N°20 du 1er Décembre

Homélie de l’ordination de Mayeul Faure

Mayeul devient aujourd’hui serviteur de l’Église ; quand nous parlons de l’Église, nous parlons du corps vivant du Christ, sur la terre des hommes et des femmes de notre temps. Un corps vivant ne cesse pas de se nourrir et de se mouvoir, pour grandir, pour s’unifier, pour être en relation bonne avec les autres et avec la terre.

L’Église n’est pas une réalité extérieure à nous, elle est la continuation en nous, baptisés par pure grâce, de la vie et des actes de Jésus lui-même. Comme le dit admirablement Saint Jean-Eudes : « les mystères de Jésus ne sont pas encore dans leur entière perfection et accomplissement. Bien qu’ils soient parfaits et accomplis dans la personne de Jésus, ils ne sont pas néanmoins encore accomplis et parfaits en nous, qui sommes ses membres, ni en son Église qui est son corps mystique. ».

Quel est donc le travail d’un diacre ? La liturgie d’ordination montre tout de suite que ce travail ne sera pas une activité isolée de la vie du corps entier de l’Église. Mayeul ne sera pas envoyé travailler au loin en franc-tireur, mais comme un équipier au sein d’un ensemble vivant d’hommes et de femmes, que le Christ a appelés et envoyés, pour être comme lui serviteur de tous.

C’est Dieu qui construit cet ensemble admirable, Son Église, le corps vivant de son Christ, par les dons infiniment variés de sa grâce. C’est encore lui qui consacre les diacres, articulés aux fonction de l’évêque et des prêtres, pour aider concrètement à organiser et servir la table de la communion fraternelle ; cette table ne connaît pas de hiérarchie entre les bienportants et les malades, entre les enfants et les personnes âgés, entre les riches et les démunis. Elle est la table où le Christ s’offre à tous. Ceux qui reçoivent le Christ en premier sont ceux qui ont le cœur simple, et qui ont conscience de leur radicale pauvreté devant Dieu.

Les lectures de l’Écriture-Sainte choisies pour l’ordination de notre frère et ami Mayeul éclairent le sens profond de la vocation et de la mission d’un diacre dans l’Église. Recevons cette lumière qui brille sur la face du Christ, qui nous fait vivre et qui est l’espérance pour le monde.

La 1ère lecture est extraite de la 2e lettre de Paul aux Corinthiens. Le trésor inimaginable que le Christ apporte lui-même, en s’offrant à nous jusque dans sa mort, Paul en parle en terme de création. Le Dieu qui a fait briller la lumière du soleil a lui-même brillé dans nos cœurs. Que cette lumière plus vive que toutes les lumières soient ta flamme continuelle, cher Mayeul ! L’amour qui t’a fait naître et renaître est la force, la lumière et le courage d’un serviteur de l’Église. Il est cet amour qui te portera au loin comme tout près de toi, et qui te fera voir chez tout homme et toute femme accablé par le malheur, un frère et une sœur de Jésus, vraiment. Tu le sais autant que nous, ce ne sont pas nos diplômes et nos vertus qui nous ont fait devenir diacres de l’Église au cœur du monde, mais l’appel d’un Dieu riche en miséricorde. L’évangile le dit bien : ce n’est pas nous qui avons choisi le Christ, c’est lui le Christ qui éveillant notre entière liberté, nous choisit pour être avec lui serviteur des autres. Le psaume le dit aussi : ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur, moi dont tu brisas les chaînes !

Annoncer l’évangile, servir avec l’Église, c’est aimer humblement et joyeusement. Le diacre reçoit son travail, reçoit ceux et celles qu’il servira, reçoit le lieu et les modalités de son service. Il ne commande pas le travail qu’il reçoit, il l’accomplit dans la charité et dans la confiance. Il n’a plus désormais le souci de « réussir » ni d’être « glorifié », il est simplement heureux de répondre à ce que Marie disait à Cana aux serviteurs de la noce, à savoir de faire confiance et de suivre ce que le Christ demandait. Il nous presse seulement de recevoir son amour, de nous laisser transformés et de demeurer dans cet amour en tout, partout et toujours !

+ Benoît RIVIERE

Eglise Saint-Martin de Couches le 25 novembre 2023