• Accueil

Quelle résurrection espérons-nous ?

fleur dans croixEditorial d’Eglise d’Autun N° 19 - 17 novembre 2017

 

La joie de Toussaint n’est pas celle d’une béatitude privée et hors-monde, mais celle du Christ Jésus en communion profonde avec l’humanité entière. Et la foi en la résurrection du Christ entraîne dans un même mouvement la foi en la résurrection de nos défunts pour la vie éternelle, et la foi en notre propre résurrection. Nous avons reçu une espérance qui va chercher bien plus profond que celle d’une simple survie de notre âme et de l’âme de nos défunts. Nous avons la joyeuse espérance d’être ressuscités entièrement dans notre personne humaine transformée par l’Esprit Saint, comme Jésus lui-même est ressuscité des morts par la puissance de l’Esprit-Saint. « Je crois à la résurrection de la chair ».

Rappelons-nous que la « chair » n’est pas une enveloppe corporelle de notre âme ; elle désigne la personne humaine mortelle, en devenir dans son histoire avec Dieu, avec les autres et avec elle-même. La « chair », c’est l’être humain dans sa fragilité et dans son devenir. Et quand nous disons « je crois en l’Esprit- Saint, à la résurrection de la chair… », nous disons que notre mort corporelle n’est pas une sorte de libération d’un principe spirituel en nous, mais cette remise de tout notre être dans l’Esprit- Saint pour ressusciter avec le Christ, créature nouvelle. L’heure de cette transformation ne nous appartient pas, ni le comment de cette transformation qui nous fera voir Dieu avec nos yeux de chair, comme disait déjà l’Esprit- Saint dans la première alliance.

Pour mieux recevoir et vivre la foi de l’Eglise, il est bon de relier notre foi en la résurrection des morts avec le pardon des péchés et la vie en Dieu. En effet, nous faisons déjà l’expérience de la libération vitale qu’entraîne le pardon des péchés. Le sang sauveur de Jésus nous purifie de tout péché et de tout mal, nous infuse l’Esprit nouveau du Royaume de Dieu, nous fortifie dans le combat contre le mal et le péché. Et l’expérience de la vie selon l’Esprit, c’est-à-dire la vie évangélique, est bel et bien une réalité commencée dans notre marche sur la terre vers le Royaume de Dieu. Etre ou non dans la mouvance de l’Esprit-Saint qui éclaire, donne la force, produit des fruits de paix, de serviabilité et de joie, cela se voit déjà, grâce à Dieu ! Nous aimons prier pour les défunts, autant que nous aimons cette transformation en nous et entre nous que produit l’Esprit-Saint : la transformation baptismale.

+ Benoît RIVIERE


Homélie pour les obsèques du Cardinal Panafieu

Vendredi 17 novembre 2017

Jean 21, 15-17


Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. »

La vie du Cardinal PANAFIEU s’éclaire dans ce dialogue avec Jésus au bord du lac. C’est l’évangile de la mission que Simon-Pierre reçoit de Jésus ressuscité. L’unique berger divin, Jésus, confie sa mission à un homme qui connaissait bien lui-même ses propres limites : « Sois le berger des mes brebis ! » Et il lui confie cette mission à l’intérieur d’une relation d’amour personnel : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? » A nous aussi, cet après-midi, Jésus demande si nous l’aimons vraiment. Et à l’intérieur de cette relation avec Jésus, nous recevons notre place et notre mission dans le monde : « sois un guide et un frère plein de tendresse et de miséricorde auprès de tous. »

Le Cardinal PANAFIEU n’a pas seulement entendu cette parole le jour de son ordination sacerdotale (22 avril 1956), ni même seulement le jour de son ordination épiscopale (9 juin 1974) ou quand le pape Jean-Paul II lui a passé au doigt l’anneau du pêcheur, au jour du cardinalat (21 octobre 2003). Il a cherché à voir et entendre Jésus jusqu’à la fin ; et il a cherché à se situer vis-à-vis des autres, auprès de ceux vers qui sa mission le portait, en les servant en vue des choses du Royaume de Dieu. Il a cherché simplement à vivre à la manière de Jean-Baptiste, c'est-à-dire en voulant montrer qu’il n’était pas le sauveur lui-même ; il a cherché à montrer l’unique sauveur : « je ne suis pas le Christ ! Mais regardons-le, lui, l’Agneau de Dieu, qui livre l’Esprit-Saint aux petits et aux humbles. Regardons-le et suivons-le. »

Porté par le regard de Jésus, le Cardinal PANAFIEU a voulu remplir avec persévérance, délicatesse, et intelligence, la mission de montrer à tous, proches ou lointains, que la vie dans le monde trouve son orientation dans le rayonnement de l’amour de Dieu. Nous connaissons en particulier le travail patient que le Cardinal PANAFIEU a mené en faveur du dialogue interreligieux, et le soutien aux responsables de la cité terrestre dans leur volonté de paix sociale.

Pour faire voir le Christ, pour ne pas éloigner les autres de l’amour dans lequel le Christ nous entraîne, encore faut-il être vrai, être vrai dans l’identité nouvelle que le baptême a inscrite dans notre chair. Répondant à la question d’un jeune pendant les JMJ de 1997 à Paris, question qui concernait le doute et la foi, Mgr PANAFIEU avait répondu ceci : « j’ai connu beaucoup d’interrogations dans ma vie. A travers un certain nombre d’événements qui m’ont frappé personnellement, ou qui ont frappés des amis autour de moi, je me suis senti bousculé et questionné… Mon plus beau titre de gloire, savez-vous ce que c’est ? C’est d’être baptisé et confirmé. C’est cela qui compte. Quand je serai reçu par le Seigneur, ce n’est pas d’abord l’archevêque de Marseille qui sera reçu, c’est le baptisé que je suis. C’est la grâce de Dieu reçu dans mon baptême et ma confirmation qui me fait tenir bon dans la foi. Je suis fragile, comme vous. Mais comme vous, je suis habité par la force de l’Esprit et par l’amour du Christ qui me permettent de tenir ferme dans la foi. »

