• Accueil

Message de Pâques aux habitants de Saône-et-Loire

eveque 2018 01Autun, le 27 mars 2018

A Pâques, Dieu dépasse nos peurs

Ce premier dimanche d’avril est, pour les chrétiens, la grande fête de Pâques. C’est la fête de la vie qui triomphe de la mort. C’est la fête de l’amour qui s’offre librement et gratuitement à tous. Au matin de ce lumineux dimanche, les chrétiens affirment dans la joie que le Christ qui dormait dans son tombeau après sa crucifixion se réveille, se lève et sort inaugurer un monde nouveau !

En Jésus, la mort vaincue donne un sens à la vie. A Dieu, il est possible de dire à la fois ses désirs et ses souffrances. Nous croyons que Dieu peut faire toute chose nouvelle, qu’il peut transformer une existence. Avec Lui, aucune crainte ne peut avoir le dernier mot, même si les circonstances visibles montrent le contraire. Dieu dépasse nos peurs.

De belles figures de la foi sont pour nous de véritables modèles de vie consacrée à l’amour. Je pense plus particulièrement, après ce récent attentat dans le sud de la France, à celle du père Maximilien Kolbe. C’est un « modèle d’amour et de solidarité pour le monde d’aujourd’hui », rappelait le pape Saint Jean Paul II. Pourquoi ? Parce que Maximilien, par le don de sa vie, montre jusqu’où peut aller l’amour fraternel et l’esprit de solidarité.

Le geste de cet homme, décidé et accompli en quelques secondes, n’est cependant pas spontané. Il intervient après un chemin personnel qui le dépasse et l’invite à embrasser la cause de l’autre comme la sienne. Maximilien Kolbe reste un phare pour notre temps difficile, comme le Christ est notre roc d’espérance par tous les temps.

A chacun en Saône-et-Loire, je pose ces questions : quelle sera la porte qui vous fera entrevoir un avenir, une espérance, un peu d’affection partagée ? Notre urgence du quotidien n’est-elle pas celle de l’amour, du dialogue et de la vérité confiante ?

En ce jour de Pâques, toujours nouveau et sans cesse renouvelé, les catholiques prient pour que chaque femme et chaque homme soient transformés par l’espérance.

Bonne fête de Pâques, par la joie de Jésus le Christ ressuscité !

+ Benoît Rivière
Evêque d’Autun, Chalon et Mâcon


Voir la version PDF


Message de Mgr Rivière aux jeunes du diocèse d’Autun

 MESSAGE DE MGR RIVIERE AUX JEUNES 2018 image5


Le pape François vient d’envoyer une très belle lettre aux jeunes du monde entier(*). Je vous encourage à la lire. Elle aborde de front une réalité humaine, celle de nos peurs. Quelles peurs nous habitent ? Qu’est-ce qui nous préoccupe le plus ?

En ces jours de préparation à Pâques, j’aime penser à une jeune fille juive de 15 ans, devenant mère de Jésus et affrontant elle aussi une peur : serai-je à la hauteur de ce qui m’est demandé ? La souffrance ne va-t-elle pas tout anéantir dans la vie de l’enfant qui naîtra ? Cette jeune fille, Marie, a reçu pleinement cette parole venant de la part du Dieu bon et ami des hommes : « ne crains pas ! » Avec elle, je vous souhaite d’entendre vous aussi : tu es aimé au-delà de tous tes rêves par Dieu qui t’entraîne dans sa joie et dans sa relation vivante avec les autres.

La plus belle réussite de la vie, c’est évidemment celle de l’amour. Mais nous nous interrogeons : qui m’aidera à aimer durant toute ma vie ? Saurai-je faire toujours du bien à ceux qui ont confiance en moi ? Qui m’aidera à faire les bons choix ? Aurai-je une place et un travail dans la société, car je voudrais aussi servir le bonheur des autres ?

A l’approche de Pâques, je vous invite à participer aux prières qui auront lieu dans les églises ces jours prochains. L’Eglise attend de vous écouter et de vous donner toute votre place dans sa mission. Des jeunes du monde entier sont réunis autour du pape ces jours-ci. Vous-mêmes, n’ayez pas peur de prendre la parole pour dire vos désirs et aussi vos souffrances. Je vous souhaite de trouver des personnes de confiance pouvant vous écouter et vous accompagner dans votre recherche d’une existence entièrement bonne.


+ Benoît RIVIERE
Donné aux jeunes à Taizé le 25 mars 2018

Voir la version Pdf

----------------------
(*) MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS À L'OCCASION DES XXXIIIèmes JOURNÉES MONDIALES DE LA JEUNESSE
« Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu » (Lc 1, 30).

Les pas du Ressuscité !

