Formation de la pastorale de la santé

Caroline de DINECHIN
Jeudi 11 Septembre 2025, plus de quarante personnes, aumôniers hospitaliers et membres du S.E.M (Service d’Évangélisation des Malades) se sont retrouvés à la maison diocésaine pour une journée de formation ayant pour thème : Accompagner la personne âgée, malade et fragile. Comment être une présence ajustée en laissant le Christ demeurer en nous ?
Caroline De DINECHIN, responsable diocésaine des aumôneries hospitalières a animé cette formation, assistée de Blandine DAURELLE, ancienne aumônier sur Mâcon et Fabienne ROSEL, aumônier du centre hospitalier de Chalon et de 3 EHPAD.
1/ Après un temps de présentation et une réflexion en équipe à partir de photolangage, Fabienne a introduit la matinée par un petit exposé sur la maladie : l’expérience de la maladie, une épreuve !
Fabienne :« Oui, on « tombe » malade ! C’est une expérience qui fait mal, les projets s’écroulent, la vie sociale s’arrête, et le corps dicte sa loi. On découvre le poids de la dépendance, on subit, on est livré aux visites…Comment accepter cette maladie qui révèle la fragilité de toute vie humaine ? Seul devant l’inconnu, l’angoisse tapie derrière la porte, les questions religieuses peuvent refaire surface : pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu ? C’est une épreuve, mais qui peut mener à une découverte, peut-être un autre visage de Dieu. Cette épreuve appelle une présence respectueuse de notre part. »
La lecture racontée de Luc 18,35-43 nous a menés sur les pas de l’aveugle de Jéricho, dans un temps de méditation et de réflexion personnelle, puis d’un riche partage en petit groupe. Que puis-je percevoir de la personne malade ? Quelles attitudes je privilégie auprès de la personne dans l’épreuve ? Et Fabienne de conclure : « Même au cœur de la souffrance, je dois regarder, accompagner, écouter. Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance, Il est venu la remplir de Sa présence »
Un repas partagé a permis à chacun de faire une pause et l’après-midi a commencé par la projection d’un film sur la souffrance « Denis la tendresse » avant de développer le thème du visiteur mis à l’épreuve ! En lien avec la figure de Lazare (Jean chap.11) chacun était invité à repenser à une visite qui l’avait mis mal à l’aise, à sa façon d’y réagir : comment faire avec les personnes qui ne parlent pas ? Ou qui ressassent leur passé ? Ou encore qui refusent la visite ? Que répondre à celle qui crie sans arrêt : Madame ! Madame ! Quelle position adopter quand il y a désaccord entre la personne âgée et sa famille ? Et quand je n’ai plus le courage d’ouvrir la porte suivante ? Les difficultés ne manquent pas dans la mission !