Et à un autre jeune qui l’interrogeait sur le scandale de la souffrance et le mystère de la Croix, il avait dit : « c’est une conviction très forte qui doit nous habiter : nous sommes des êtres qui devons vivre le mystère de la Pâque. Nous passons par la Croix, mais c’est pour vivre dans la lumière… Il faut accepter de traverser des tunnels pour aller au bout du chemin. »

Aller au bout du chemin ! Voilà, peut-être, le fil d’or de la vie du Cardinal Bernard PANAFIEU. Aller au bout du chemin sans quitter des yeux le Christ. Le Christ prend sur lui absolument toutes les souffrances, il vibre à toutes nos joies et il ne nous rejette pas… il va nous chercher jusque dans le fond de nos tunnels.

Comment le Cardinal PANAFIEU s’est-il situé devant la lente et inexorable avancée de la maladie dans son corps, maladie qui durera près de 20 ans ? Quand il a su qu’il avait été touché par la maladie, il a pris, dans la plus grande discrétion qui soit, la décision de rester à son poste, dans son travail d’archevêque de Marseille, et donc de ne pas démissionner. Il a, je pense, renouveler à plusieurs autres moments ensuite, cette décision de rester à sa place de veilleur et de père pour le peuple de Marseille qui lui avait été confié.

Dans cette longue épreuve, il a montré le moins possible aux autres les désagréments de plus en plus cruels que le mal lui imposait. D’où lui venait cette persévérance ? Il recevait chaque jour, dans la célébration de l’Eucharistie, dans les temps réguliers de prière à l’oratoire, et de travail à son bureau, le pain qui donne la Paix, Jésus dans son abaissement et son élévation : Jésus, dans l’immense tendresse de Dieu nous le donnant, pour être notre vie véritable, plus forte que les abandons et la mort elle-même.

Il faut dire que le ministère d’évêque qu’il a rempli était, à ses yeux, un service total rendu au peuple de Dieu dans le monde actuel, un service qui engage le plus profond de soi uni à la volonté inouïe qu’a Dieu de retirer du monde le mal et la mort. Voilà quelle fut la belle et unique passion du Cardinal PANAFIEU. Et il a aimé, oui, il a beaucoup aimé le peuple qui lui était confié !

Il s’agissait pour lui d’être ôté à lui-même pour être totalement à Dieu et donné par Dieu au peuple. Pour l’ancien évêque auxiliaire d’Annecy, à l’exemple de Saint François de Sales, il s’agissait de ne plus s’appartenir, de se considérer en tout comme le serviteur donné par Dieu pour conforter les autres à travers les sacrements et la parole. Et être donné au peuple signifiait pour lui : écouter, et donner humblement les grâces dont Dieu seul est la source. Il s’agissait de ne pas être un obstacle entre Dieu et le peuple, mais d’être uniquement indication pour les autres, comme un doigt tendu vers le Christ.

Cher Père PANAFIEU, vous nous avez incités sans cesse, par votre exemple, à obéir à l’Esprit-Saint qui fait la beauté de l’Eglise. Cette beauté n’apparaît certes pas tout de suite, mais elle est certaine, comme est certaine la lueur du matin de Pâque éclairant toute réalité. Vous nous avez conduits au respect profond des consciences. Vous nous avez montrés la délicatesse et la discrétion qui n’imposent rien mais qui veulent encourager. Vous avez, au fil des jours, réveillé le meilleur en nous. Vous avez voulu par-dessus tout être un disciple de Jésus et un missionnaire de son amour auprès de chacun de ceux qui croisaient votre route.

Frères et soeurs, en nous éveillant au jour de notre véritable naissance, Dieu continue de tisser entre nous des relations qui font vivre, et qui aident à reprendre avec courage le chemin. Dans la joie de l’Eglise, nous apprenons à discerner la voix qui se fait entendre au milieu de la nuit, et que la liturgie de dimanche dernier nous donnait à méditer : « voici l’époux qui vient, sortez à sa rencontre ! »

Jésus est le véritable ami de l’humanité. Il est la raison d’être et de vivre du Cardinal Bernard PANAFIEU avec qui et pour qui nous prions. En lui Jésus, tous peuvent recevoir la joie d’être rassasiés dans leur soif de justice, de réconfort et d’amour. « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? » En répondant à la demande du Christ de nous entraîner à l’aimer lui-même, chacun de nous peut redire en cette heure son oui personnel. Il peut renouveler son engagement dans la responsabilité chrétienne. Appuyés sur l’exemple de ceux qui nous ont précédés, nous pouvons répondre nous aussi au Christ : « oui, Seigneur Jésus, toi, tu le sais, je t’aime. »

Amen

+ Benoît RIVIERE




Le Cardinal Panafieu est décédé

Autun, le 13 11 2017

Communiqué

Monseigneur Benoît Rivière, Evêque d’Autun, demande que chacun puisse s’unir à la prière du diocèse de Marseille pour Monseigneur Bernard Panafieu, ancien Cardinal Archevêque de Marseille, décédé ce 12 novembre.
Monseigneur Rivière, ordonné Evêque auxiliaire de Marseille le 18 février 2001 par Monseigneur Panafieu, sera présent à sa messe de sépulture qui aura lieu à la cathédrale de La Major de Marseille le vendredi 17 novembre à 15 h.

https://marseille.catholique.fr/Mgr-Pontier-fait-part-du-deces-du-cardinal-Bernard-Panafieu

Anne Jacquemot
Porte parole de Monseigneur Benoît Rivière

Au sujet de la "crémation"

Editorial d’Eglise d’Autun N°18 - 3 novembre 2017

CIMETIERE

Au sujet de la pratique de la crémation, qui s’étend actuellement dans nos sociétés occidentales, plusieurs questions se posent. L’Eglise encourage-t-elle ou non ce geste pour les fidèles ? De quelle manière accompagne-t-elle les familles en deuil qui se rendent dans un crematorium ?

