N°3 du 7 février 2025

APPRENDRE À ESPÉRER

Les autres, si souvent et heureusement, nous poussent sur le chemin de l’espérance. Nous sommes tant de fois témoins d’un reflet de bonté généreuse et sans calcul sur le visage et dans les actes des autres ! Les signes visibles de l’amour agissant sont comme des étoiles dans la nuit du monde, et il faut les voir, les recevoir, et les inscrire dans la mémoire de ce qui ne disparaîtra jamais.

Pour autant, nous faisons l’expérience chez d’autres, et aussi parfois en nous-mêmes, de la laideur du mal ; tout du moins nous sentons notre ambivalence, notre hésitation à avancer toujours dans l’espérance et l’amour. Par égoïsme ? Par peur ? Je voudrais chercher plutôt à m’interroger sur ce qui ne supprime pas l’appel à l’espérance, quand bien même nous faisons l’expérience douloureuse du mal, et de l’inconstance de notre ancrage dans la vérité de l’amour et de la foi.

La figure de Job vient ici à l’esprit, celle d’un homme qui refuse l’explication de ce qui lui arrive, et qui s’engage bien mieux dans un apprentissage nouveau. Dans l’abîme de l’épreuve, Job apprend le silence espérant, qui n’est pas démission, soumission, ni passivité, mais engagement plus profond dans l’amour qui espère. Très loin des discours moralisants et explicatifs des faux amis, Job souffrant apprend la paix et l’attente espérante. Sa perspective sur le monde, sur lui-même, sur les autres et sur Dieu change.

Job ne voit plus le monde et le visage du prochain comme lieu d’une récompense tangible que recevraient des vertueux et dans lequel les impies seraient corrigés durement ; il voit désormais le monde et les autres comme un appel à aimer davantage. Il voit un admirable reflet de la face du Christ dans la nuit de la confrontation avec le mal. Le mal, c’est supprimer la relation avec Dieu et avec les autres. Job attend dans un combat d’espérance ce qui ne viendra pas de ses forces à lui.

Quand l’insondable horreur des méfaits les plus graves commis contre l’homme est devenu tangible, plus tangible encore, plus indicible, se trouve une ardeur d’espérance et de vie. Racontant la trace indélébile du génocide rwandais dans sa propre chair, un auteur contemporain a écrit : « tu sais, l’indicible n’est pas la violence du génocide, c’est la force des survivants à poursuivre leur existence malgré tout ».[i]

+ Benoît RIVIERE

 

[i] Gaël FAYE, Jacaranda, p135