Editorial d’Eglise d’Autun N° 6 - 23 mars 2018

P1360493
Des diacres avec leur épouse et des prêtres ont mieux découvert à Assise, il y a quelques semaines, l’appel à se convertir à l’exemple de saint François et de sainte Claire. Ces deux grands « amis au ciel » étaient entrés dans la bienheureuse pauvreté devant Dieu, devant les autres et devant eux-mêmes, déjà dans leur vie mortelle ; et la création elle-même, jusque dans ses plus petites manifestations vivantes, leur était devenue comme « partenaire » de louange et d’offrande.

Saint François et de sainte Claire ne recherchaient pas Dieu dans un spiritualisme isolant et égoïste, mais en vivant sincèrement avec tous comme avec des frères et des sœurs aimés, et en voulant s’entraîner eux-mêmes avec les autres dans la vie bienheureuse.
Cette vie de bonheur n’est-elle pas déjà donnée, paradoxalement, aux humbles et aux petits qui manquent de ce que possèdent les riches ?

Je repense à des frères prêtres âgés, et à plusieurs d’entre eux qui viennent de mourir récemment. Ils avaient été dépouillés peu à peu de presque tout, en tous cas de bien des choses matérielles, et de bien des appuis. Ils étaient entrés dans une pauvreté de plus en plus entière, qui fait dépendre de la charité des autres et qui fait apparaître lumineusement la qualité du cœur : tu es fait pour la relation, pour te laisser aimer, et cela, jusque dans l’approche du mystère de la mort. Quelle audace de l’appeler, comme Saint François, « notre sœur, la mort corporelle » ! Dire cela n’est en rien dédain, ni mépris du corps, mais attente relationnelle, prière et action de grâce qui découvrent l’appui de Jésus lui-même s’en remettant au Père dans l’Esprit-Saint.

La beauté et l’ordonnancement de la création, écrivait le père Dufour dans son dernier témoignage un jour de Toussaint, permettent de tenir le coup quand viennent les combats à traverser pour garder la foi. Ce sont toujours par d’humbles signes qu’est donné aux hommes et aux femmes de suivre les pas du ressuscité.


+ Benoît RIVIERE

Prions pour les catéchumènes

Editorial d’Eglise d’Autun N° 4 - 23 février 2018


07 APPELS DECISIFS 2018Je lisais et relisais ces jours-ci les lettres personnelles que les catéchumènes adultes écrivent à l’évêque, à l’approche de leur baptême. Ces frères et ces sœurs « chrétiens-catéchumènes » sont au seuil du jour, ou plutôt de la nuit lumineuse, tant attendue par eux et par toute l’Eglise, de la plongée dans le bain de la nouvelle naissance. Dans une de ces lettres, je lis ceci : « le baptême n’est pas une finalité mais le commencement d’une vie nouvelle. Aller à la messe n’est pas une contrainte mais un moment de paix… ».

Ces lettres rayonnent d’une joie authentique, celle d’appartenir à la famille des chrétiens, celle de sentir l’amitié du Christ, celle de vouloir 24 heures sur 24 vivre vraiment en alliance avec Dieu dans le Christ, et en service auprès des autres avec Lui. Elles manifestent la force du Christ sauveur, qui est venu ouvrir la porte de la foi dans l’existence personnelle de chacun, marquée par tant d’épreuves graves, familiales entre autres.

Pour nos frères et sœurs catéchumènes, ce carême vient de commencer par le rite liturgique de « l’appel décisif », qui a eu lieu cette année à La Clayette. C’est l’appel de Dieu à vivre en Lui et pour Lui dans l’ordinaire des jours ; c’est en quelque sorte le temps d’aboutissement des « fiançailles » avec le Christ ; c’est le temps de la purification du cœur, par la fréquentation des Ecritures, par la prière, par la participation à la liturgie de l’Eglise et par l’engagement envers les plus pauvres.

Qu’en sera-t-il pour les « anciens » dans la foi ? Quel est notre désir de nous convertir entièrement, sans nous réserver une part où Dieu n’aurait rien à nous dire ? Quel est notre désir de nous laisser transformer à travers les sacrements de l’Eglise et les visages de nos frères et de nos sœurs en humanité ? Quels obstacles à l’amour je dois lever, avec la grâce de Dieu, dans ma vie ?


+ Benoît RIVIERE

La prière, le jeûne et l'aumône

Editorial d’Eglise d’Autun N° 5 - 9 mars 2018

4
La croissance presque folle des masses d’informations qui circulent à chaque instant par internet dans le monde, pose en creux la question suivante : qu’en est-il des relations humaines ? Etre et grandir dans des relations ajustées demande une humble présence, du temps réel, et un jeûne d’informations.

