N° 20 du 2 décembre 2022

Saint Léon a exercé l’autorité comme évêque de Rome, durant vingt-et-un ans, dans une période extrêmement troublée de l’histoire en Occident, entre 440 et 461. Il écarta pour un temps la menace d’Attila qui pesait sur l’Italie mais trois ans plus tard, il dut assister, impuissant, au pillage de Rome par les Vandales (455). Pas besoin d’être un grand historien pour comprendre les souffrances immenses du peuple de Rome en ces années sombres. Léon le Grand sut admirablement déployer ses énergies pour secourir ce peuple au milieu duquel il exerçait un service d’autorité.

Or, c’est dans cette même époque si difficile que Léon écrivit des prières liturgiques, des homélies, des lettres, resplendissants de sérénité et de profondeur. Et la foi, en ce temps, était elle-même menacée par l’hérésie du monophysisme qui voyait en Jésus un homme dont le proprement humain, la « nature humaine », était absorbé par sa filiation divine, sa nature divine, au point de ne plus avoir de consistance. Le Christ n’aurait alors qu’une seule nature qui est la nature divine. L’affirmation lumineuse des pères conciliaires en 451 est celle-ci, formulée par Léon le Grand et acclamée par l’ensemble des pères : « la personne de Jésus Christ est une, en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation. »

Où Léon puisait-il cette sereine lumière, cette force, pour agir concrètement dans des événements troublés, et pour approfondir la foi, l’exprimer avec bonheur, et réjouir son peuple par des hymnes dont nous gardons encore mémoire aujourd’hui ?

Les mots de Ben Sirac le Sage l’indiquent : la sagesse ne vient pas de la seule force de l'esprit humain, elle est donnée à celui qui la cherche et qui calque sa propre existence, son propre agir, sur cette sagesse venue de Dieu. Le psaume le dit aussi avec clarté : la vie de l’homme juste est toujours un chemin … pas une installation. « Quand le Seigneur conduit les pas de l’homme, ils sont fermes et sa marche lui plaît. »

Quelle est cette conduite du Seigneur pour la marche actuelle de l’Église ? Elle n’est sûrement pas altière, sûrement pas condamnante, sûrement pas détachée des joies et des peines des hommes, elle est cette bienveillance foncière dont parlait Claude[i] ce matin, elle est soutien des faibles, elle est consolation et force. Elle ouvre toujours en nous des nouveaux espaces d’écoute et des nouvelles confiances pour parler et pour louer (chose si rare actuellement). L’Eucharistie nous l’apprend, chaque jour, ô combien !

+ Benoît RIVIÈRE

Homélie pour la fête de Saint Léon Le Grand lors de la messe du Conseil Presbytéral le 10 novembre


[i]Le père Claude FLIPO, sj, a donné une conférence au conseil presbytéral sur l’autorité