N°12 du 14 juin

 

D’ici quelques jours, nous serons de nouveau invités à mettre un bulletin dans l’urne, lors des prochaines élections législatives. Ce temps est court, très court, pour une campagne électorale ultra-rapide, et que nous n’attendions pas de sitôt. Notre pays a l’immense chance d’être porté par une longue histoire dans laquelle nous avons appris que la réconciliation, la justice, la paix sociale, ne s’obtenaient pas les uns contre les autres, mais toujours dans un cheminement respectueux de la dignité de chaque citoyen.

Le lendemain matin de la soirée des élections européennes et de la décision du président de la République de dissoudre l’Assemblée Nationale, je ne m’interrogeais pas simplement pour savoir pour qui, pour quel parti, pour quelle alliance, je voterai prochainement, mais dans quel esprit, et en vue de quoi je le ferai.

Et pour discerner dans quels sentiments je voudrais me trouver en exerçant mon devoir de citoyen, j’ai pensé à la prière. Non pas la prière que j’invente, mais la prière qui m’est donnée par la tradition de l’Eglise à l’endroit précisément de cette soif de justice et de paix qui taraude le cœur du monde.

Dans le Missel Romain existe une messe pour la paix et la justice. Il y est dit que le Dieu de paix, qui est lui-même la paix, ne se laisse prendre en lui-même par aucun sentiment de discorde, et n’est atteint par aucune pensée de haine. Voilà déjà une affirmation de foi qui éclaire mon discernement sur ce qui m’anime quand je pense à ceux qui ne partagent pas les mêmes vues que moi sur les orientations politiques souhaitables.

À ce Dieu de paix qui est lui-même la paix, la prière demande que ceux qui vivent dans la concorde persévèrent dans le bien, et que ceux qui sont en désaccord ne gardent pas rancune du mal. La concorde n’est évidemment pas l’unanimisme d’un même choix politique. Elle est, pour ceux qui prient, et qui prient pour être dans les dispositions de Celui qu’ils prient, et pour que le monde avance vers plus de paix et de justice, de vivre intérieurement et avec tous sans aucun sentiment de rancune, de revanche, de haine, de discorde… Cela ne va pas de soi, et c’est pourquoi nous espérons, et c’est pourquoi nous prions, et c’est pourquoi nous cherchons à vivre mieux, éclairés par Celui qui est en lui-même la paix.

Je veux demander la grâce d’écouter, la grâce de parler, la grâce d’agir, dans l’esprit de la prière de l’Eglise qui n’est jamais d’écouter, de parler, d’agir dans un esprit de discorde, mais dans un esprit de concorde envers le bien. Le geste du vote peut devenir alors une geste humble et vrai de fraternité.

+ Benoît RIVIÈRE