Je me souviens de l’histoire suivante : une femme demande un jour à son mari de pouvoir parler un peu tranquillement avec lui. Aussitôt le mari lui dit : « Ah, je vois ! C’est le problème de la voiture, ou bien c’est la difficulté d’un de nos enfants ! Oui, ma chérie, nous allons en parler calmement ! » Et elle lui dit : « non ! Ce n’est pas de cela que je voudrais parler avec toi : » « Et de quoi donc alors », lui dit son mari ? « De toi et de moi, » lui répond-elle simplement.

Dans la prière, le jeûne et l’aumône, il est question de relations, il n’est même question que de cela : où en suis-je de ma relation vitale, dialoguante, confiante, actuelle, quotidienne, avec le Seigneur vivant ? Où en suis-je de la relation équilibrée, honnête, réconciliée, avec moi-même dans l’histoire qu’il m’est donné d’accueillir ? Où en suis-je dans ma relation engagée, concrète, durable, avec d’autres qui attendent une aide ?

Le prix de notre existence est directement mesuré au temps et à la qualité de la prière, de l’ascèse, et du service concret des autres. Et le climat chrétien de notre relation avec Dieu, avec nous-mêmes et les autres, c’est la joie, d’autant plus grande que devient consciemment plus grande la place intérieure du Père qui est là, nous dit Jésus, dans le secret. Je me souviens d’une enfant à la veille de sa première communion me disant : « je ne veux pas seulement préparer une place à Jésus dans mon cœur, mais toute la place ! »

A mesure qu’avance le temps du Carême, sachons reconnaître ce qui a valeur devant Dieu et ce qui n’en a pas, et rejetons simplement et joyeusement ce qui n’en a pas aux yeux de Dieu. Alors, sera large et grand l’espace pour aimer mieux en toute circonstance et chaque jour.

+ Benoît RIVIERE

Aujourd'hui est un commencement

Editorial d'Eglise d'Autun N° 1 - 12 janvier 2018


Je me souviens d’une grande affiche permanente dans le couloir d’entrée d’un lycée de Marseille. Elle montrait un petit garçon haut comme trois pommes qui disait, avec un bon sourire : « ne vous énervez pas ! Dieu n’en a pas encore fini avec moi ! »

crocusAu commencement de cette année, cette boutade sympathique vaut pour chacun de nous quel que soit notre âge, et pour le monde actuel aussi. Dieu nous veut en croissance, et en croissance belle sous son regard. Le regard de Dieu n’est pas éteint sur la bonté qui est dans le monde. C’est même lui, son regard, grâce auquel nous existons, grâce auquel nous voyons des frères en tout homme, et grâce auquel nos péchés sont pardonnés. Sans lui, tout devient étroit et tout devient mesquin.

Les vœux que nous échangeons réveillent le meilleur de nous-mêmes, et je voudrais ici évoquer trois « cadeaux » reçus qui m’ont fait du bien :
- Le premier, c’est une question posée par quelqu’un en fin d’année, pour relire l’année écoulée à partir des grâces de Dieu sensiblement visibles dans le monde et dans notre propre vie personnelle ;
- Le second, c’est la délicatesse de tant de messages échangés en ces jours, et de tant de messages encourageants ;
- Le troisième, c’est un texte de Saint Jean XXIII que j’ai trouvé à mon réveil le 1er janvier : « Seigneur, rien qu’aujourd’hui, j’essaierai de vivre exclusivement la journée sans tenter de résoudre le problème de ma vie ; rien qu’aujourd’hui, je ne critiquerai personne et ne prétendrai redresser et discipliner personne si ce n’est moi… Rien qu’aujourd’hui, je ne craindrai pas et tout spécialement, je n’aurai pas peur d’apprécier ce qui est beau et de croire à la bonté. »

Cette prière n’est pas éloignée de celle de Sainte Thérèse de Lisieux demandant la grâce d’aimer « rien que pour aujourd’hui » ; c’est ainsi que nous serons dans le réel, en faisant simplement les choses au quotidien, dans la joyeuse disposition de ces deux grands témoins si proches. Aujourd’hui est une frêle passerelle. Il ne s’agit pas de tomber en nous réfugiant dans un ailleurs imaginaire, le plus souvent d’ailleurs à côté du réel. Il s’agit seulement de nous occuper de la bonté… il y a déjà pas mal à faire !


