Écouter et jeûner ensemble
Une question peut nous aider à entrer dans ce temps de Carême. Où en est la capacité de notre cœur à s’ouvrir davantage à Dieu et aux autres ? L’amour est une affaire de disponibilité, il est affaire d’hospitalité. C’est dans notre capacité à accueillir la parole d’un autre que se trouve réellement le degré de notre amour. Cela est vrai de notre capacité à écouter et à obéir à la Parole de Dieu et, inséparablement, de notre capacité à écouter notre frère dans le besoin.
Dans le prologue de la Règle de saint Benoît, nous lisons qu’à mesure qu’on avance dans la vie monastique et dans la foi, le cœur se dilate, et dans l’indicible douceur de l’amour, on court sur la voix des commandements de Dieu. Un peu avant cette lumineuse conclusion du prologue, saint Benoît dit qu’il ne s’agit pas seulement d’apprendre les conditions à remplir pour vivre dans la demeure du Seigneur, mais, évidemment, de les réaliser, en préparant nos cœurs et nos corps au combat de l’obéissance aux commandements du Seigneur.
Nous trouvons cette même pensée dans le message du pape Léon XIV pour ce Carême : « Tout cheminement de conversion commence lorsque nous nous laissons rejoindre par la Parole et que nous l’accueillons avec docilité d’esprit. Il existe un lien entre le don de la Parole de Dieu, l’espace d’hospitalité que nous lui offrons et la transformation qu’elle opère. » C’est à écouter et jeûner ensemble que nous stimule ce message du pape. Jeûner, c’est retrancher pour mieux écouter et mieux donner.
« La disposition à écouter est le premier signe par lequel se manifeste le désir d’entrer en relation avec l’autre », écrit le pape. Dieu, le premier, est engagé dans l’écoute et l’action en faveur des pauvres.
« J’ai vu, j’ai entendu… ». Et Moïse devient le partenaire privilégié du cœur divin qui s’ouvre et se penche sur la misère du peuple captif. Nous deviendrons nous-même ces partenaires du cœur divin, si nous laissons ouvert notre cœur qui ne sera plus seulement occupé par les inquiétudes et les distractions, mais par le souffle de l’Esprit-Saint. Celui-ci inscrit en nous ce que le Christ a dit et montré.
Le Carême sera-t-il le temps du creusement en nous et dans les relations interpersonnelles d’un espace qui ne soit pas saturé par « les inquiétudes et les distractions » ?
L’Esprit-Saint qui a poussé Jésus au désert est toujours ce même Esprit qui élargit l’espace de notre cœur et de nos communautés, pour être dilaté dans l’écoute et dans l’amour fraternel bien concret.
+ Benoît RIVIERE






