N° 5 du 5 mars 2021

 

Quel regard portez-vous sur vos vingt ans d’épiscopat ?

C’est surtout un regard de grande reconnaissance, un regard de gratitude. Etre évêque, c’est recevoir une confiance de la part des autres, c’est porter une responsabilité qui concerne des réalités profondes, les réalités de la vie spirituelle et de la vie collective de l’Eglise en ce monde. J’ai reçu cette confiance, alors que je mesure ma fragilité et ma difficulté personnelle à aimer et à servir.

Et sur vos quinze ans passés à la tête du diocèse d’Autun ?

Je vois mieux qu’il y a quinze ans la beauté et les défis de l’Eglise ici, en territoire surtout rural. Je vois mieux qu’au début, la beauté de la foi vécue sans bruit chez des personnes humbles et ordinaires. Et l’Eglise, c’est-à-dire la visibilité de l’Evangile dans l’épaisseur du monde, ce sont elles qui la manifestent le plus profondément.

Vous avez été ordonné évêque sous Jean-Paul II. Vous avez connu Benoît XVI et maintenant François. Que retenez-vous de chacun des papes qui ont traversé votre épiscopat ?

Le pape Jean-Paul II a inventé cette affaire si exaltante des Journées Mondiales de la Jeunesse, et il a voulu le grand jubilé de l’an 2000. C’est à ce moment-là qu’il m’a demandé d’être évêque auxiliaire de Marseille. Il est vraiment pour beaucoup un père, sur la foi duquel nous nous sommes appuyés. Il est ce roc sur lequel tant de jeunes ont pu établir leur engagement.

Benoît XVI est cet amoureux du Christ qui, bien avant d’être pape, était le théologien lumineux qui a beaucoup inspiré ma propre réflexion durant les années où j’ai servi l’Eglise dans le monde des jeunes. Il demeure vraiment un inspirateur de ma foi et de ma réflexion face aux immenses défis actuels.

François est ce frère courageux, cet homme pétri d’évangile qui parle si bien à la conscience de chacun d’entre nous. Il nous entraîne réellement sur le chemin de la conversion authentique.

En deux décennies, quel regard portez-vous sur l’évolution de l’Eglise ?

Elle est devenue plus abordable, moins « sûre d’elle-même » peut-être. Elle est certainement en mutation continuelle. Je crois que ces vingt dernières années auront vu les mouvements des années post conciliaires parvenus, non sans épreuves, à une certaine maturité. C’est clair encore que l’Eglise catholique se montre aujourd’hui plus que jamais la servante du dialogue œcuménique et du dialogue interreligieux.

Quel regard portez-vous sur la situation actuelle en France et dans le monde ?

Je suis passionné par cette question du rôle des chrétiens dans la marche de notre pays et dans la marche du monde. Où en sommes-nous ? Peut-être qu’actuellement, les chrétiens en France ont à s’estimer davantage les uns les autres qu’ils ne le font parfois… et accepter d’être levain dans la pâte et lumière d’évangile dans une plus grande posture d’humilité et de dialogue ouvert avec le monde.

Quel message souhaitez-vous faire passer aux habitants du département de Saône-et-Loire en cette période compliquée ?

En ce moment, c’est de ne pas se laisser envahir par la peur. La peur paralyse et elle ne résout rien. Celui qui a peur est collé aux problèmes et les problèmes finissent par l’engloutir. Je voudrais dire à ceux et celles avec qui je partage la joie de vivre en Saône-et-Loire : ayez patience et n’oubliez pas les joies simples du quotidien ! Ecoutez et apprenez des autres ce qui vous permettra de redoubler de courage.

Interview de Bastien Migault pour Autun Infos