Devenir silence… par sr Josette Barouky (Carmel St Joseph)

Entre la montagne de la Transfiguration et celle de la Croix, un silence s’installe… la voix de Dieu devient silence… un abîme se creuse entre la présence et l’absence : « où T’es-Tu caché, Ami ? » (Jean de la Croix, CSB 1). Où Te trouver ? Comment agir ? Pourquoi cet effacement devant la mort et la souffrance ?
Dieu habite désormais le silence. Il se repose comme le grain de blé enfoui et caché au plus profond de la terre. Tout se tait. Tout est suspendu en ce jour mystérieux, jour du samedi Saint.
En effet, nous ne rencontrons Dieu que dans le silence éternel où Il demeure. Sa demeure est nous. Nous sommes le temple du silence.
En Dieu, nous sommes inséparablement liés au silence. Rien ne nous fera le découvrir que son silence inscrit dans notre cœur. Il ne nous suffit pas de nous taire, mais « devenir silence ». Comment ?
Le silence prend corps dans notre propre corps ; il prend chair dans les petites choses de notre vie quotidienne : prendre conscience de la présence de ce « château intérieur » en nous, là où demeure le Roi (Thérèse d’Avila), être déterminés à parcourir ce chemin intérieur qui nous fait sortir de nous-mêmes pour retrouver notre « soi-même » véritable.
Ce chemin est loin d’être facile : nous passons par le désert, par la sécheresse et par la nuit. Nous expérimentons notre fragilité, notre impuissance, nos blessures et notre nudité… nous découvrons que cette humanité – que nous essayons parfois de fuir – est celle que le Christ aime, assume et sauve. Plus nous avançons, plus le silence devient « Personne » : la Personne même de Jésus-Christ mort et ressuscité. Et de ce mystère, notre vie goûte la Résurrection et prend sens et vie. Elle s’unifie et commence à tendre vers cette union d’amour.
A force de fréquenter le Bien-Aimé, elle devient semblable à Lui : silence et présence. En elle, prière et vie s’interpellent. Elle vit ce qu’elle prie et prie ce qu’elle vit. Le cœur quitte son tombeau vide et revêt la tunique blanche du silence. Il devient ce lieu intime où nous nous cachons pour pouvoir « être » et vivre avec les autres. Tout jaillira de ce cœur silencieux capable de voir, d’écouter et d’accueillir, capable de donner et de se donner sans mesure et sans calcul, capable dorénavant de parcourir les sentiers intérieurs et extérieurs avec une grande liberté, porté par cette pauvreté enrichie par la foi, l’espérance et la charité !