Il est bien connu que la forme d’ensevelissement des défunts par mise en terre dans un tombeau, correspond davantage à la symbolique évangélique du grain de blé tombé en terre ; et la liturgie des funérailles chrétiennes n’encourage donc pas le geste de la crémation.

Il serait éclairant de connaître les motivations qui prévalent au choix de ceux qui demandent à être incinérés après leur mort. Elles sont diverses, depuis le désir de « disparaître » complètement et en un bref instant, jusqu’à celui de ne pas imposer à la famille un « passage » à l’église et au cimetière. Je signale seulement que le geste de la crémation n’est pas en lui-même, en tous cas en France, un geste « liturgique » ou « religieux », mais un acte d’ordre pratique, ce qui n’empêche pas, au contraire, que l’Eglise puisse se tenir auprès de ceux qui accompagnent leur défunt au funérarium.

Sans faire l’analyse développée des motivations des personnes en la matière, je voulais simplement proposer une recommandation, à l’adresse de ceux qui ont fait par avance le choix d’être incinéré. Parlez-en avec votre entourage familial. Ne les laissez pas découvrir votre volonté après votre mort. Ne laissez pas votre famille se voir imposer après votre décès votre choix particulier. Il est important que ces choses-là puissent venir à la parole avant. Ne pensez pas obligatoirement que vous « simplifierez » la vie des vôtres en abandonnant votre corps aux professionnels du crématorium, alors qu’il s’agit d’abord de permettre aux vôtres de remplir leur devoir de conduire eux-mêmes votre corps en sa dernière demeure.

Cette recommandation participe de cette conviction que notre mort concerne aussi les autres, qu’elle n’est pas seulement une affaire « individuelle », et touche au caractère social de notre vie. La mort, les rites qui l’entourent (plus ou moins, et souvent actuellement moins que plus !) sont de nature sociale et communautaire.


+ Benoît RIVIERE


Entrer dans la vie de l'Esprit

Editorial d’Eglise d’Autun N°17 - 20 octobre 2017


Notre Pere

Le Christ est le seul médiateur entre Dieu et les hommes, c’est pourquoi sa prière n’est pas seulement une prière parmi d’autres. En elle, toute prière humaine trouve son origine et son terme. Le « Notre Père » est l’expression du cœur de Jésus uni au Père dans l’Esprit-Saint. Dans l’inspiration de l’Esprit-Saint qui nous est offert sans mesure, nous sommes entrainés à prier le Père en toute circonstance, à aimer les autres et à les servir avec le Christ.

Le Christ connaît en lui-même les soifs, les désirs, les aspirations et les espoirs du cœur humain. Comme nous l’enseigne la foi de l’Eglise, « il connaît en son cœur d’homme les besoins de ses frères et sœurs humains, et il nous les révèle. » En le voyant prier, ses disciples lui ont demandé d’entrer dans sa relation avec Dieu : « apprends-nous à prier ». Le Christ leur a communiqué sa prière, et ce n’était pas seulement à redire, mais son Esprit qu’il leur livrait. Ce même Esprit nous façonne chaque jour. L’Esprit-Saint s’exprimant dans la prière du Seigneur nous donne de vivre nous-mêmes dans ce même souffle de joie, d’espérance, de bonté, de pardon, de réconfort, de force et de guérison… « Le Christ nous donne l’Esprit par qui les paroles du « Notre Père » deviennent en nous « esprit et vie »

C’est pour que nous entrions davantage dans la vie de l’Esprit que l’ancienne traduction française de l’avant dernière demande de la prière dominicale vient d’être améliorée. Le père Jérôme MELLANGE nous explique avec clarté, dans ce numéro d’Eglise d’Autun, les raisons de cette amélioration de la traduction du « Notre Père ». Je souhaite que nous profitions de ce changement de traduction pour redécouvrir les insondables trésors d’espérance que la prière du Seigneur contient en elle-même. Le « Notre Père » imprime en nous et dans nos relations cette marque toujours neuve de l’espérance du Royaume qui vient.

+ Benoît Rivière

Recevez l'Evangile du Christ

Editorial - Eglise d'Autun N° 16 du 6 octobre 2017


L’Evangile, que l’Eglise doit annoncer partout et toujours, est un don qu’elle reçoit. Elle n’est pas propriétaire de la Révélation de Dieu en Jésus Christ. Elle en est, comme Marie, l’humble et joyeuse servante. Elle le reçoit sans cesse avec joie et empressement. Le samedi 21 octobre, dans le lieu si vénérable du martyre de saint Marcel près de Chalon, Tony MONTESIN reçoit l’imposition des mains qui fait de lui un homme consacré à la « diaconie » de l’Eglise. Et en prenant le livre des évangiles que lui tend l’Evêque, le nouveau diacre entend ceci : « recevez l’Evangile de Dieu, que vous avez la mission d’annoncer. Soyez attentif à croire à la Parole que vous lirez, à enseigner ce que vous avez cru, à vivre ce que vous aurez enseigné. »

Ces mots sont riches d’une profonde signification : le diacre n’est pas chargé de dire ce que les autres auraient à vivre ; le Christ lui-même n’est pas venu « faire la morale » au monde, encore moins le juger ; il est venu l’aimer jusqu’à donner sa vie, et le sauver par cet amour éternellement reçu du Père. Le diacre reçoit d’entrer dans cette attention amoureuse envers le Christ, la Parole vivante de Dieu ; il reçoit de croire, et d’enseigner ce qu’il croit, sans jamais oublier de se reprendre lui-même constamment pour vivre de cette Foi crue et enseignée.

