N°1 du 16 janvier 2026
Durant trois jours, du 29 décembre au 1er janvier, des milliers de jeunes adultes d’Europe ont prié, réfléchi et dialogué en région parisienne, à l’invitation des frères de Taizé. J’ai été touché par leur aptitude au recueillement et aux échanges. Ils ont librement participé trois fois par jour aux prières empreintes de sérénité, de profondeur et de beauté, au cours desquelles il y avait la lecture de l’Écriture Sainte et sa méditation. Ils ont habité dans des familles, et ont répandu dans Paris et ses environs un bel esprit de respect, de calme et de foi.
Pourquoi ai-je ordinairement de la difficulté à dérouler sereinement chaque journée avec un rythme satisfaisant de travail, de prière et de repos ?
Dans un livre lu le soir au réfectoire des moines de la Pierre-qui-Vire, l’auteur parle de la sanctification du temps, qui n’a rien à voir avec une sorte de sacralisation du présent. Il évoque le risque d’être absorbé par l’injonction du présent immédiat, surtout à l’ère du digital. Nous savons par expérience que « vivre dans l’accumulation des informations, des images et des émotions, suscite une saturation source d’indifférence et de désinvestissement. »[1] Loin d’être affermis dans le goût du travail, de la prière et du repos, nous connaissons plutôt cette sorte d’incapacité à habiter calmement le temps, soit que nous courions après, soit que nous le négocions contre un profit destiné à jouir plus tard des vacances ou de la retraite, soit encore que nous le gaspillons comme du « temps mort ».
Dans la prière régulière à des moments de la journée, j’y reviens, nous apprenons à nous construire dans le fil d’une histoire qui nous précède et qui engage l’avenir. Nous y apprenons à désacraliser l’instant présent, pour commencer ce qui ne sera jamais achevé, à savoir de « sanctifier » le temps. « Sanctifier le temps, c’est le placer sous le regard de Dieu, l’envisager comme une histoire dans laquelle Dieu s’engage à nos côtés ».
Je suis frappé par la belle attitude de nombreux jeunes et moins jeunes dans la prière, et par la belle inscription du temps de la prière dans leur vie. Or la vie est le plus souvent tissée de choses ordinaires et non pas extraordinaires. Il ne s’agit pas, encore une fois, de sacraliser le présent immédiat et l’émotion de l’instant. Il s’agit de reconnaître le temps comme celui d’une histoire vécue avec Dieu, et qui du même coup prend un sens nouveau dans toutes les diverses relations humaines.
Le Christ nous attend dans le lieu des humbles réalités quotidiennes et non pas dans les lieux prestigieux, a dit le pape Léon XIV en rendant grâce pour les bienfaits innombrables de l’année jubilaire 2025 qui vient de s’écouler. Et au fait, pouvons-nous reconnaître ce que le Jubilé de l’Espérance nous a appris ? Il nous a rappelé qu’en la présence de Dieu, rien ne restait comme avant. Nous n’en sommes qu’au début, car Dieu nous remet amoureusement et quotidiennement en route. Le pressentons-nous ? Ressentons-nous le besoin heureux de marcher ensemble paisiblement à la lumière de la foi, plutôt que de nous disperser dans une solitaire, incessante et épuisante rumination d’urgences réelles ou imaginaires ?
Formons ce vœu que le monde au milieu duquel l’Église est amenée à témoigner du Christ qui restitue le goût de la vie, fasse de la place pour les jeunes. Des jeunes nombreux cherchent la vérité et cherchent à servir les autres humblement et réellement. Réconcilions-nous avec notre temps, pour l’habiter avec reconnaissance en la présence de Dieu et sous son regard d’amour infini.
+ Benoît RIVIERE
[1] Olivier-Marie SARR, Une cathédrale de louange, spiritualité du temps dans la liturgie des heures.






