N°20 du 29 novembre
À l’heure où nous sommes, il y a encore tant de guerres, et tant de souffrances insondables ! Tant d’hommes, de femmes, d’enfants meurent, alors qu’ils ne demandent qu’à vivre en paix sur cette terre. En faisant ce matin mémoire de la fin de deux guerres qui ont été sans doute les plus meurtrières dans l’histoire du monde, nous entendons le cri des peuples : jusqu’à quand l’escalade meurtrière ? Quand cessera enfin le bruit des armes ?
Nous entendons deux passages de l’Écriture (lettre de Saint-Paul aux Romains 12, 17-21 et l’évangile de Saint-Jean 16, 32-33), et nous nous posons cette question : quelle est cette victoire (bien plus forte qu’une armistice) dont parle Jésus quand il dit ? : « Dans le monde, vous avez à souffrir, mais courage ! Moi, je suis vainqueur du monde. » L’apôtre Paul parle aussi d’une victoire, celle de ne pas utiliser l’arme du mal dans notre combat : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien »
Quelques années avant la chute du mur de Berlin, en pleine atmosphère de violence et d’injustice, un prêtre courageux avait pris ces mots de l’apôtre Paul comme « devise » : sois vainqueur du mal par le bien. Face au déferlement du mensonge et de la volonté de toute puissance, ne pas céder à la violence haineuse, ne pas utiliser contre l’adversaire les armes de la haine et de la vengeance. Ce prêtre paiera de sa vie le courage dont il avait fait preuve, courage d’une parole sans faux-fuyant, courage de la dénonciation du mal, courage de la prière, courage de l’estime des autres, fussent-ils ses ennemis. Ce prêtre, vous l’aurez reconnu, s’appelait Jerzy Popiełuszko, assassiné sauvagement par des agents du SB (Bureau des investigations du ministère de l'Intérieur) en Pologne le 19 octobre 1984.
Ne te laisse pas vaincre par le mal…
C’est si facile au fond de se laisser vaincre … et de ne plus combattre.
Je rentre tout juste de Lourdes où nous étions réunis avec l’ensemble des évêques de France, et aussi des évêques d’autres pays. Nous avons écouté l’évêque ukrainien responsable de l’Eglise grecque catholique en Ukraine. J’ai été impressionné par la force et la douceur de ses paroles, force et douceur qui ne sont pas démission, lui qui vit au milieu d’un peuple complétement immergé dans une guerre qu’il n’a pas choisie. Se laisser vaincre par le mal voudrait dire ici ne plus combattre, épouser une sorte d’attitude distanciée, de neutralité, du genre : « tant pis pour notre dignité, tant pis pour la justice, tant pis pour la vérité pourvu que cessent les tueries atroces ». Non ! La neutralité, le profil bas, la compassion, cela n’est pas le courage évangélique, affirment clairement les évêques ukrainiens. Ils nous rappellent ceci : il est légitime de se battre, mais toujours sans haïr.
Il faut ici distinguer la force et la violence. La force légitime pour s’opposer à un imposteur ne signifie pas violence, mais courage au prix de notre propre existence, non pas livrée passivement., mais combattant sans jamais haïr.
La victoire sur le monde dont parle Jésus au moment de se livrer volontairement pour nous jusqu’à la mort, c’est cela que nous désirons à l’intime de nous-même, c’est de ne pas céder au découragement, c’est de ne pas céder à l’indifférence, c’est de ne pas céder au dictat d’une neutralité sans vérité, c’est de ne pas céder à la violence aveugle, c’est croire, et vouloir vivre toujours, dans la certitude d’un amour qui veut rejoindre toute la création et tous les humains.
Oui, le Christ est aujourd’hui notre paix et notre réconciliation.
Oui, en nous, il est vainqueur du mal par le bien ; livrons-nous sans peur à l’humble et quotidien travail de la paix, au milieu des lourdes épreuves. Moi, nous dit le Seigneur, j’ai vaincu, non pas des adversaires de chair et de sang, mais les puissances de la mort. Que le Christ habite en nos cœurs vraiment, et dans toutes les relations entre les humains aujourd’hui !
+ Benoît RIVIÈRE
(prononcé à l'occasion de la célébration oecuménique du 11 novembre 2024)