Dans la prière qui suit la communion, l’Eglise prie ainsi pour le nouveau diacre : « Dieu qui viens de servir à tes enfants le pain et la coupe du Royaume, garde ce nouveau diacre toujours fidèle au service de l’Evangile, des sacrements et de la charité... »bible

Il apparaît ici clairement que nous ne servirons jamais si nous n’acceptons pas de recevoir de Dieu lui-même le don du salut, c'est-à-dire déjà les réalités du Royaume qui nous sont « servies » dans l’Eucharistie. Et il apparaît que le service de l’Evangile, des sacrements et de la charité sont inséparables.

Depuis quelques temps se développent heureusement des initiatives où la Parole de Dieu est partagée avec les pauvres et les affligés, dans des lieux fraternels. Notre synode diocésain a notamment relevé ceci comme faisant partie des belles réalités à encourager et à multiplier.

Il y a bien des manières de s’encourager mutuellement dans l’écoute et la pratique de l’Evangile. Je voudrais proposer une manière simple de faire à quelques-uns une lecture priante de l’Evangile. Quelqu’un invite d’autres à se réunir chez lui autour de la table de la salle à manger, pour une heure qui peut se dérouler ainsi : celui qui invite, ou un autre, guide un petit moment de prière, puis demande à quelqu’un de lire à haute voix le passage de la Bible qui a été choisi ; on reste ensuite trois à cinq minutes en silence.

Puis ceux qui le veulent disent à haute voix un ou deux versets, ou un ou deux mots du passage biblique. Ensuite, on relit une deuxième fois le même passage à haute voix, et on reste à nouveau en silence pendant trois à cinq minutes. Alors, il y a un nouveau « partage » qui se fait en écoutant ceux qui veulent exprimer en quoi le passage, ou ce verset particulier, les rejoint et les concerne personnellement. Enfin, on relit une troisième fois à haute voix le passage et, après un nouveau temps de silence, les participants qui le veulent expriment leur prière, de demande, ou d’action de grâce... Et celui qui « anime » conclut par un « Notre Père » ou une autre prière. Cette heure ou ces ¾ d’heure ou cette ½ heure est simple à vivre, et elle peut se poursuivre par un temps de goûter fraternel. C’est modeste. C’est simple. Et c’est réconfortant.

Cette écoute et ce partage en commun nous convertissent, nous remettent dans la lumière de la Foi et renforcent les liens de la fraternité. Je suis très frappé et interpellé par la parole des autres, notamment des humbles et des souffrants, dans ces moments de lecture priante de l’Evangile. Nous nous faisons alors les uns aux autres la charité de communier à l’Evangile, et, déjà, d’en recevoir l’énergie qui permet d’en vivre en toutes circonstances, dans les épreuves et dans les joies.

+ Benoît RIVIERE

Homélie - Session de l'Assemblée synodale des 09 et 10.09.17

« Quand deux ou trois sont réunis... » (Mt 18, 20)

Chers frères et sœurs,

A l’issue de ces deux journées d’assemblée synodale à Paray-le-Monial, nous goûtons le beau repos de la prière, et le réconfort de la Parole de Dieu.

Les passages de l’Ecriture qui sont lus en ce 23ème dimanche du Temps Ordinaire, débutent par un dialogue entre Dieu et le rugueux prophète Ezéchiel. Rappelons nous qu’Ezéchiel veut dire « Dieu rend fort ». Après la terrible destruction de Jérusalem en 587 et la déportation du peuple à Babylone, cet homme sans complexes et sans nuance, était devenu le témoin courageux du salut que Dieu seul peut donner. Il a été appelé à crier la parole du salut, au milieu d’un peuple traumatisé par la violence. Il ne s’est pas préoccupé seulement de quelques-uns, mais de chaque membre de la communauté des fils d’Israël, qu’il soit juste ou injuste, et il ne s’est pas occupé de mettre du crépi sur un mur lézardé, mais il s’est franchement occupé de guérir du péché. Et quel était ce péché ? C’était essentiellement l’idolâtrie et l’orgueil. L’idolâtrie brouille le regard : il fait prendre pour Dieu lui-même la créature. Et l’orgueil isole dans la domination. Le véritable prophète se reconnait dans la responsabilité qu’il veut porter devant Dieu lui-même, de se pencher sur les justes comme sur les injustes, de se préoccuper du frère, où qu’il se trouve. De ne pas craindre d’aimer jusqu’au bout au point que le frère injuste ne restera jamais quelqu’un qui indifférera, mais, comme dira beaucoup plus tard saint Paul, « ce frère pour qui le Christ est mort ».

C’est pourquoi le prophète Ezéchiel comprend que sa responsabilité n’est pas de dénoncer de haut la méchanceté, mais d’aller trouver le méchant, et c’est tout autre chose. Pourquoi ? Parce que la dénonciation publique éloigne de la réconciliation ; et le chemin vers le frère pour le retrouver ouvre à la joie de Dieu. Le prophète lui-même est uni par le même sang sauveur que celui du frère perdu. La mort du méchant qui n’a pas été rejoint par le témoin du Dieu de Miséricorde, c’est la mort du prophète lui-même. On te demandera compte du sang de ce frère que tu n’auras pas rejoint dans la vérité et la bonté. Si nous sommes saisis par le feu de l’amour divin, plus jamais désormais aucun être humain ne nous sera indifférent, serait-il enfoncé dans la plus noire méchanceté. Il sera un frère à « gagner », pour la vie du Royaume à venir.

