L'accueil des convertis

Editorial - Eglise d'Autun N° 2 - 27 janvier 2017


croix maison dioUn colloque vient de se tenir à l’université catholique de Lyon les 16 et 17 janvier sur l’accueil des convertis au christianisme en Europe. Plutôt qu’un résumé difficile à faire, je voudrais évoquer brièvement avec les lecteurs d’Eglise d’Autun le point de vue de saint Augustin, toujours d’actualité, ainsi que l’étrangeté heureuse de la foi chrétienne dont les convertis sont en quelque sorte des « signes ».

Dans son « de catechizandis rudibus », qui est un traité pour des catéchistes, l’évêque d’Hippone essaie de donner l’essentiel de ce qu’il est important de faire quand on se trouve en situation d’accueillir des « convertis » dans l’Eglise. « La sympathie de l’auditeur, écrit saint Augustin, « dépend de la sympathie qu’il trouve en nous....Que l’amour soit donc le principe auquel se rattache tous tes discours ; dans toutes tes instructions, fais en sorte que l’auditeur croie ce qu’il écoute, espère ce qu’il croit, et aime ce qu’il espère. » La sympathie fraternelle n’est pas simplement une condition humaine nécessaire à la rencontre avec des convertis, c’est le principe d’interprétation et le terme lumineux de toute l’Ecriture Sainte. Toute interprétation de l’Ecriture qui ne partirait pas de la charité et ne conduirait pas à la charité serait illusoire.

Et l’Eglise est vraiment pour Augustin le lieu par excellence de la charité qui actualise l’incarnation du Christ. Dans le bain de la charité fraternelle, Dieu fait naître à la joie de disciple. Et ce que le catéchiste baigné lui-même dans la joie du Christ peut « transmettre », n’est jamais que ce qu’il entend être déjà prononcé dans le cœur même des catéchumènes.

La foi chrétienne serait-elle devenue aujourd’hui tellement « étrange » qu’elle ne trouverait plus d’écho dans la réalité du monde actuel ? Non, mais si j’ose dire, la foi est toujours « étrange », aujourd’hui comme hier. Ce qui a changé, certainement, entre hier et aujourd’hui, c’est la représentation que l’homme se fait de lui-même. L’homme moderne se pense beaucoup (trop !) en terme de matière vivante avec ses processus de développement et de mort, ou en terme de projet à atteindre pour être « bon » et « performant ». Les convertis nous arrivent d’on ne sait où, pauvres souvent, comme des passerelles entre deux mondes. Ils nous disent inséparablement leur « distance » avec un monde sécularisé, et leur immense liberté personnelle les conduisant à demander de devenir ce qui paraît bien étrange : un témoin du Dieu vivant et vrai manifesté dans le Christ Jésus.

+ Benoît RIVIERE