Quelle terre veux-tu librement habiter ?

Editorial d'Eglise d'Autun N° 10 - 25 mai 2018


Si je devais retenir une chose de notre rencontre d’aujourd’hui au Carmel de la Paix, et de notre réflexion sur l’expérience de l’exil, ce serait la question suivante : au fond, quelle terre veux-tu librement habiter ?

Nos pères dans la Foi ont continuellement médité l’expérience du déplacement. Et l’exil est une expérience souvent douloureuse d’un déplacement d’une terre vers une autre, étrangère, surtout au départ. Comme l’a dit tout à l’heure Frère Aloïs, pour le peuple d’Abraham, l’exil est un creuset pour la foi, pour éprouver et aussi pour rendre plus forte la Foi au Dieu de l’Alliance. Pour le croyant, l’exil est comme un révélateur de la foi.

Ce déplacement peut s’éprouver de bien des façons ; je donne brièvement quelques uns de ces déplacements, que je suis moi-même invité à vivre :

- Déplacement de l’idolâtrie vers l’espace de la rencontre avec Dieu, le Dieu Unique, et avec les hommes ;
- Déplacement des manières de voir le monde et ma propre vie vers des manières autres qui interrogent ma propre fidélité ;
- Déplacements de lieux sécurisés vers des espaces où le risque de l’accueil et du dialogue devient porte de vie ;
- Déplacement, au fond, de cette vie présente vers la vie éternelle.

La Bible se réfère souvent à l’expérience de l’exil à Babylone, elle en fait mémoire pour faire réfléchir à nos attachements et à nos détachements.

Où sont nos raisons de demeurer en un lieu ?
Où sont les espaces de la vraie demeure, pour chaque peuple et chaque culture ?
Quelle terre, quel espace spirituel, es-tu en train de quitter ?
Quelle autre terre voudrais-tu vraiment habiter avec les autres, tous les autres sans exception ?
Mazille18
Cette question est une interrogation spirituelle et humaine adressée à tous : quel retournement intérieur, quelle conversion Dieu te donne t’il à vivre, où que tu te trouves actuellement ?
Et si tu dois retourner sur ta terre natale, est-elle seulement une terre géographique et culturelle ?
N’est-elle pas la demeure vers laquelle tu voudrais marcher ?
N’est-elle pas aussi la demeure de Dieu parmi les hommes, la demeure où les justes sont comblés de la joie de ce que nos frères juifs nomment la joie de la Torah, la joie de la Parole de Dieu ?

Oui, je retiens de cette belle rencontre à Mazille, la question suivante : quelle terre veux-tu librement habiter ? Au fond, et c’est une question similaire : veux-tu marcher vers le bonheur ?

+ Benoît Rivière
Evêque d’Autun

(Texte de l’intervention de Monseigneur Benoît Rivière, évêque d’Autun, lors de la 7e Rencontre interreligieuse de prières pour la paix sur le thème de l’exil à Mazille au Carmel de la Paix le dimanche 6 mai 2018).