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Contribution du groupe « CEP » au synode du diocèse d'Autun
Des personnes en situation de précarité qui travaillent à la vigne du Seigneur
afin qu’elle porte beaucoup de fruits

                                                                                                        septembre 2015
1) Présentation du CEP et de ses participants
Nous sommes une vingtaine de personnes appartenant au Réseau St Laurent, issues du Secours Catholique, de la Pierre d’Angle et de l’Aumônerie des Gens du Voyage et nous nous sommes réunies à six reprises depuis juin 2014 pour partager, à partir de la Parole de Dieu, ce que nous souhaitons dire à l’Eglise diocésaine en vue du synode qui sera lancé le 4 octobre 2015. Nous sommes représentatives de trois types de précarité qu’on rencontre dans notre diocèse: celle des familles du Quart Monde, celle des réfugiées en attente de régularisation, celle des gens du voyage. Nous avons pensé, avec nos accompagnateurs, que le croisement de nos expériences si diverses de pauvreté et d’exclusion pouvait apporter une contribution utile à cette dynamique synodale.

Les deux premières rencontres du groupe nous ont permis de mieux nous connaître et de donner une identité à notre groupe.

La méditation de Mt 11,25-30 nous a ainsi beaucoup touchés, en particulier les phrases « tu l’as révélé aux tout-petits », « venez à moi, vous qui peinez sous le poids du fardeau », « je vous procurerai le repos », « mon joug est facile à porter ». Voici comment ces paroles rejoignent notre vie :

- si je n’avais pas eu Dieu, je n’aurais pas pu supporter certaines épreuves

- si on croit, grâce à Dieu, c’est tellement plus léger

- si je connais le Seigneur et son Fils, je peux lui remettre mes soucis. Sinon, tout seul, c’est pas évident d’avancer !

- on n’arrive pas à supporter nos difficultés si Dieu ne nous donne pas la sagesse pour supporter les choses inacceptables, les choses insupportables. Avoir la sagesse, c’est sortir de cet état en espérant que l’on ne va pas toujours rester petits. Les petits qui sont derrière seront en avant.

- la Parole du Seigneur est importante : nous sommes ses petits
Plusieurs parmi nous ont confié leurs épreuves récentes : mort du mari, mort de la mère, difficultés financières, mise sous tutelle, stigmatisation par les voisins, angoisse du lendemain, logement incertain, graves problèmes de santé, des séjours à l’hôpital pendant 5 ans entre la vie et la mort… Mais on s’est aussi partagé nos richesses :

- j'aime le partage, la chaleur humaine, le goût des autres

- j’aime servir Dieu et mon prochain

- j'aime beaucoup les personnes, et aider beaucoup de monde

- j'aime les gens simples, il y a beaucoup de richesses dans leur cœur

- j'aime la création artistique, j'étais professeur de piano, je faisais du théâtre

- j'ai une foi immense, je sais pardonner

Toutes ces richesses qui sont les nôtres nous ont conduits finalement à ne pas baptiser notre groupe « place et parole des pauvres », comme nous l’avions envisagé au départ à la suite de Diaconia, et à mettre davantage l’accent sur les termes de précarité et de fraternité. L’image du cep nous est ainsi venue, au départ comme un sigle témoignant bien de notre recherche (« chemin d’écoute et de partage », « chemin d’écoute de la Parole », « chemin d’espérance pour les petits »), et ensuite cela nous a donné un bel axe de partage entre nous à partir du thème de la vigne.
2) Travailler à la vigne du Seigneur, être disciples
Deux passages de la Bible nous ont inspirés : la parabole des ouvriers dans la vigne (Mt 20,1-16) et l’évangile de la vigne et des sarments (Jn 15,1-8). Le premier nous a redonné l’espoir, alors que la plupart d’entre nous s’étaient reconnus dans ceux que « jamais on n’embauche », dans ceux « qui sont toujours pris pour les derniers », « qui ne comprennent pas bien ». Jésus, lui, nous considère tous « comme égaux », « comme des êtres humains, pas comme des moins que rien ». Ainsi, il n’est « jamais trop tard pour ouvrir notre regard vers le Père, qui nous accueille ».