+ Benoît RIVIERE

Je suis la vraie vigne et mon père est le vigneron

Editorial d’Eglise d’Autun N° 3 - 9 février 2018

Regardez une vigne !
Regardez ce qu’il faut de patience, et que l’homme doit recevoir !vigne2
Regardez le soin du travail du vigneron !
Il faut des plants choisis, variés et sains ;
Il faut du terroir particulier ;
Il faut le soleil et la pluie, et l’humidité profonde jusqu’à la roche et jusqu’à l’eau ;
Il faut cela que Dieu donne aux hommes et aux femmes,
et qui s’appelle la terre, et la vie…

Un vigneron passe de longues heures seul dans sa vigne,
Qu’il en soit d’ailleurs ou non le propriétaire.
Il aime la vigne, et il la soigne.
Une vigne sans soin est une vigne folle.
Une vigne soignée fait voir cette alliance particulière
de la terre et du travail de l’homme.

Regardez une vigne !
Regardez comme les racines des plants vont chercher loin dans le sol,
Jusqu’à 10 mètres m’a-t-on dit !
Nous voyons cela, en certains lieux de Bourgogne,
Et nous entendons là quelque chose qui nous parle
de notre propre vie humaine et de notre amour du travail.
Nous devinons déjà la promesse de fête et de joie !

Oui, la vigne nous parle d’alliance,
Avec Dieu qui donne la vie et la croissance,
Avec les autres sans lesquels tout deviendrait pesant et lourd.

La prière nous assemble,
Sarments d’une vraie vigne, dont Jésus parle en disant :
« Moi je suis la vigne et mon Père le vigneron. »
Dans chaque eucharistie, nous prenons du pain et une coupe de vin, deux réalités ancestrales de l’existence des hommes sur la terre.
Nous bénissons Dieu qui nous a donné la terre en partage.
Jésus a fait ce geste, au début du repas du 7è jour,
pour annoncer et faire voir jusqu’où allait le don de Dieu.
Saint Vincent a fait de même en livrant sa vie pour garder vive la foi ?
Tel le vigneron paisible, nous ouvrons nos yeux sur la beauté de la création,
Et sur la beauté du travail humain,
Quand il est orienté vers le véritable bien.

+ Benoît RIVIERE

Dîner dans le Morvan, un soir d'hiver

Editorial d’Eglise d’Autun N° 21- 22 décembre 2017


C’était il y a juste quelques jours, et il faisait froid. On ne voyait pas grand monde le long de la route et au bord des maisons… à vrai dire, on ne voyait personne ! Et puis, à 19h, la nuit était déjà bien installée, un brouillard humide et glaçant vous piquetait le visage, deux sapins éclairés sur le bord de l’église de Lucenay-l’Evêque vous ouvraient le chemin menant à la salle paroissiale.COUVERTS

Celle-ci était franchement transformée grâce à une décoration joyeuse et à une grande table soigneusement dressée. Les invités se trouvaient réunis. Ils étaient environ soixante. Ils venaient des villages alentours et chacun avait été invité personnellement par le père Michel en reconnaissance des services rendus à l’Eglise en ce lieu. A l’approche de Noël, la paroisse de Notre Dame du Morvan voulait simplement réchauffer les cœurs de ceux et celles qui sont autant de « petites mains » pour la marche de la paroisse.

Après le vin chaud fort apprécié, nous étions conviés à tirer au sort notre place à table ; cela donnait toute sa chance à la providence. Nous étions donc placés entre deux autres personnes que nous n’avions pas choisies. Régal et surprise de la rencontre fraternelle ! Entrer en dialogue devenait simple, surtout après le chant des vêpres soigneusement et entièrement célébrées autour de la table. Quel bonheur de prier et chanter ainsi ! Les mets avaient été apportés par les uns et les autres, et notre frère prêtre Michel avait lui aussi fortement contribué à la qualité des plats en amenant du riz cantonais et un excellent ragoût de gibier offert par un paroissien voisin, tout cela préparé par ses soins. Le charisme de notre père Michel en la matière servait la joie du corps entier. Nous avons fini la soirée en chantant à nouveau, et en nous saluant joyeusement. C’était simple ! C’était authentiquement et sincèrement une belle soirée de frères et sœurs d’une paroisse ordinaire. J’ai goûté la ferveur et la joie de me trouver avec des frères unis autour d’une table. Je repense aux nombreux repas d’évangile, où Jésus a goûté ces joies-là ! Je repense à l’action de grâce que disent les frères de Taizé à l’issue de chaque repas : « En tout la paix du cœur ! La joie, la simplicité, la miséricorde ! »

+ Benoît RIVIERE

« Gloire à Dieu, Paix sur terre ! »

Editorial d’Eglise d’Autun N° 20 - 8 décembre 2017MGR RIVIERE 26 11 2017 ter


Dans la nuit lumineuse de la naissance de Jésus, ce chant des anges a touché le cœur d’humbles marginaux de la société du temps d’Hérode. Ces bergers n’en croyaient pas leurs oreilles ! On leur murmurait une musique d’en-haut, qui les éveillait eux-mêmes à goûter et à partager une joie qu’ils ne connaissaient plus : « une grande joie… qui sera pour tout le peuple ! Un enfant nous est né ! Un fils nous a été donné ! »