Ezéchiel était un homme rugueux et sans complexes, qui tranchait sans hésitation. Dieu a en fait un témoin indispensable pour veiller sur son peuple. Simon-Pierre n’était pas non plus un tendre, ni quelqu’un qui doutait de lui-même, surtout au début de son entrée dans la communauté des disciples de Jésus. Et c’est à lui que Jésus a confié les clés du Royaume des cieux. « Ce que tu auras lié sur la terre... » Simon-Pierre reçoit cette responsabilité en vue du salut, et c’est pour que tous la reçoivent aussi avec lui. C’est bel et bien à l’ensemble des disciples aussi que cette parole est adressée : « tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel... »

En appelant à être avec lui des hommes ordinaires, Jésus a voulu les faire participer intimement à sa mission. Il a voulu édifier sur la foi de l’un d’entre eux le fondement d’unité de son Eglise jusqu’à la fin des temps. Et ce qu’il a confié à Pierre, c’est pour que tous y participent. Nous ne formons pas l’Eglise à partir de nos idées, ou de nos préférences liées à nos expériences spirituelles, nous sommes formés, par participation à l’unique mission du Christ Jésus, à être son Eglise aujourd’hui, appuyés les uns sur les autres humblement. Et cela est à la fois profondément humain et profondément divin, tout comme dans le Christ, l’homme et Dieu sont unis avec amour dans une seule et même personne.

C’est dans la belle conscience d’être appelés par pure grâce de Dieu à être l’Eglise de Son Fils aujourd’hui, ici en Saône-et-Loire, que nous voulons dans cette eucharistie, remettre dans l’action de grâce du Christ nos travaux de cette avant dernière assemblée synodale. Et nous voulons nous offrir dans l’action de grâce du Christ, nous voulons nous unir à son mystère de mort et de résurrection. La prière que nous avions faite au début de notre synode diocésain, nous pouvons encore, ce soir, en redire quelques expressions :
« Seigneur de Tendresse et de pardon, voici ton Eglise en Saône-et-Loire,44 MESSE
Qui veut t’écouter et te suivre joyeusement,
Qui veut aimer davantage tous les hommes de Saône-et-Loire.
Tu aimes l’Eglise et tu t’es livré pour elle...
Ouvre-nous à la joie du Serviteur,
Qui œuvre avec bonheur au respect des plus faibles,
Qui écoute les signes des temps sur nos terres bourguignonnes,
Et qui offre en prière quotidienne ce qu’il reçoit. »

« Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul... »
Comme c’est beau, cela, et tellement meilleur que la dénonciation publique à la cantonade...
Cantonade, c’est presque pareil que canonnade !

Il nous arrive hélas, sans souvent même nous en rendre compte, de donner plus facilement des leçons aux autres, que nous n’acceptons d’en recevoir. Mais précisément, dans ces lectures du 23ème dimanche, il ne s’agit pas du tout de faire la leçon à qui que ce soit. Il s’agit bien plutôt de nous demander : suis-je conscient de ma responsabilité comme membre du Christ lui-même ? Ma vie reflète-t-elle cette appartenance au Christ ? Est-ce que j’accorde avec empressement mon indulgence à celui qui pèche contre moi ? Notre hâte devient celle d’un compagnon allant vers son compagnon, et non pas celle d’un offusqué qui prend tout le monde à témoin qu’il a été offensé. Un ancien chalonnais, Saint Césaire d’Arles, parle de deux sortes d’aumône qu’il nous faut pratiquer : « celle qui fait donner du pain à ceux qui ont faim, et celle d’accorder notre indulgence à ceux qui pèchent contre nous. » Saint Césaire va loin, avec des accents prophétiques qui nous rappellent Ezéchiel : « si tu négliges ce commandement du Seigneur (d’accorder ta parole et ton indulgence en allant voir le frère coupable seul à seul, pour ne pas lui faire honte devant les autres), si tu ne fais pas cela (en méprisant ton frère, et en le tenant éloigné de toi sous prétexte qu’il t’a offensé), tu es plus mauvais que ton adversaire : car lui, il t’a fait du tort, et en te faisant du tort, il s’est blessé lui-même, gravement. Tu négliges la blessure de ton frère ? Tu vois qu’il meurt ou qu’il va mourir, et tu ne bouges pas ? Tu es pire en te taisant que lui en t’offensant. »

Peut-être pouvons-nous – et j’en finirai par là – retrouver dans des expériences comme celles d’un synode diocésain, une réconciliation à laquelle nous n’avions pas songé : la réconciliation avec nous-mêmes et avec l’histoire de notre diocèse ; notre découverte émerveillée que nous sommes du coup bien plus frère et sœur avec les autres que nous ne l’imaginions.


+ Benoît RIVIERE

Vieillesse, naufrage ?

Editorial - Eglise d'Autun N° 15 du 22 septembre 2017

personne agee
Est-il possible de porter du fruit, même dans le grand âge ? L’auteur biblique l’affirme quand il dit : « le juste, même âgé, fructifie encore ! » (Ps 92,15).

Nous pouvons nous demander ce que cela signifie. L’auteur ne veut évidemment pas nier l’état de fragilité dans lequel peut se retrouver une personne âgée. Il n’ignore pas les mystérieuses dégradations du corps humain. Et, physiquement du moins, on n’enfante pas quand on est devenu vieux ! L’Esprit-Saint pourtant montre que celui qui se conduit selon la justice, connaît une vieillesse qui peut porter du fruit. Et quel est ce fruit ? Est-il possible de donner et de recevoir la joie, même dans un âge avancé ?

Lorsque nous ne plaçons pas en nous-mêmes l’appui fondamental de notre élan de vie, et, comme dit le psaume cité, que nous puisons notre sève dans « la maison du Seigneur », nous devenons, presque à notre insu, des porteurs de la joie divine. En nous, peut se voir quelque chose auquel tous aspirent : d’être appuyé sur un soc solide et de manifester que Dieu est simple, « sans détours ».

