N°2 du 24 janvier 2025

Cana, repas de la bienheureuse espérance

Le cycle liturgique de Noël et de l’Épiphanie comprend les noces de Cana comme une des premières manifestations de la gloire du Christ, le commencement des signes que Jésus a accomplis dans le monde. La mère de Jésus était là, nous dit l’évangile. La première attentive à la situation des autres, délicatement mais avec force et humilité, a dit à Jésus : « ils n’ont pas de vin ! »

Remarquons ceci : elle n’a pas dit « il n’y a pas de vin ! », ce qui aurait été une simple constatation d’un manque « matériel ». Marie est aujourd’hui, comme elle l’a été dans cette salle des noces à Cana, soucieuse plus profondément de ce qui occasionne une gêne pour les mariés[i]. Elle est préoccupée pour les mariés ; ils vont être gênés, humiliés, confus. Et elle parle d’eux au Christ en disant : « ils n’ont pas de vin ! » Cet acte d’amour et d’espérance, c’est le rayonnement limpide de son cœur.

Lorsque nous risquons d’être abattus par ce qui cause notre honte, la prière prévenante de l’Église nous porte en présence du Christ qui vient. La prière de l’Église n’est pas un acte seulement ponctuel, c’est le battement constant de son cœur écoutant de mère.

Prier et espérer, c’est la disposition qui devient un appui sûr pour l’humanité en attente. Je veux dire ceci : quand tu éprouves que des autres vont être humiliés, et que tu t’éprouves toi-même en manque de vie bienheureuse, laisse-toi déplacer et remettre debout sur le terrain de la prière, c’est-à-dire le terrain de l’espérance. Et porte dans ton cœur et dans tes actes la vie espérée pour tes frères et tes sœurs en humanité.

Dans la chambre haute de Jérusalem, lieu du secret de la prière commune et non isolée, dans l’espace de l’Église en prière, la mère de Jésus demeure le modèle de l’espérance en chair et en os. Marie ne se réfugie pas dans un huis-clos ni l’entre soi peureux, elle vit dans l’espérance de l’accomplissement pour l’humanité entière. Elle croit et vit de cette promesse du fils bien-aimé : « vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités du monde. »

La « surabondance » de l’accomplissement qu’opère le Christ – cette eau de l’obéissance changée surabondamment en vin meilleur, celui des noces du Christ avec notre humanité - c’est inimaginable pour notre pensée seule, et c’est déjà commencé !

Elle est source de la joie et de « la fête sans fin »[ii] promise à chacun des invités. Oui, « heureux les invités au repas des noces de l’Agneau ! »

+ Benoît RIVIERE

[i] Cf. Marie-Aimée MANCHON, Alentour du verset, p184

[ii] Expression d’un père de l’Eglise, reprise par frère Roger de Taizé et citée par le pape François dans l’angélus du dimanche 19 janvier 2025