Dans la nuit de nos espoirs déçus, dans la nuit aussi de nos modestes et quotidiennes fidélités, dans la nuit qui attend l’aurore, et dans la nuit qui doute de la venue du jour, une lumière s’est levée : une lumière qu’un chant accompagne. Les promesses faites aux anciens étaient donc vraies ! L’attente des pauvres n’était pas vaine ! Le désir d’un sauveur qui ne soit pas un faux messie pouvait trouver un accomplissement ! Et la foi de Marie, l’humble fille d’Israël, rencontrait vraiment la liberté de Dieu !

Un évêque d’Alexandrie au IVème siècle, Saint Cyrille d’Alexandrie, disait : « il n'y a pas un Fils qui était le Logos né de Dieu le Père, et un autre Fils né de la Vierge sainte ; mais nous croyons que celui qui est avant tous les temps est aussi celui qui est, selon la chair, né d'une femme »

Cette femme se tiendra au milieu des disciples de Jésus, au jour de la Pentecôte, pour prier et pour recevoir le don promis. L’Esprit-Saint, dans la foi de Marie, se répandra dans toutes les réalités humaines. Aujourd’hui comme hier, quand elle est réunie, l’Eglise jubile dans l’Esprit-Saint. L’écoute du chant de l’assemblé croyante, c’est quelque chose qui surprend toujours ! Oui, comme est belle l’Eglise en prière et en pèlerinage au milieu des hommes, quand elle entre dans le chant qui vient d’en-haut : « Gloire à Dieu ! Paix sur terre ! »

Marie écoute. Les bergers racontent. L’ouverture aux humbles et aux petits qui disent ce qu’ils voient et ce qu’ils entendent eux-mêmes, est quelque chose de si important. A Taizé, lors de la clôture du synode diocésain, frère Aloïs a rappelé ces choses là, la joie, et l’écoute active des humbles.

Sur le devant de l’ambon de la cathédrale Saint Lazare à Autun, il y a un ange musicien, sculpté par Goudji. C’est le signe lumineux que dans le chant de l’Esprit-Saint, nous entendons l’évangile de la Nativité du Sauveur, aujourd’hui comme hier, et comme il en sera encore demain, jusqu’au jour de la rencontre éternelle des frères humains dans le mystère d’unité divine.

Bonne et heureuse célébration de la Nativité de notre Sauveur, Jésus Christ !

+ Benoît RIVIERE


Pourquoi participer aux débats sur la bioéthique ?

Editorial d’Eglise d’Autun N° 2 - 26 janvier 2018DIALOGUE

POURQUOI PARTICIPER AUX DEBATS SUR LES CONTENUS ET L’ENJEU
DES LOIS RELATIVES A LA BIOETHIQUE ?

Au cours des prochains mois, dans une centaine de lieux publics, se tiendront des échanges pour apporter au Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) la matière, les arguments et les problématiques qui serviront à la rédaction de projets de loi, dans le cadre de la révision des fameuses lois de bioéthique.

Il me paraît important que des personnes capables d’aider au dialogue et de faire réfléchir sérieusement, puissent aider dans notre diocèse à des échanges sur ces sujets, et des échanges qui se tiendront dans un esprit de clarté, d’humilité et de bonté. Un passage du Concile Vatican II l’exprime ainsi : « Il appartient à l’Eglise d’engager le dialogue avec la société humaine au sein de laquelle elle vit… Il faut que ce dialogue se distingue par la clarté du langage en même temps que par l’humilité et la bonté, par une prudence convenable alliée pourtant à la confiance : celle-ci, favorisant l’amitié, unit naturellement les esprits. »

Certains objecteront que cela paraît utopique de vouloir entrer dans des espaces ouverts de dialogue sur les questions qui touchent à la vie elle-même, et donc à l’avenir de la société. Ils redoutent que les choses ne soient déjà arrêtées par avance.

Il est vrai que nous ne savons pas toujours bien faire entendre ce qui fonde nos prises de paroles publiques. Il est vrai que la tendance à multiplier des piles de lois pour satisfaire aux désirs singuliers, n’aide pas à une juste perception de la loi civile. Il est vrai que nous respectons le domaine propre du politique, et que nous ne voulons pas nous substituer à ceux qui ont reçu mandat du peuple pour légiférer.

