La mère de saint Symphorien, tandis qu’on le conduisait au martyr, lui criait : « mon fils, mon fils, souviens-toi de la vie éternelle. Regarde le ciel. Vois celui qui y règne, ta mort mettra fin à la brève course de ta vie ». Le tableau de ce dialogue de Foi est là, à côté de nous, visible en permanence dans la cathédrale près de la grande sacristie.
Josianne s’est endormie dans la mort, au terme d’une maladie ô combien éprouvante et nous sommes témoins de la ténacité avec laquelle, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus, Josianne est restée active dans les multiples services qu’elle rendait aux uns et aux autres. Et puis, disons-le, il y a le visible d’une existence et il y a cette part de nous-même qui est invisible.
Josianne n’aimerait sûrement pas que l’on fasse aujourd’hui son panégyrique, ni que l’on se risque à parler de son âme. Elle n’aimait pas que l’on parle d’elle ! Il lui suffisait, lorsqu’un service était à rendre, de répondre « présente », me voici, « oui, je suis disponible ! ». Elle ne supportait pas de rester inactive sans rien faire. Son temps, c’était toujours du temps offert et donné aux autres. Comme si sa vie n’avait de sens que pour aider les autres. Et si le ciel de Dieu ressemblait à cela !
Nous sommes évidemment tristes de ce départ que nous aurions voulu voir reculer plus loin. Et voilà, il y a un deuil à faire, celui de ne plus entendre sa voix, celui de ne plus la voir dans la cathédrale qui était devenue un petit peu et même réellement sa maison, avec cette place discrète et cachée dernière le pilier proche de la sacristie à l’angle du transept, celui de ne plus échanger avec elle sur des sujets qui la passionnaient autant que nous.
Amis et famille de Josianne, l’apôtre Paul nous pousse plus loin que notre tristesse et, en vérité, éclaire ces jours où Josianne s’est endormie dans la mort, comme le sera notre tour à l’heure que nous ne connaissons pas. « Jésus, dit l’apôtre, nous le croyons, est mort et ressuscité ; de même, nous le croyons, ceux qui se sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui… Ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur. »
Être emmené avec le Christ, cela ne signifie pas être emmené dans un ailleurs. Le Christ n’est pas ailleurs. C’est nous qui, trop souvent hélas, sommes ailleurs de la vie bonne, ailleurs de la bienveillance, ailleurs de la joie, ailleurs de la Foi, ailleurs de l’alliance bienheureuse de Dieu.
Le Christ nous rétablit, par pur amour, dans le réel et dans l’humble réel de chaque jour.
Si nous nous rapprochions de la place, un peu solitaire et pourtant si attentive aux autres, que Josianne a tenue au milieu de nous, elle qui « se tenait sur le pont jour et nuit », comme me le disait une de ses amies, nous pourrions écouter ce que François de Sales a dit sur la beauté des âmes : « considérez la merveille d'une âme humaine. Elle connaît non seulement le monde visible, mais aussi l’invisible : elle sait qu’il existe des anges et un paradis, un Dieu tout-puissant, bon et ineffable. Elle sait aussi qu’il y a une éternité ; elle sait encore comment nous devons vivre en ce monde pour jouir un jour de Dieu, en compagnie des anges, au paradis. »
Oh comme cela éclaire la ténacité, la déterminations farouche, l’entièreté du don de soi dans le service que nous avons vu en Josianne : service de la ville d’Autun, service de Musique en Morvan, d’Augustodunum, et service de la cathédrale.
Alors avec elle, écoutons encore François de Sales : « Ô mon âme, si belle, tu peux voir Dieu, tu peux l’entendre : tu peux prétendre à l’éternité ; pourquoi perdre ton temps avec ce qui est moindre ? »
Ce n’est jamais une moindre chose que de servir concrètement et durablement… cela prépare l’entrée dans le lieu et l’espace encore invisible où le Christ nous servira lui-même, en passant auprès de chacune de ses créatures, les invitant à sa joie entière.
Oui, bienheureux les pauvres de cœur, le ciel est à eux !
+ Benoît RIVIERE







