La porte de l'espérance - Prier, c'est espérer

Editorial d'Eglise d'Autun N° 6 du 20 mars 2020

J’ai entendu qu’au cours d’une récente réunion dans une communauté de l’Arche, apprenant ce qu’il en était des comportements inqualifiables de Jean Vanier, une personne accueillie s’est levée en disant : « Oh non, pas toi Jean ! » Et puis après un silence, elle a ajouté : « C’est mal ce que tu as fait Jean ! » Enfin, après un nouveau silence, cette personne a dit : « alors, on va maintenant prier encore plus pour toi Jean ! » En écoutant ce témoignage, j’ai ressenti une profonde émotion. Cette voix me montre un chemin de vie, même là où l’horreur a fait son ignoble travail.

priere chapeletIl faut entendre les récits douloureux, et les colères, de ceux et de celles qui ont été agressés dans leur être par des personnes en qui ils avaient mis une immense confiance. Ces récits mettent du temps à s’élaborer et souvent, à ce que je peux connaître, ils sont empreints de paix. Long combat de l’espérance contre la désespérance ! Les personnes accueillies à l’Arche continuent de nous montrer un chemin que nous risquions peut-être d’oublier : celui de l’espérance. Prier, c’est espérer ! Qui n’espère plus ne prie plus ! Celui qui espère même dans la nuit qu’un avenir peut s’ouvrir, celui-là n’enferme pas le passé ni le présent dans une prison ; il garde ouvert le fond de son être au Christ sauveur, pour lui-même et pour ses frères et sœurs en humanité où qu’ils se trouvent.

Merci à toi, frère ou sœur que je ne connais pas, qui, connaissant et comprenant la souffrance de ceux dont le corps et l’âme sont atteints par le mal, n’en reste pas moins prêt à aimer et à espérer, par-delà l’inimaginable détresse. Dans les jours prochains de la Semaine Sainte, nous nous laisserons entraîner par la voix des humbles, à travers qui le Christ lui-même nous invite à nous laisser purifier par lui dans le bain de l’eau baptismale (Cf. Eph 5,26).

+ Benoît RIVIERE