Pour contribuer au dialogue dans notre société, en cette période de nouveaux débats au sujet des avancées techniques en matière de contrôle et de pouvoir sur le vivant lui-même et au sujet des enjeux humains de certaines décisions législatives, j’ai récemment appelé quatre baptisés qualifiés de Saône-et-Loire à se rendre à une journée de travail à Paris. Les intervenants de ce « séminaire » ont été réunis par Mgr Pierre d’Ornellas et un groupe d’évêques avec lui.
De retour de cette journée, nos quatre « missionnés » pourront, avec d’autres, aider les communautés chrétiennes que le souhaiteront à débattre. La foi et la raison, l’ancrage dans le réel des situations de souffrance, sont tellement nécessaires à qui veut voir un bonheur advenir pour toute l’humanité.


+ Benoît RIVIERE

Message de Noël aux habitants de la Saône-et-Loire

MGR RIVIERE 26 11 2017 terAutun, le 18 décembre 2017


Espérance, bienveillance, audace !



Quelles sont les aspirations les plus profondes de ceux et celles avec qui nous vivons et nous travaillons en Saône-et-Loire ? Les enfants l’expriment avec la sincérité spontanée qu’on leur connaît : c’est de bien s’entendre avec les autres. Enfants et adultes, nous désirons cette relation bonne avec tous, et nous désirons apporter notre petite pierre à l’édifice de la maison commune dans laquelle nous habitons tous sur cette terre.

Et comment avancer vers cette terre solidaire, quand nous éprouvons tant d’inquiétudes touchant l’avenir des sociétés humaines : inquiétudes « écologiques », « politiques » à certains endroits du monde, « affectives » pour nos proches et pour nous-mêmes, « économiques » liées aux imprévisibles des « marchés financiers » ?

Les jours de Noël sont, pour certains d’entre nous, des jours de retrouvailles familiales et des jours réconfortants ; pour d’autres, ce sont des jours de plus grande solitude et des jours (je pense à ceux qui habitent des lieux troublés par les guerres et les graves dysfonctionnements de l’économie) où l’on peut éprouver du même coup ce que dit un passage de la Bible : qui nous fera voir des jours heureux ? Qui nous fera voir le bonheur ?

En ce moment où nous peinons à voir venir de nouvelles alliances durables entre des peuples opposés, que faut-il souhaiter ?
Je veux adresser trois vœux aux habitants de la Saône-et-Loire :

1. Croyez à l’avenir de chaque personne humaine aujourd’hui et demain ! Le signe auquel les chrétiens reconnaissent l’avenir que Dieu ouvre au monde, c’est le signe de la simplicité fragile d’un enfant, amoureusement accueilli par son père et sa mère. La crèche n’est pas pour nous un simple objet d’attendrissement enfantin, elle est la signature d’un Dieu vivant qui arrache à la tristesse et à la mort.

2. Laissez-vous à nouveau réjouir par la bienveillance et par la générosité des plus humbles. Rien ne détourne en effet aussi efficacement du mal et des étroitesses d’esprit, que le visage et la confiance d’un enfant.

3. Osez entreprendre à plusieurs, en dépassant les égoïsmes et les peurs. L’être humain a une formidable capacité pour se renouveler et renouveler les conditions d’habitat et de travail, en s’adaptant à des situations inédites. Il est beau et réjouissant de voir ce que produit la collaboration humaine en vue du bien commun.

Je vous souhaite l’espérance, la bienveillance et l’audace !

+ Benoît RIVIERE
Evêque d’Autun, Chalon et Mâcon

 




Quelle résurrection espérons-nous ?

fleur dans croixEditorial d’Eglise d’Autun N° 19 - 17 novembre 2017

 

La joie de Toussaint n’est pas celle d’une béatitude privée et hors-monde, mais celle du Christ Jésus en communion profonde avec l’humanité entière. Et la foi en la résurrection du Christ entraîne dans un même mouvement la foi en la résurrection de nos défunts pour la vie éternelle, et la foi en notre propre résurrection. Nous avons reçu une espérance qui va chercher bien plus profond que celle d’une simple survie de notre âme et de l’âme de nos défunts. Nous avons la joyeuse espérance d’être ressuscités entièrement dans notre personne humaine transformée par l’Esprit Saint, comme Jésus lui-même est ressuscité des morts par la puissance de l’Esprit-Saint. « Je crois à la résurrection de la chair ».

Rappelons-nous que la « chair » n’est pas une enveloppe corporelle de notre âme ; elle désigne la personne humaine mortelle, en devenir dans son histoire avec Dieu, avec les autres et avec elle-même. La « chair », c’est l’être humain dans sa fragilité et dans son devenir. Et quand nous disons « je crois en l’Esprit- Saint, à la résurrection de la chair… », nous disons que notre mort corporelle n’est pas une sorte de libération d’un principe spirituel en nous, mais cette remise de tout notre être dans l’Esprit- Saint pour ressusciter avec le Christ, créature nouvelle. L’heure de cette transformation ne nous appartient pas, ni le comment de cette transformation qui nous fera voir Dieu avec nos yeux de chair, comme disait déjà l’Esprit- Saint dans la première alliance.