Un médecin gériatre, qui n’aime pas que l’on désigner les personnes âgées, atteintes de certains troubles, par des termes de « démence » ou de « maladie », préfère envisager les aînés, tous les aînés, en disant d’eux : ils sont des heureux « présents ». Je trouve cela intéressant, de regarder la vieillesse comme l’entrée dans la « présence », évidemment avec des souffrances (quelles transformations humaines, quelles naissances, pourraient avoir lieu sans une part de souffrance ?). Notre quête d’humanité n’est-elle pas essentiellement de devenir libre dans une simple présence à Dieu, aux autres et à nous-mêmes, oubliant ce qui n’a pas valeur de charité c'est-à-dire d’éternité ?

+ Benoît RIVIERE

Entrer dans un commencement

Editorial - Eglise d'Autun N° 14 du 8 septembre 2017PONTON


Un Dominicain célèbre avait donné à l’un de ses livres ce titre évocateur : « Chaque Jour je commence ». Cette belle expression peut valoir pour ce mois de septembre, si nous voulons voir et avancer dans l’espérance.
Pour un enfant découvrant l’école, ou une nouvelle classe de l’école, tout est neuf. S’ouvrir au monde des connaissances et des apprentissages fondamentaux, n’est-ce pas la joie de tout enfant, et aussi, la joie des adultes en service d’éducation auprès des enfants ? Et n’aurions-nous pas tous à trouver et à accueillir cette joie de découvrir davantage le réel, cette joie de grandir en humanité, en capacité de réfléchir, de dialoguer et de prier aussi ? Dieu ne cesse jamais de vouloir le commencement et la joie de l’humanité entière.

En ce mois de septembre, des familles arrivent pour la première fois dans un lieu, des prêtres aussi. Des séminaristes débutent ou continuent leur formation. Et pour ceux qui ne déménagent par physiquement en ce temps de « rentrée », il n’est jamais inutile de réenvisager mieux leur travail, leurs priorités, leurs relations et finalement leur mission. Un nouveau Préfet aussi arrive dans notre département, et il découvrira à travers nous tous les réalités singulières de la Saône-et-Loire. Il y a tant de générosités qui attendent d’être sollicitées pour accueillir et aider ceux qui en ont bien besoin.
L’été qui va s’achever aura permis à bon nombre d’entre nous de goûter au réconfort salutaire de la détente et des partages amicaux ou familiaux un peu prolongés. Après ce temps, nous retrouvons mieux les collaborateurs anciens ou nouveaux, avec un regard lavé heureusement dans le soleil des vacances. Et nous nous engageons avec l’ensemble des amis de l’Eglise dans la dernière étape du synode diocésain commencé voici presque deux années déjà. C’est l’étape des synthèses, de l’action de grâce et des résolutions. Pourquoi ? Pour ne pas revenir en arrière, et pour poser une confiance renouvelée dans le Christ lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde.

Nous donnons dès à présent rendez-vous à l’ensemble des catholiques de Saône-et-Loire et aux amis de l’Eglise le dimanche après-midi 26 novembre à 14h à Taizé. Ce sera un large rassemblement diocésain pour recueillir les fruits du travail synodal, et pour être renouvelés en profondeur dans la joie. Oui, en demandant les uns pour les autres le renouveau de notre conscience chrétienne, et la grâce d’un vrai commencement, nous voulons consacrer ce temps de septembre à la réconfortante et maternelle présence de Marie, Mère de l’Eglise.


+ Benoît Rivière

Homélie pour l’ordination diaconale de David BONNETAIN

tn P1100187

Homélie pour l’ordination diaconale de David BONNETAIN
Le dimanche 3 septembre 2017 en l’église de Varennes le Grand

LE COMMENCEMENT D’UN SERVICE QUI UNIT A JESUS
(Sur l’évangile du jour, Mt 16, 21-27)


Chers frères et sœurs,

L’ordination d’un nouveau diacre marque un commencement. Quelque chose de l’ordre de l’initiative de Dieu survient pour l’Eglise tout entière, lorsque l’un des baptisés reçoit l’imposition des mains. Dans ce geste liturgique très ancien et toujours actuel, qui ordonne David à la fonction de diacre, c’est nous tous, et lui bien évidemment, qui accueillons quelque chose que Dieu donne, pour le bénéfice de tous et à commencer par les plus nécessiteux. Ce qui a eu lieu à Jérusalem dans les débuts de l’Eglise, cela a lieu aujourd’hui pour l’Eglise qui vit son pèlerinage sur la terre, ici en Saône-et-Loire. La prière diaconale l’exprime ainsi : les apôtres de Jésus choisissent sous l’action de l’Esprit-Saint des hommes estimés de tous, qui les aideront dans le service quotidien. David devient diacre pour cette aide au service quotidien exercé par les apôtres, c'est-à-dire la prière, l’annonce du mystère du Christ et l’humble répartition des choses nécessaires à la vie des personnes démunies, répartitions que les actes des apôtres appellent « le service des tables ».

Que lisons-nous dans l’évangile d’aujourd’hui ? Et à quel changement de vie sommes-nous conduits ? Nous lisons qu’après avoir proclamé le premier, au nom des autres, que Jésus est vraiment le Christ, le Fils du Dieu vivant, Pierre et les autres sont entraînés par Jésus dans un itinéraire de vie sans retour en arrière. Et cet itinéraire est tout sauf un voyage d’agrément destination Club Med ! « Il faut partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup, être tué, et le troisième jour ressusciter ! » Il s’agit ni plus ni moins de donner entièrement sa vie, sans se récupérer... perdre sa vie, dit Jésus, à cause de Lui, et trouver alors la vie véritable. C’est quelque chose que nous ne pouvons pas envisager du seul point de vue humain naturellement, en nous accrochant à nos idées et à nos conforts personnels ; mais c’est quelque chose qui est donné par Dieu à l’Eglise, de communier intimement à la mort et à la résurrection de Jésus par amour pour tous les hommes, à commencer par les plus démunis et les plus éloignés.