Fabienne ROSEL
2/ Fabienne a tenté d’apporter des réponses aux interrogations du visiteur mis à l’épreuve :
« Il y a porosité entre la personne que l’on visite et nous-même. Les émotions, c’est ce qui nous met en mouvement vers l’extérieur. Jésus voyant son ami Lazare se met à pleurer ! Nous allons vers Dieu avec nos émotions. La maladie désarçonne celui qui en est atteint, mais aussi, celui qui l’assiste. La maladie insécurise, ébranle notre hiérarchie des valeurs, conteste nos évidences. Cette crise que vit le malade nous confronte à notre propre mort. Il nous faut consentir à un rendez-vous avec nos propres interrogations, accepter de se laisser bousculer. On est renvoyé à notre propre existence, notre propre expérience de vie. Il faut pouvoir parler à quelqu’un d’averti quand nos émotions nous submergent. Pour bien accompagner on se doit d’être apaisé. Des peurs, on en a tous, sachons identifier les nôtres. La peur est présente dans la Bible ; devant l’inconnu, face à une faute ou par manque de Foi. Notre peur agit toujours contre notre Foi. Nous ne pouvons aller au-delà de ce qu’on peut donner. Sachons passer la main si nécessaire. Nous ne sommes pas Dieu, mais de simples visiteurs-serviteurs. L’équipe est alors très importante et trouvons des soupapes pour reprendre souffle : la marche, la peinture, un café entre amis ou un lieu particulier de ressourcement…
Réponses aux difficultés :
-Devant une porte de chambre fermée : je confie ma rencontre à Dieu. Une respiration pour prier.
-En porte à faux avec les familles : je me tourne vers les soignants, je vais à la pêche aux infos.
-Devant un soupçon de maltraitance : prudence ! En parler en équipe et peut-être à une personne du conseil de vie sociale. Ne pas mettre l’équipe d’aumônerie en difficulté avec les soignants !
-Devant la grande souffrance, les idées suicidaires : être dans la compassion. Souffrir avec le malade, mais ne pas s’effondrer avec lui. Tant mieux si vous êtes pris aux tripes, c’est que vous êtes humain ! Vous vivez la Passion du Christ.
Visiter, c’est accepter de se laisser toucher tout en accueillant nos propres limites, afin que notre seule présence puisse évoquer la tendresse de Dieu.
3/ Un brainstorming sur les trois dimensions de la mission permettait à chacun de prendre conscience que la mission d’accompagnement est autant humaine que spirituelle ou religieuse. Pourquoi ? Comment ? Où est Dieu dans tout ça ? C’est dans ce questionnement que notre mission prend tout son sens : être présent là où se cherche le sens, l’espérance, la vie intérieure. Nous portons une compétence de la relecture de sens, de la parole qui ouvre et qui apaise. Devenir aumônier, c’est d’abord entrer dans une disponibilité intérieure.
4/ Blandine aborde le dernier thème de cette formation : comment revêtir le Christ pour mieux visiter ?
Nous partageons ici une même Foi : celle du Christ présent dans les personnes que nous visitons. Nous devons nous laisser habiter, parfumer par le Christ. Ce n’est pas insurmontable, ni-même un effort. Nous sommes « nous » et invités à accepter Sa présence. Jésus nous promet de n e pas nous laisser seul. Demeurez en moi comme Je demeure en vous. Mais Le Christ n’habite en nous qu’avec notre accord, toujours à renouveler. Quelques pistes :

Blandine DAURELLE
-Apprendre à accueillir. Faire silence pour que l’autre puisse être présent.
- Apprendre à s’effacer. Déposer ses soucis à la porte. Peut-être même changer de vêtement pour prendre conscience de revêtir un silence intérieur. Le Christ regarde, attend, fait silence dans l’Évangile, parfois Il agit, mais toujours Il s’inquiète de celui qui s’adresse à lui : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? »
- Pour accueillir le Christ en nous, quoi de mieux que l’Eucharistie, quand elle se vit en se mettant au service. Elle nous rend capable d’être en communion totale avec celui qu’on visite. Visiter en aumônerie c’est accueillir le Christ qui vit dans ce corps meurtri, souffrant, vieilli, méconnaissable.
-La prière. Vous êtes légitime si vous priez sur votre lieu de travail. C’est en lisant l’Évangile que nous pouvons apprendre à imiter le Christ.
-Accueillir l’Esprit Saint. Le Christ nous invite à la confiance. Il se tient à nos côtés. Entre chaque chambre on peut respirer profondément pour accueillir consciemment le souffle de l’Esprit.
-Savoir aussi accepter le vide, à la rencontre de l’inattendu. Accepter le moment présent même si on erre sans projet, sans savoir ce qui va advenir. Jésus lui-même se laisse dérouter, se laisse étonner par l’audace !
-Revêtir le Christ c’est aller à la rencontre de l’être spirituel qui est en nous. Nous sommes invités à être pleinement ce que nous sommes. Chacun ou chacune sera un aumônier singulier. Notre histoire est unique. Celui que nous rencontrons est aussi habité par le Christ et pleinement humain.
-Faire équipe. Avec les soignants, avec les bénévoles, avec l’aumônier, avec les prêtres, sachons reconnaître nos limites, partager nos peurs et pratiquer la relecture de nos rencontres.
En conclusion, Caroline rappelle la confidentialité de notre mission, l’importance de l’équipe qui permet d’agir avec justesse. L’importance de la relecture pastorale et de la collaboration avec les prêtres. Elle rappelle l’existence de la charte d’aumônerie de 2024 que chacun aura intérêt à consulter et nous exhorte à être des signes de consolation !
Cette journée encadrée par deux temps de prière et de chant qui ont ouvert et fermé ce temps de rencontre sera suivi de nombreuses autres qui aborderont chacune des thématiques différentes. N’hésitez pas à visiter le site diocésain pour connaître le programme riche que propose la pastorale de la santé.
Véronique BARDONNET