Pour mieux recevoir et vivre la foi de l’Eglise, il est bon de relier notre foi en la résurrection des morts avec le pardon des péchés et la vie en Dieu. En effet, nous faisons déjà l’expérience de la libération vitale qu’entraîne le pardon des péchés. Le sang sauveur de Jésus nous purifie de tout péché et de tout mal, nous infuse l’Esprit nouveau du Royaume de Dieu, nous fortifie dans le combat contre le mal et le péché. Et l’expérience de la vie selon l’Esprit, c’est-à-dire la vie évangélique, est bel et bien une réalité commencée dans notre marche sur la terre vers le Royaume de Dieu. Etre ou non dans la mouvance de l’Esprit-Saint qui éclaire, donne la force, produit des fruits de paix, de serviabilité et de joie, cela se voit déjà, grâce à Dieu ! Nous aimons prier pour les défunts, autant que nous aimons cette transformation en nous et entre nous que produit l’Esprit-Saint : la transformation baptismale.

+ Benoît RIVIERE


Homélie pour les obsèques du Cardinal Panafieu

Vendredi 17 novembre 2017

Jean 21, 15-17


Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. »

La vie du Cardinal PANAFIEU s’éclaire dans ce dialogue avec Jésus au bord du lac. C’est l’évangile de la mission que Simon-Pierre reçoit de Jésus ressuscité. L’unique berger divin, Jésus, confie sa mission à un homme qui connaissait bien lui-même ses propres limites : « Sois le berger des mes brebis ! » Et il lui confie cette mission à l’intérieur d’une relation d’amour personnel : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? » A nous aussi, cet après-midi, Jésus demande si nous l’aimons vraiment. Et à l’intérieur de cette relation avec Jésus, nous recevons notre place et notre mission dans le monde : « sois un guide et un frère plein de tendresse et de miséricorde auprès de tous. »

Le Cardinal PANAFIEU n’a pas seulement entendu cette parole le jour de son ordination sacerdotale (22 avril 1956), ni même seulement le jour de son ordination épiscopale (9 juin 1974) ou quand le pape Jean-Paul II lui a passé au doigt l’anneau du pêcheur, au jour du cardinalat (21 octobre 2003). Il a cherché à voir et entendre Jésus jusqu’à la fin ; et il a cherché à se situer vis-à-vis des autres, auprès de ceux vers qui sa mission le portait, en les servant en vue des choses du Royaume de Dieu. Il a cherché simplement à vivre à la manière de Jean-Baptiste, c'est-à-dire en voulant montrer qu’il n’était pas le sauveur lui-même ; il a cherché à montrer l’unique sauveur : « je ne suis pas le Christ ! Mais regardons-le, lui, l’Agneau de Dieu, qui livre l’Esprit-Saint aux petits et aux humbles. Regardons-le et suivons-le. »

Porté par le regard de Jésus, le Cardinal PANAFIEU a voulu remplir avec persévérance, délicatesse, et intelligence, la mission de montrer à tous, proches ou lointains, que la vie dans le monde trouve son orientation dans le rayonnement de l’amour de Dieu. Nous connaissons en particulier le travail patient que le Cardinal PANAFIEU a mené en faveur du dialogue interreligieux, et le soutien aux responsables de la cité terrestre dans leur volonté de paix sociale.

Pour faire voir le Christ, pour ne pas éloigner les autres de l’amour dans lequel le Christ nous entraîne, encore faut-il être vrai, être vrai dans l’identité nouvelle que le baptême a inscrite dans notre chair. Répondant à la question d’un jeune pendant les JMJ de 1997 à Paris, question qui concernait le doute et la foi, Mgr PANAFIEU avait répondu ceci : « j’ai connu beaucoup d’interrogations dans ma vie. A travers un certain nombre d’événements qui m’ont frappé personnellement, ou qui ont frappés des amis autour de moi, je me suis senti bousculé et questionné… Mon plus beau titre de gloire, savez-vous ce que c’est ? C’est d’être baptisé et confirmé. C’est cela qui compte. Quand je serai reçu par le Seigneur, ce n’est pas d’abord l’archevêque de Marseille qui sera reçu, c’est le baptisé que je suis. C’est la grâce de Dieu reçu dans mon baptême et ma confirmation qui me fait tenir bon dans la foi. Je suis fragile, comme vous. Mais comme vous, je suis habité par la force de l’Esprit et par l’amour du Christ qui me permettent de tenir ferme dans la foi. »