Oui, comme Pierre et les autres, nous-mêmes aujourd’hui, disciples du Christ par grâce et par appel de Dieu, nous sommes entraînés dans un nouveau commencement : nous ne partons plus de nous-mêmes, en nous faisant le centre des autres et de nos préoccupations. Nous passons au contraire vers la suite d’un autre que nous-mêmes, le Christ, qui sera toujours parmi nous dans les démunis et les petits de ce monde. Nous quittons l’auto-centrement, pour suivre entièrement le Christ, qui nous entraîne à sa suite là où nous n’aurions pas voulu aller.
Cher David, chers frères et sœurs, les disciples qui avaient commencé à suivre Jésus aimaient l’entendre et étaient saisis d’admiration par ses gestes qui guérissaient les malades ; et à un moment de cette fréquentation de Jésus, il leur a été montré qu’il leur fallait non seulement voir et écouter, mais être transformés eux-mêmes, pour que leur vie devienne entièrement une vie de don et de service avec Jésus.

Servir, c’est être véritablement en mouvement dans les pas de Jésus, derrière lui qui ouvre la route. Ce n’est pas seulement faire quelques bonnes actions qui satisfont notre conscience et gagnent l’admiration de la galerie, c’est changer de centre, c’est changer de boussole intérieure : c’est suivre l’esprit de douceur et de force que Dieu donne aux cœurs simples et droits. Et il n’est pas de situation, heureuse ou douloureuse, dans laquelle cet esprit ne puisse être répandu.

Pierre s’est offusqué de ce programme, et il s’est élancé à un moment en voulant protéger son maître, lui dire que ce n’était pas possible de marcher ainsi vers le lieu de la souffrance de la croix. Pierre s’est peut-être surpris lui-même, en se faisant (généreusement pensait-il) le défenseur et le porte-parole de Dieu, rien de moins : « Dieu t’en préserve », a-t-il dit à Jésus ! « J’ai, moi, Pierre, une vision plus soft de la destinée du Christ ! Et je m’autorise à me mettre en avant pour te protéger. »

En pensant les choses de cette manière, Pierre était un obstacle et un adversaire pour l’évangile. Jésus le lui a signifié très nettement. Il quittait la place du disciple à l’école du Christ pour prendre la première place, valorisante, celle de celui qui sait et qui veut protéger. Il devenait Satan, au lieu de demeurer disciple. Dans une homélie, Saint Augustin avait bien fait comprendre cela : « Parce que le Seigneur parlait de sa Passion future, Pierre voulut barrer le chemin du Seigneur : il voulut lui donner un conseil, comme pour le sauver – un malade, conseillant son médecin ! Et que dit-il au Seigneur ? « Loin de toi, Seigneur. Cela ne sera pas ! » Il voulait marcher devant et que le Seigneur suive. Mais que dit le Seigneur ? – « Passe derrière moi, adversaire ! » En marchant devant, tu m’es un adversaire ; en me suivant, tu seras un disciple. »

Ainsi pouvons-nous reconnaître quel est le feu intérieur qui nous brûle le cœur, au point de nous faire aimer comme Jésus, dans la douceur et l’humilité, renonçant à nous-mêmes, pour n’être pas un obstacle à la marche de l’évangile. Quittons franchement les apparences, pour devenir vraiment serviteur et disciple, avec Jésus, et non pas seulement devant ! Demandons de savoir discerner toujours entre la posture de l’adversaire et la place du disciple serviteur et n’abandonnons pas la route ; elle devient la route pascale, celle du mystère de mort de résurrection avec le Christ.

+ Benoît RIVIERE

 

Homélie de l'ordination de Pierre Dhaussy - 25 juin 2017

Chers frères et sœurs,

Tout récemment, le pape François a donné quelques conseils forts précieux à l’attention de ceux qui débutent leur vie de prêtres dans l’Eglise. Ces conseils évidemment sont précieux pour Pierre qui devient prêtre aujourd’hui, mais ils sont précieux aussi pour nous tous, quelque soit notre fonction dans l’Eglise :
- C’est le conseil de prier sans se lasser,
- C’est le conseil de marcher toujours,
- Et c’est le conseil de partager avec le cœur.

L’apôtre Pierre a un jour supplié le Seigneur de le sauver de la noyade totale, et le Seigneur lui a saisi la main pour l’empêcher de périr. Il a pu devenir l’apôtre sur lequel les autres se sont appuyés, parce qu’il est resté le disciple que le Seigneur relève par sa force et sa tendresse. Le pécheur d’hommes est d’abord et toujours quelqu’un qui éprouve qu’il est « repêché» par la tendresse du Seigneur.

Nous lisons aujourd’hui dans les actes des Apôtres que Pierre était emprisonné par Hérode. Et nous lisons que « l’Eglise priait Dieu pour lui avec insistance. » Cher Pierre, et chers frères et sœurs, nous sommes portés véritablement par la tendresse et la force de la prière de l’Eglise. Quand nous éprouvons des difficultés, ne restons pas isolés à nous lamenter, mais éprouvons plutôt le réconfort de la prière de l’Eglise. L’insistance de la prière de l’Eglise soutient notre faiblesse et nous arrache à nos peurs. « Pierre, lève-toi vite, lui dit l’ange, mets ta ceinture et chausse tes sandales... »

