Le dimanche 30 juin 2024


En la cathédrale Saint Lazare à Autun

Chers frères et sœurs,

La joie qui nous saisit en ce dimanche n’est pas une joie de circonstance, ni une joie superficielle ou éphémère… Elle est une joie que personne ne pourra jamais nous enlever. C’est la joie dont témoigne le croyant quand il dit : « Seigneur, tu m’as relevé ! Tu as changé mon deuil en une danse. Que mon cœur ne se taise pas, qu’il soit en fête pour toi, et que sans fin, Seigneur mon Dieu, je te rende grâce ! »

Le prêtre est comme l’ordonnateur de la joie chrétienne, ordonnateur jamais blasé ni déçu, ordonnateur enthousiaste de la joie du Christ qui, pour nous, a donné sa vie sur la croix et qui pour nous s’est relevé d’entre les morts… nous entraînant dans son mystère insondable de joie.

Mayeul, l’ordination que tu reçois aujourd’hui te donne d’entrer plus avant dans la communion authentique des serviteurs de la grâce divine. La prière d’ordination jointe à l’imposition des mains le dit : « Que celui qui est ordonné prêtre soit avec nous un fidèle intendant des sacrements. » Tu seras donc avec nous un serviteur responsable, un intendant de la grâce sans limite et toujours offerte., intendant des sacrements divins. Et en vue de quoi ? Dans quel but ? La prière d’ordination continue ainsi : « pour que ton peuple soit régénéré par le bain de la nouvelle naissance et reprenne des forces à Ton autel, pour que les pêcheurs soient réconciliés et les malades relevés. »

Reprendre des forces. Comme cela est parlant, appelant, pour nous aujourd’hui. Et que veut dire être un fidèle intendant des sacrements ? C’est d’abord y participer soi-même avec une profonde humilité, et une volonté d’être changés nous-mêmes, pour que notre vie soit vraiment une réponse joyeuse à l’appel que nous avons reçu. C’est ensuite nous dépenser joyeusement pour les autres, sans penser que nous sommes propriétaires de la grâce, mais intendants de cette grâce… ce qui est tout différent ! Le prêtre qui se mettrait trop en avant, serait un obstacle à l’action de la grâce. Le prêtre qui se ferait le centre d’un cercle de dévots, contredirait par son positionnement même, la parole de Celui qui est doux et humble de cœur. Jésus s’est fait le serviteur de tous, Lui le maître et le Seigneur, pour nous enrichir de sa pauvreté, c’est-à-dire nous rendre doux et humble comme lui, nous faire entrer dans sa joie de Fils bien-aimé de Dieu.

Mayeul, la prière par laquelle l’Église ordonne les prêtres, exprime le grand besoin du peuple de Dieu. Besoin de recevoir dans les sacrements de l’Église la force qui fait vivre. L’humble femme de l’évangile d’aujourd’hui voit la vie l’abandonner depuis douze ans ; elle s’approche de Jésus avec grande discrétion, par derrière, pour entrer en contact avec la prière de Jésus, son manteau de prière, son vêtement… en touchant ne serait-ce qu’un tout petit pan de cette foi en acte qu’elle voit en Jésus. Elle ressent, dans son corps, qu’elle est guérie de son mal, c’est-à-dire que la vie se met à nouveau à circuler librement et heureusement dans son corps.

Jésus se rend compte qu’une force est sortie de lui. Cette force qui vient du Christ est la même qui est communiquée entièrement et réellement au moyen des sacrements de l’Église aujourd’hui. Comme cela est grand ! Le mystère de la Foi, c’est que la force du Christ nous est entièrement offerte dans les sacrements. Les paroles et les actes de Jésus, durant sa vie cachée et son ministère public, étaient déjà sources de vie. Elles préparaient ce qu’il allait donner à l’Église lorsque tout serait accompli. Les mystères de la vie du Christ sont les fondements de ce que désormais, par les serviteurs de Son Église, le Christ donne dans les sacrements.

« Ce qui est visible en notre sauveur, est entièrement transmis dans les sacrements de l’Église ». Les sacrements de l’Église continuent maintenant les œuvres que le Christ avait accomplies durant sa vie terrestre. Et les sacrements, redisons-le, sont comme ces « forces qui sortent du Christ pour nous guérir des blessures du péché, et pour nous donner la vie nouvelle du Christ ».

Oui, nous avons tellement soif de vivre !

Oui, nous avons tellement conscience de ne pas pouvoir nous en sortir seuls !

Oui, nous avons tellement au cœur cette aspiration à recevoir et à partager l’amour pur dont Dieu nous aime !

Oui, nous sommes cette Église profondément solidaire de l’aspiration du monde à aimer mieux !

L’aspiration du monde à voir, comme dit l’Écriture, la révélation de fils de Dieu.

Le pape François parle clairement des saints ordinaires, en qui nous voyons se déployer la force du Christ. Je le cite pour finir : « pensons à ces hommes, à ces femmes qui mènent une vie difficile, qui luttent pour faire vivre leur famille, éduquer leurs enfants : ils font tout cela parce que l'Esprit de force les aide. Tous ces hommes et ces femmes — nous ne savons pas leur nom — qui honorent notre peuple, qui honorent notre Église parce qu'ils sont forts : forts pour mener à bien leur vie, leur famille, leur travail, pour vivre leur foi. Ces frères et sœurs sont des saints, des saints du quotidien, des saints cachés parmi nous. Ils ont précisément le don de force pour accomplir leur devoir en tant que personnes : leur devoir de père, de mère, de frère, de sœur, de citoyen. Ils sont très nombreux.

Remercions le Seigneur pour ces chrétiens dont la sainteté est cachée : c'est l'Esprit-Saint qui est en eux et qui les pousse. Cela nous fait du bien de penser à ces personnes. S'ils arrivent à faire tout cela, s'ils y arrivent, pourquoi pas moi ? Et cela nous fait aussi du bien de demander à l'Esprit-Saint le don de force. »

+ Benoît RIVIÈRE