N°5 du 13 mars 2026

L’humble demande

Jésus a connu la fatigue de la route et, au bord du puits de Samarie, il a demandé à boire à la femme qui venait puiser de l’eau. Et il lui a dit que si elle connaissait celui qui lui demandait à boire, c’est elle qui lui aurait demandé ; et il lui aurait donné l’eau vive qui devient source jaillissant en vie éternelle dans les cœurs que la grâce transfigure.

Saint Augustin voit dans cette humble demande du Seigneur la marque de la divine faiblesse qui nous recrée. Le Verbe nous a créés par sa puissance, et il nous recrée par sa faiblesse. En assumant notre chair, le Verbe nous donne l’Esprit. La route du Christ, c’est la route de l’incarnation, ce sont les épousailles de notre humanité fragile qui connait la faim et la soif.

Dans le dialogue entre le Seigneur et celle en qui la liturgie voit la figure de l’Eglise, j’entends la joie de Celui qui demande humblement la foi, et de celle qui demande humblement l’Esprit-Saint. Je vois et j’entends le dialogue actuel de l’Eglise avec le Seigneur. Ce dialogue est celui entre les assoiffés de vie et le mendiant divin de la foi. Et j’entends, et je comprends, que ce dialogue est ré-initié, renaissant, dans l’humble demande des catéchumènes. Rien de plus authentique que l’humble demande de Jésus à laquelle va correspondre l’humble demande de la femme de Samarie : « alors, Seigneur, donne-la-moi cette eau vive ! »

C’est un jeune prêtre qui a parlé de cela le jour de l’appel décisif. Il a dit que la soif des catéchumènes se traduisait en une vie d’humble demande. Comme cela est admirable ! Une vie humaine qui se laisse toucher par le Verbe sauveur, devient une vie priante, une vie de bienheureuse pauvreté et d’humble demande.

En Jésus fatigué et assis au bord du puits, les catéchumènes voient leur propre fatigue et leur propre soif accueillies. Ils n’ont plus peur de leur faiblesse parce qu’ils découvrent celle du Sauveur. Leur faiblesse est le lieu de la rencontre du Seigneur mendiant humblement la foi de sa créature.

Tant d’hommes et de femmes, tant d’enfants aujourd’hui, isolés et souffrants dans le manque de considération, dans la faim et la soif, aspirent à trouver le lieu du réconfort, le lieu où Dieu se laisse rencontrer dans une bouleversante proximité. Ne nous habituons jamais à la soif des sans voix et des sans considération, car elle est celle du Seigneur demandant à boire à la femme de Samarie.

+ Benoît RIVIERE