Et à un autre jeune qui l’interrogeait sur le scandale de la souffrance et le mystère de la Croix, il avait dit : « c’est une conviction très forte qui doit nous habiter : nous sommes des êtres qui devons vivre le mystère de la Pâque. Nous passons par la Croix, mais c’est pour vivre dans la lumière… Il faut accepter de traverser des tunnels pour aller au bout du chemin. »

Aller au bout du chemin ! Voilà, peut-être, le fil d’or de la vie du Cardinal Bernard PANAFIEU. Aller au bout du chemin sans quitter des yeux le Christ. Le Christ prend sur lui absolument toutes les souffrances, il vibre à toutes nos joies et il ne nous rejette pas… il va nous chercher jusque dans le fond de nos tunnels.

Comment le Cardinal PANAFIEU s’est-il situé devant la lente et inexorable avancée de la maladie dans son corps, maladie qui durera près de 20 ans ? Quand il a su qu’il avait été touché par la maladie, il a pris, dans la plus grande discrétion qui soit, la décision de rester à son poste, dans son travail d’archevêque de Marseille, et donc de ne pas démissionner. Il a, je pense, renouveler à plusieurs autres moments ensuite, cette décision de rester à sa place de veilleur et de père pour le peuple de Marseille qui lui avait été confié.

Dans cette longue épreuve, il a montré le moins possible aux autres les désagréments de plus en plus cruels que le mal lui imposait. D’où lui venait cette persévérance ? Il recevait chaque jour, dans la célébration de l’Eucharistie, dans les temps réguliers de prière à l’oratoire, et de travail à son bureau, le pain qui donne la Paix, Jésus dans son abaissement et son élévation : Jésus, dans l’immense tendresse de Dieu nous le donnant, pour être notre vie véritable, plus forte que les abandons et la mort elle-même.

Il faut dire que le ministère d’évêque qu’il a rempli était, à ses yeux, un service total rendu au peuple de Dieu dans le monde actuel, un service qui engage le plus profond de soi uni à la volonté inouïe qu’a Dieu de retirer du monde le mal et la mort. Voilà quelle fut la belle et unique passion du Cardinal PANAFIEU. Et il a aimé, oui, il a beaucoup aimé le peuple qui lui était confié !

Il s’agissait pour lui d’être ôté à lui-même pour être totalement à Dieu et donné par Dieu au peuple. Pour l’ancien évêque auxiliaire d’Annecy, à l’exemple de Saint François de Sales, il s’agissait de ne plus s’appartenir, de se considérer en tout comme le serviteur donné par Dieu pour conforter les autres à travers les sacrements et la parole. Et être donné au peuple signifiait pour lui : écouter, et donner humblement les grâces dont Dieu seul est la source. Il s’agissait de ne pas être un obstacle entre Dieu et le peuple, mais d’être uniquement indication pour les autres, comme un doigt tendu vers le Christ.

Cher Père PANAFIEU, vous nous avez incités sans cesse, par votre exemple, à obéir à l’Esprit-Saint qui fait la beauté de l’Eglise. Cette beauté n’apparaît certes pas tout de suite, mais elle est certaine, comme est certaine la lueur du matin de Pâque éclairant toute réalité. Vous nous avez conduits au respect profond des consciences. Vous nous avez montrés la délicatesse et la discrétion qui n’imposent rien mais qui veulent encourager. Vous avez, au fil des jours, réveillé le meilleur en nous. Vous avez voulu par-dessus tout être un disciple de Jésus et un missionnaire de son amour auprès de chacun de ceux qui croisaient votre route.

Frères et soeurs, en nous éveillant au jour de notre véritable naissance, Dieu continue de tisser entre nous des relations qui font vivre, et qui aident à reprendre avec courage le chemin. Dans la joie de l’Eglise, nous apprenons à discerner la voix qui se fait entendre au milieu de la nuit, et que la liturgie de dimanche dernier nous donnait à méditer : « voici l’époux qui vient, sortez à sa rencontre ! »

Jésus est le véritable ami de l’humanité. Il est la raison d’être et de vivre du Cardinal Bernard PANAFIEU avec qui et pour qui nous prions. En lui Jésus, tous peuvent recevoir la joie d’être rassasiés dans leur soif de justice, de réconfort et d’amour. « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? » En répondant à la demande du Christ de nous entraîner à l’aimer lui-même, chacun de nous peut redire en cette heure son oui personnel. Il peut renouveler son engagement dans la responsabilité chrétienne. Appuyés sur l’exemple de ceux qui nous ont précédés, nous pouvons répondre nous aussi au Christ : « oui, Seigneur Jésus, toi, tu le sais, je t’aime. »

Amen

+ Benoît RIVIERE