Dans la vigne, plusieurs symboles nous ont parlé. Certains se sont reconnus dans les grains de raisin, que « la lumière éclaire », « que Jésus fait mûrir en réchauffant la terre ». D’autres parmi nous dans le cep, « avec de grosses racines, avec beaucoup de fruits » : certains y ont vu la croix, la présence du Christ qui « nous fait porter beaucoup de fruits ». Il y a aussi le vin, symbole de la joie : « c’est le verre du dimanche, c’est le partage » ; c’est aussi « la vie éternelle, la présence de Dieu, le Dieu créateur ». Dans cette vigne, il y a « une place vide pour nous, cela va être notre lieu à nous », celui de la « liberté » que nous aimerions vivre dans l’Eglise (voir § suivant).
 
L’évangile de Jean sur la vigne et les sarments nous a alors introduits à un partage sur la condition de disciple. Demeurer en Dieu comme Jésus nous y invite, c’est « faire les choses bien pour le Seigneur », à la fois par la prière et la charité, en étant « attachés les uns aux autres, nous avec Dieu et Dieu avec nous ». Pour cela, il nous faut travailler notre terre, qui doit être bonne pour accueillir la Parole et la faire fructifier : « si on n’a pas de foi, la parole de Dieu ne peut rien ».Tailler la vigne, ça peut être dur, mais « si notre foi est stable, sans hésitation il ne faut pas avoir peur de couper » et c’est « un travail à faire toute l’année ».Ce qui nourrit notre sève, « comme le sang dans nos veines », c’est bien la Parole de Dieu qui fait du cœur de l’homme « un arbre de Vie ».

« Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez mes disciples », nous dit Jésus (Jn 15,8). La gloire de Dieu, c’est « croire en lui », « la joie de se rassembler, de remercier ». Etre disciple, c’est être « serviteur de Dieu et des autres » et garder confiance dans le Seigneur : « avec notre espoir, notre foi, on va y arriver, Dieu avec nous ». Beaucoup d’entre nous ont mis l’accent sur les relations fraternelles : « aller au-devant des autres, créer des liens, être tous à égalité, être une vraie famille tous ensemble pour faire la volonté du Père ». La prière et la pardon sont essentiels : « prier les uns pour les autres, savoir demander », « même si les gens m’ont fait du mal, je pardonne et j’aide les autres ».
3) L’Eglise à laquelle nous aspirons
Les deux séances suivantes nous ont fait travailler sur le thème de l’Eglise, cette Eglise dont nous faisons partie en tant que disciples du Christ, mais qui ne correspond pas toujours à ce que nous souhaiterions d’elle. Dans le même temps, nous avons expérimenté une méthode originale de méditer l’Evangile : la « Parole incarnée », qui nous a amenés à interpréter des personnages dans les passages de la Présentation au temple (Lc 2,22-40) et des noces de Cana (Jn 2,1-11) et à en tirer des enseignements pour nos chemins respectifs.

 Pour nous, qu’est-ce que l’Eglise ? C’est d’abord « la maison de Dieu », un lieu « où l’on sent Dieu », « un chemin de lumière et de vie » : « j'adore visiter les églises ». C'est surtout – ou ça devrait être – « une famille », un lieu « où l’on se sent aimé, où on se sent bien », où l’on peut « poser son fardeau », où l’on vit « le réconfort, la consolation, la communion ». Bref, ce devrait être « une mère avec les bras ouverts ».

 Par conséquent, nous attendons de l’Eglise « qu’elle devienne notre maison », en donnant « plus de place aux pauvres », en étant « plus ouverte à tous, tous égaux, sans discrimination », dans « la confiance mutuelle, le calme, la sérénité ».Nous aimerions y vivre « joie, tendresse, simplicité, vérité », « y être guidés ». Certains d'entre nous désireraient que l'Eglise s'appuie plus sur nous, sur notre foi et notre expérience spirituelle " "Nous pourrions participer plus à la vie de l’Eglise », mais il faudrait « que l’on nous demande plus souvent, on n'ose pas nous demander », « nous aimerions être formés pour transmettre ».

