N°5 du 7 mars 2025
Espérance éducative
L’école, et plus généralement le champ éducatif, sont des lieux révélateurs de l’état de santé de notre espérance. En effet, l’éducateur espère dans l’enfant, dans le jeune, et dans l’adulte en formation. Il sait qu’“un jeune n’est ni achevé, ni défini une fois pour toutes.” Il mise sur l’éducabilité de l’être humain. Il mise en la capacité de l’autre à évoluer et à changer. Louis Lourme, actuel recteur des facultés Loyola, développe bien cela en parlant de l’espérance éducative[1]
Cette mise de fond rencontrera pourtant – l’expérience le montre – le réel apportant son lot de démenti ! Et nous devons – je crois vraiment – affirmer que l’espérance va plus loin que ce que nous appelons le « réel ». Elle s’y confronte en espérant davantage que l’ici et maintenant. Et en cela, il faut lutter contre la tentation d’enfermer un jeune (et d’ailleurs aussi un adulte !) dans son état présent. Lorsqu’un adolescent cagoulé pointe une arme sur une pharmacienne pour obtenir le contenu du tiroir-caisse, le réel ne dément-il pas le principe d’éducabilité ? Même déçue l’espérance va se déployer encore plus ! « Je peux la maintenir malgré le réel », et même d’une certaine façon « contre le réel ». Je dirais que la situation de la « délinquance » oblige encore plus à visiter et revisiter toujours les relations éducatives, dont la responsabilité incombe en premier aux adultes.
Certes, je vais alors « espérer que » l’adolescent cagoulé pourra évoluer en mieux et même changer (quitte à le faire en prison pour un temps !), mais je vais tout autant continuer d’“espérer en” lui absolument. Gabriel Marcel, dans « Homo Viator » paru en 1944, écrivait que l’espérance fait figure de « provocation » pour « ceux qui prétendent être établis sur une certaine terre ferme de l’expérience ».
Il y a « de l’ailleurs », de « l’altérité », dans toute action éducative ; il y a cette foi en la capacité à recevoir du « plus loin que nous-mêmes ». Et il y a, redisons-le, cette foi en la possibilité d’être transformé et changé, et cela est vrai pour tout être humain. L’espérance demeure une lumière, particulièrement nécessaire dans les lieux scolaires et éducatifs. Et « il semble qu’elle soit liée à une certaine candeur, à une certaine virginité par rapport à l’expérience : elle est le propre des âmes qui n’ont pas été rouillées par la vie ». [2]
+ Benoît RIVIERE
[1] Afin que nous portions du fruit, missions d’une école catholique, Bayard – pages 195-220
[2] Homo Viator, Gabriel Marcel, Aubin 1963 (1944) – page 65






