration par les nazis, devaient se montrer dignes de leur identité de français. Ils étaient soudés entre eux dans la même épreuve. Ils devaient se traiter tous comme des frères et manifester leur unité aux yeux des bourreaux. Edmond Michelet a réussi ce tour de force de faire de cette bande de pauvres bougres, une sorte de groupe de compagnons qui se serraient les coudes ensemble dans la misère, justement pour RESISTER ensemble, justement pour choisir ensemble de ne pas se laisser gagner par l’égoïsme et par la haine. REFUSER la haine, RESISTER à laisser la haine gagner notre cœur, c’est AIMER en profondeur le présent et l’avenir de l’humanité.

Chers amis du Challenge Michelet, choisissez chaque jour l’appel à la vie, qui est exigence, réconciliation et confiance.

Bonne route dans l’esprit du Challenge Michelet !

+ Benoît RIVIERE
Evêque d’Autun