Si nous demandons ainsi beaucoup à l’Eglise, c’est parce qu’elle nous a beaucoup donné, ont dit plusieurs parmi nous : « je suis forte avec mon Eglise qui me donne force, amour, espoir : sans cela je suis morte », « j'ai perdu mon seul fils, ma famille était révoltée, l'Eglise a été mon soutien. Je me suis accrochée au Bon Dieu, à la Vierge Marie; c'est eux qui m'ont sorti de mon chagrin de ma misère, l’Eglise m’a sauvée ».
 
Par rapport aux sacrements, à la liturgie, notre groupe a été partagé. Certains d’entre nous aiment aller à la messe, « qui me fait vivre », ils apprécient beaucoup les baptèmes – que ce soit en tant que parents ou parrain/marraine : « c’est la première rencontre avec Dieu », « c’est donner la croyance en Dieu » ; « le seul baptême où j’ai été, c’est celui de ma propre fille, c’est ce qu’il y a de plus beau au monde : c’est l’Amour » ; « j’ai été baptisée à 26 ans, avant la vie ce n’était pas bon pour moi ; après le baptême, c’était bon, ça a changé »

 On a moins cité l’eucharistie : « c’est l’Amour pour Dieu, le rencontrer, le recevoir », « cela m’aide à vivre, je rencontre Dieu et je le reçois ». Un apport important de la messe pour certains, c’est davantage le fait de « voir du monde que je connais », d’y aller en groupe – on peut avoir du mal à y aller seul : « toute seule je ne serais pas rassurée ». Cela rejoint la relation étroite que tout sacrement doit avoir avec « le sacrement du frère ».

Plusieurs parmi nous ont finalement peu de lien avec la messe dominicale, qu’ils ne fréquentent pas régulièrement. Ils préfèrent aller à l’église quand il n’y a personne, pour s’y recueillir, retrouver la paix : « j’écoute les bruits de l’église, on entend l’Eglise parler » ; «avec ma famille, il faut être forte, sourire, cacher ses sentiments : à l’église tu peux crier, parler, y aller seule ». En définitive, le sacrement est avant tout « un engagement dans la foi », c’est « être éclairé par Dieu » et cela ne se vit pas nécessairement dans la paroisse : « pour moi, chaque jour c’est la messe, l église est dans mon cœur, je parle avec Dieu tout le temps ... partout ».

D’autres lieux d’église ont été cités, comme le Carmel de Mazille et l'abbaye cistercienne d'Acey : « chez les sœurs, on a fait des verres peints et on les a déposés devant l’autel. Des gens les ont pris en photo : il reste quelque chose de nous ». Notre dialogue avec Dieu s’approfondit ainsi, avec des expressions originales : « quand on fait la prière du cœur, on est comme une éponge, comme une mère qui a déjà accouché. Elle est fatiguée et contente à la fois » ; « on a la Parole de Dieu entre nous et en dedans de nous ».
Quant aux séances de « parole incarnée », elles ont été un temps fort pour la plupart d’entre nous, nous aidant à nous connaître en profondeur à partir de l’interprétation d’un personnage, à nous sentir reconnus, à retrouver de l’espérance. L’Eglise dont nous rêvons serait un lieu où l’on puisse vivre des manières variées de découvrir et de faire connaître la Parole de Dieu, qui est notre principale force avec la vie fraternelle et la prière, un lieu où l’on innove pour que nous y trouvions notre place et puissions y partager nos « trésors cachés ».
Les pauvres, voilà les trésors de l’Eglise (St Laurent)

Participants au CEP et signataires de ce texte
Au titre du Secours catholique :
Anush HOVHANNESSYAN

Artur HOVHANNESSYAN

Galoust KHATCHATERIAN

Leila KHATCHATERIAN

Aline PELLETIER

Patrice SAUVAGE

Pascale VARON
Au titre de la Pierre d’Angle :
Eliane CHAGNY

Renée LEFEBVRE

Denise PERCHE

Michèle PETIT

Laure RENAUD

Michaël RENAUD

Jean-Jacques SCHMITT

Daniel TOUTAIN

Madeleine VAUVELLE
Au titre de l’Aumônerie des Gens du Voyage :
Paul MEYER

Françoise NEUVILLE

Joël NEUVILLE

Jackie PLESSE
Un grand merci au Secrétariat de la Solidarité d’avoir accueilli nos rencontres

Réponses
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