L’ange qui a fait sauter les verrous de la prison d’Hérode, c’est l’ange de l’Eucharistie qui nous fait passer des ténèbres à l’admirable lumière de la foi et de la charité. Voici à quoi nous sommes appelés : vivre avec le Christ qui libère, dans la belle communion de toute l’Eglise, marcher dans la force de l’Esprit-Saint, et visiter ceux qui attendent de recevoir la paix et le salut que Dieu donne. La prière de l’Eglise, c’est ce que nous éprouvons à chaque fois que nous sommes réunis comme aujourd’hui pour l’Eucharistie, c’est ce que nous éprouvons chaque fois que nous quittons notre auto-centrement pour écouter ce que l’Esprit-Saint chante, et pour voir ce que l’Esprit-Saint montre. « Notre vocation, dit le pape François, a commencé quand, ayant abandonné la terre de notre individualisme et de nos projets personnels, nous nous sommes mis en route pour le « saint voyage », en nous remettant entièrement à cet Amour qui nous a cherché dans la nuit. »

Pierre, en te mettant en route pour servir comme prêtre le peuple sacerdotal, et annoncer avec lui l’évangile à tous, tu fais et tu feras l’expérience du priant qui dit dans le psaume : « je cherche le Seigneur, il me répond ; il me délivre de toutes mes angoisses ». Et avec l’Eglise en prière et en pèlerinage sur la terre, tu pourras dire du fond du cœur : « j’ai goûté, j’ai vu, combien le Seigneur est bon ! Heureux celui qui trouve en lui son refuge. » Dans la célébration de la prière et des sacrements, c’est comme si le vase de parfum se brisait pour laisser se répandre le souffle recréateur et pacifiant de l’Esprit-Saint. Les sacrements du salut répandent la joie et l’odeur de la délivrance. Paul, dans la deuxième lecture de cette messe d’ordination, dit : « j’ai été arraché à la gueule du lion ; le Seigneur m’arrachera encore à tout ce qu’on fait pour me suivre. Il me sauvera et me fera entrer dans son Royaume céleste. »

Ce Royaume, c’est Jésus lui-même, que nous ne rencontrons pas dans un ailleurs imaginaire. Quand il a introduit ces apôtres dans une nouvelle relation avec lui, c’est au carrefour des nations du monde, qu’il leur a demandé : « pour vous qui suis-je ? ». Et, il leur a ouvert l’esprit à une écoute profonde des meilleures attentes humaines : « au dire des autres, qui est le fils de l’homme ? » C’est à ce carrefour que le Christ continue de nous attirer pour le connaître, l’aimer et le suivre dans l’annonce du Royaume de Dieu. A la question posée par Jésus, Pierre prend la parole au nom de tous, et il dit ce que l’Esprit-Saint lui montre. Et nous pouvons dire : «en toi, Seigneur Jésus, est la plénitude de la divinité, en toi, Seigneur Jésus, se trouvent le salut et la joie, en toi est la source de la vie, par ta lumière nous voyons la lumière, en toi est le réconfort des pauvres et des pécheurs, en toi est notre vie et notre espérance. »

Nous demandons la grâce de savoir toujours partager avec le cœur, et non pas ériger des barrières de plus ; nous demandons la grâce de recevoir la force et la tendresse de Dieu, et non de discourir de loin sur les malheurs du temps. Quel bonheur de nous laisser recréer par la joie du Christ chaque jour grandissante !

+ Benoît RIVIERE

Réfléchir et voter

Editorial - Eglise d'Autun N° 11 - 9 juin 2017


VOTENous sommes à la veille des élections législatives qui déboucheront sur un nouveau parlement au service de la concorde et de la vie de notre pays. Je vous propose de réfléchir brièvement, entre autres, à deux questions.
La première : il va de soi que nous devrons exercer notre devoir de citoyens en participant à ce vote ; mais dans quel état d’esprit irons nous voter ?
Deuxièmement : qu’espérons-nous de l’exercice du pouvoir politique en France au cours des cinq prochaines années, et qu’espérons-nous au fond pour l’avenir de la France ?

« Dans quel état d’esprit irons-nous voter ? »

Le parlement, dans l’esprit de la cinquième République, n’a pas été conçu pour être un contre-pouvoir, mais l’espace du débat pour travailler à des lois justes. En ce sens, le débat parlementaire doit favoriser avec l’exécutif l’avancée du pays dans des domaines aussi importants que ceux de l’éducation, de la défense nationale, de la santé, de la solidarité, de la défense des petits, celui du dynamisme économique et, j’ajoute, la création artistique et bien d’autres domaines encore. En ce sens, notre état d’esprit en allant voter ne peut pas être celui de gens grincheux, toujours en train de se plaindre, mais un état d’esprit confiant, désireux de voir jouer au mieux les différents niveaux de la vie publique, en concertation et en débat constructif. Et peut-être pouvons-nous demander et espérer de nos futurs députés qu’ils soient eux-mêmes dans un état d’esprit ouvert à chercher les meilleurs consensus, et votons en conséquence.

« Qu’espérons-nous pour notre pays ? »

Cette question rejoint celle de notre attachement à la vie en société. Elle rejoint une question de confiance les uns envers les autres. Est-ce que nous pouvons regarder avec espoir et confiance les années qui viennent, en étant engagés humblement à notre place pour mener avec d’autres des actions qui feront du mieux aux autres. Nos institutions sont bonnes certes, et nous devons nous en réjouir. Pourtant, il ne va pas de soi d’accepter des mandats au service des autres. Il me semble qu’il faut toujours honorer ceux et celles qui, à tous les niveaux de la société, s’engagent et s’engageront pour plus qu’eux-mêmes, et pour plus que leurs intérêts de groupe. On dit parfois que « charité bien ordonnée commence par soi-même ». Je trouve que c’est un peu court ! Je pense plutôt que charité bien ordonnée commence par la sollicitude et la bienveillance envers autrui. On ne réfléchit jamais avec justice lorsqu’on ne se situe pas dans une relation bienveillante avec les autres et dans l’humilité.


+ Benoît RIVIERE